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Le 22 mars, et maintenant ?

Ou comment ne pas répéter la procession funèbre qui mène à l’enterrement de la volonté majoritaire...

par Jacques COTTA, le 23 mars 2018

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Pour couper court aux éternels batailles de chif­fres, qui confi­nent sou­vent au ridi­cule entre le minis­tère de l’inté­rieur et les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les au soir des mani­fes­ta­tions, un orga­nisme, qu’il fau­drait croire sur parole, vient pour la pre­mière fois, à la demande de dif­fé­rents orga­nes de presse, donner sa sen­tence. Pour sem­bler cré­di­ble celui-ci indi­que ce 22 mars à Paris un nombre, au mani­fes­tant prés, 34 700 dans le cor­tège de la fonc­tion publi­que et 13 100 dans celui des che­mi­nots, soit 47 800 au total. Admettons. Mais le décompte arith­mé­ti­que ne peut rendre compte de l’essen­tiel. Ce 22 mars s’est expri­mée une volonté poli­ti­que dans la rue comme dans la grève. Des ques­tions, sou­vent les mêmes, ont été posées aux quatre coins du pays. Des aspi­ra­tions com­mu­nes ont été par­ta­gées.

Avant la jour­née de mobi­li­sa­tion du 22 mars, les médias ont fait état de « moti­va­tions très dif­fé­ren­tes » dans les rangs des mani­fes­tants, devant ainsi per­met­tre au gou­ver­ne­ment de lais­ser faire et de tenir bon sur son orien­ta­tion. Les suites seraient indo­lo­res, tel­le­ment il serait dif­fi­cile pour qui­conque d’uni­fier la volonté du retraité de ne pas voir sa pen­sion ampu­tées, du che­mi­not de voir son statut res­pecté, du lycéen ou de l’étudiant de garan­tir l’exis­tence du bac et de mettre en échec la sélec­tion, du paysan de vivre de sa récolte, de l’avocat de pou­voir exer­cer la défense, du fonc­tion­naire…

Certains, à la « gauche de la gauche » répon­dent par « la conver­gence des luttes ». Réponse en trompe l’oeil. En effet, pour conver­ger, dans les luttes comme dans les mathé­ma­ti­ques, il faut défi­nir un point de conver­gence, une direc­tion, un but. Les luttes conver­geant pour les luttes, cela n’a pas de sens.

D’autres en appel­lent déjà à une nou­velle jour­née d’action, ravi­vant ainsi les mau­vais sou­ve­nirs qui revien­nent à la vitesse de l’éclair. Des retrai­tes à la loi El Khomri, la suc­ces­sion de ce type de jour­nées à conduit à la démo­ra­li­sa­tion, à l’exté­nua­tion, à la démo­bi­li­sa­tion, alors qu’au point de départ pour­tant la déter­mi­na­tion pou­vait lais­ser crain­dre le pire au PS au pou­voir, à Hollande, Valls et El Khomri entre autre, qui s’en remet­traient un peu plus tard à Emmanuel Macron et Edouard Philippe pour para­che­ver leur « loi tra­vail » et l’ensem­ble de leur oeuvre.

Alors ?

Le gou­ver­ne­ment Macron-Philippe ferait bien, dans son propre inté­rêt, de rabais­ser la morgue dont il fait preuve à l’encontre des « petits » et de mettre en sour­dine l’auto­ri­ta­risme dont il témoi­gne, véri­ta­ble agres­sion, pour faire passer ses lois à coup d’ordon­nan­ces, contre la volonté et l’inté­rêt géné­ral.

L’inté­rêt géné­ral, notre modèle social, n’est-ce pas ce qui s’exprime par­tout, sous des formes et des aspi­ra­tions par­ti­cu­liè­res ? Voila sans doute le point de conver­gence. Un modèle fait de ser­vi­ces publics et donc de fonc­tion­nai­res pour assu­rer l’équipement du ter­ri­toire, la pos­si­bi­lité de se dépla­cer, de se soi­gner, de s’éduquer… Un modèle res­pec­tueux des condi­tions de vie réser­vées aux plus anciens comme des condi­tions d’études des­ti­nées aux plus jeunes. Un modèle sou­cieux de notre sou­ve­rai­neté, ali­men­taire notam­ment et de la qua­lité. Un modèle garant de nos liber­tés… Il n’y a pas là la volonté et l’inté­rêt des seuls che­mi­nots, des seuls agents hos­pi­ta­liers, des seuls lycéens et étudiants, des seuls pay­sans, des seuls avo­cats, mais bien l’inté­rêt géné­ral, celui de la République, celui de la Nation.

En réa­lité n’est-ce pas Macron lui-même et son gou­ver­ne­ment qui uni­fient des mou­ve­ments et des préoc­cu­pa­tions qui peu­vent sem­bler dis­tinc­tes ? N’est-ce pas sa poli­ti­que et sa cohé­rence qui don­nent sens à la fameuse conver­gence des luttes, ou conver­gence des refus ? N’est-ce pas tous sim­ple­ment Emmanuel Macron et son gou­ver­ne­ment qui cons­ti­tuent le point de conver­gence de tous les méconten­te­ments ?

Voila pour­quoi, par­tant de là, rien ne devrait se mettre en tra­vers d’une grande mobi­li­sa­tion unie à Paris, un diman­che, jour où la perte du salaire dans la grève ne serait pas une fata­lité, pour ras­sem­bler des cen­tai­nes de mil­liers, des mil­lions qui d’une même voix indi­que­raient dans l’unité des syn­di­cats, asso­cia­tions, orga­ni­sa­tions, leur volonté com­mune en décré­tant la fin de la poli­ti­que macro­nienne et le réta­blis­se­ment de tout ce qui par­ti­cipe au bien commun.

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