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Macron, Philippe, Collomb et l’immigration…

Ou lorsqu’il est question d’intégration par le travail.

par Jacques COTTA, le 21 février 2018

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Edouard Philippe et Gérard Collomb se trou­vaient dans les locaux de l’office fran­çais de l’immi­gra­tion et de l’inté­gra­tion mardi 20 février pour mon­trer « le carac­tère équilibré de la loi asile et immi­gra­tion » qui devrait être pré­sen­tée en conseil des minis­tres dans les jours qui vien­nent. Pour des rai­sons symé­tri­que­ment oppo­sées ce projet est contro­versé par l’oppo­si­tion toutes ten­dan­ces confon­dues.

Chez « les répu­bli­cains » on voit une preuve de laxisme dans les propos minis­té­riels qui pro­po­sent alpha­bé­ti­sa­tion et inté­gra­tion par le tra­vail de migrants, avant même l’ins­truc­tion du dos­sier qu’ils pour­raient dépo­ser.
Pour ceux qui se défi­nis­sent « de gauche » ou encore à « la gauche de la gauche », asso­cia­tions ou grou­pes poli­ti­ques, on voit là un pre­mier pas en trou­vant tou­jours trop répres­sive la poli­ti­que incar­née par Gérard Collomb au minis­tère de l’inté­rieur, et on réclame au nom de l’huma­ni­taire un accueil sans limite, sans contrôle, sans entrave des fron­tiè­res.

Mais tout cela évacue l’essen­tiel. Comme le dit le pre­mier minis­tre à la suite du pré­si­dent de la répu­bli­que, cette poli­ti­que macro­nienne est très équilibré, au profit quasi exclu­sif du MEDEF en recher­che de main d’oeuvre à moin­dre coût. De cela nul ne parle.

Que signi­fie en effet « inté­gra­tion par le tra­vail » de migrants sans papier. Ils sont déjà des dizai­nes, voire des cen­tai­nes de mil­liers à en faire l’expé­rience. C’est de l’inté­gra­tion à l’exploi­ta­tion capi­ta­liste qu’il s’agit. Les migrants concer­nés pour­ront juste se taire en étant sous payés sans pou­voir reven­di­quer avec en prime la néces­sité de remer­cier. Le rêve du MEDEF qui depuis des années ânonne sur le ton de la com­pé­ti­ti­vité du tra­vail, du salaire trop élevé, et des « char­ges socia­les » han­di­ca­pan­tes, de la néces­sité de faire bais­ser le cout du tra­vail est en passe de se réa­li­ser.

Pour les migrants, ce sont les condi­tions de la pire des exploi­ta­tions qui s’annonce, cela au nom de bons sen­ti­ments affi­chés par le gou­ver­ne­ment et par­ta­gés sur le fond par des asso­cia­tions qui ont érigé l’huma­ni­taire et le cari­ta­tif en lieu et place de toute orien­ta­tion poli­ti­que sus­cep­ti­ble de modi­fier la situa­tion en pro­fon­deur.

Et pour les tra­vailleurs locaux, quelle réper­cus­sion ? Le dis­cours offi­ciel veut insuf­fler l’idée que les immi­grés font le boulot que les fran­çais ne veu­lent pas faire. Des sous qua­li­fiés bien peu gênants en quel­que sorte. Erreur. Les chif­fres indi­quent que les migrants sont en masse aussi qua­li­fiés, sinon plus, que les tra­vailleurs fran­çais. Cela a donc deux consé­quen­ces :

D’une part c’est une concur­rence directe et tota­le­ment iné­gale qui va s’opérer entre les « sans droit » du fait de leur absence de papiers, et les tra­vailleurs fran­çais jugés du coup peu concur­ren­tiels, devant donc revoir leurs salai­res et autres acquis à la baisse.
D’autre part, à tous ceux qui prô­nent au nom de la cha­rité l’accueil sans limite des migrants, les chif­fres indi­quent qu’après avoir pillé les res­sour­ces natu­rel­les des pays concer­nés, cette poli­ti­que vise à en piller la prin­ci­pale des res­source, l’intel­li­gence, l’intel­lect, la capa­cité à cons­truire dans leur pays d’ori­gine la société à laquelle ils aspi­rent.

Politiquement, la situa­tion annonce des jours som­bres. L’oppo­si­tion entre les tra­vailleurs selon leur natio­na­lité, parce que les uns sont mis en situa­tion de piquer le tra­vail des autres, cela au grand profit du capi­tal, ne peut faire le jeu que des forces les plus réac­tion­nai­res, qui visent la des­truc­tion des acquis sociaux et une répar­ti­tion des riches­ses tou­jours plus favo­ra­ble au capi­tal au détri­ment du tra­vail. Que cela soit l’orien­ta­tion du gou­ver­ne­ment d’Emmanuel Macron dans la foulée de l’UE qui vise à la des­truc­tion de tout ce qui peut se mettre en tra­vers du néo­li­bé­ra­lisme, donc la des­truc­tion des Etats et des nations, n’est pas étonnant.

Mais de la part des asso­cia­tions ? Aider tout homme dans la détresse et le besoin est une tâche néces­saire, utile, indis­cu­ta­ble. Mais en en reconnais­sant les limi­tes et les dan­gers. Ce que tente aujourd’hui au nom de l’huma­ni­taire le gou­ver­ne­ment fran­çais est une atta­que contre les migrants, contre les fran­çais, contre l’état, contre la répu­bli­que dont les lois sont bafouées, contre la Nation. La répu­bli­que doit per­met­tre les deman­des d’asiles d’être for­mu­lées. La répu­bli­que doit assu­rer des condi­tions de vie décente à tout deman­deur le temps de l’ins­truc­tion de son dos­sier. la répu­bli­que doit appor­ter secours à tout mineur isolé. La sou­ve­rai­neté natio­nale doit s’exer­cer pour déter­mi­ner qui peut être accueilli, sur des cri­tè­res connus, publics, trans­pa­rents, qui ne peut l’être et doit donc être reconduit. La Nation doit être sou­ve­raine pour affron­ter ces ques­tions, comme pour poser les exi­gen­ces poli­ti­ques afin d’enrayer la fuite de leur pays par des mil­liers de migrants déra­ci­nés sou­vent pro­duite par le pillage des res­sour­ces ou encore les guer­res menées avec nos armes.

Mais jamais la répu­bli­que ne doit ins­tau­rer de nou­veaux cri­tè­res d’exploi­ta­tion au nom d’une soit disant inté­gra­tion. En fai­sant cela, c’est la répu­bli­que qui se trouve mena­cée, sa cohé­sion et son his­toire bafouées.