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Après la journée d’action du 22 mars 2018, quelles perspectives ?

par Denis LANGLET, le 28 mars 2018

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Nous sommes le 22 mars 2018 au soir. Dans tout le pays, à l’appel des confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les CGT et Cgt-FO, par la FSU et SUD, des mil­liers et mil­liers de syn­di­qués et de non syn­di­qués ont mani­fes­té contre le projet de dé­man­tè­le­ment de la SNCF, énième contre-ré­forme, et pour la dé­fense des ser­vi­ces publics.
Première mani­fes­ta­tion depuis la pré­sen­ta­tion, le 14 mars, en Conseil des minis­tres du projet de loi de ré­forme du fer­ro­viaire, cette jour­née d’action, pour repren­dre cette qua­li­fi­ca­tion des confé­dé­ra­tions syn­di­ca­les elle-mê1me, a indé­nia­ble­ment été une réus­site par sa par­ti­ci­pa­tion mili­tante mas­sive. Du côté gou­ver­ne­men­tal, sans nier cette réa­li­té, il est fait état du main­tien inté­gral de son projet, et même de l’accé­lé­ra­tion des contre-ré­for­mes. Il s’agi­rait « d’évi­ter les abcès de fixa­tion par la mul­ti­pli­ca­tion des ré­for­mes . Mettez une seule ré­forme au cœur du débat et vous deve­nez une cible. Et quand les gens se lè­vent le matin avec une ré­forme du tra­vail et se cou­chent le soir avec une ré­forme de la SNCF, les oppo­si­tions ont du mal s’expri­mer ».
En appa­rence, se met­traient en place les condi­tions de la ré­pé­ti­tion du scé­na­rio ayant permis l’adop­tion de la loi tra­vail et des pré­cé­dents pro­jets. Effectivement, le risque est grand de voir un tel scé­na­rio ou une variante, se dé­rou­ler avec au final, le cons­tat de l’adop­tion de cette « ré­forme du fer­ro­viaire ».
Aller vite, le plus vite pos­si­ble, tel est le plan de marche du gou­ver­ne­ment Macron, fixé par les ban­ques !
Aller vite pour empê­cher tous les agents de la SNCF, tous les tra­vailleurs de tout le pays, des villes et des cam­pa­gnes, d’exa­mi­ner le contenu de ce projet de loi et de tirer de cet examen toutes les consé­quen­ces.

Ce projet est tout sim­ple­ment l’appli­ca­tion au fer­ro­viaire des exi­gen­ces des gran­des ban­ques inter­na­tio­na­les, afin de leur garan­tir de gigan­tes­ques gains finan­ciers en met­tant sous leur coupe ré­glée tout le fer­ro­viaire. « Ce serait la fin d’un monde ! » « la fin du statut des che­mi­nots » « la fin des ser­vi­ces publics » ... et demain, comme ils l’ont déjà prévu, par la contre-ré­forme du finan­ce­ment de la Sécurité sociale, il en serait fini du « modèle social français », des acquis sociaux col­lec­tifs comme des liber­tés indi­vi­duel­les et col­lec­ti­ves. Le pays lui-même s’enfon­cera dans le chaos, la misère avec l’explo­sion du chô­mage et du nombre de bas salai­res.
Exagération ?
Remis au CCE de la SNCF, tous les res­pon­sa­bles de ce pays ont entre les mains le rap­port du cabi­net d’exper­tise DEGEST sur le projet de loi fer­ro­viaire. Aucun ne l’a contes­té !

La SNCF s’est endet­tée auprès des ban­ques inter­na­tio­na­les qui cons­ti­tuent les mar­chés finan­ciers. Subissant comme tous les autres sec­teurs d’acti­vi­té de ce pays, les mesu­res d’aus­té­ri­té mises en œuvre depuis le tour­nant de la rigueur en 1982 et aggra­vées, depuis l’adop­tion du trai­té de Maastricht, par le res­pect des cri­tè­res et des direc­ti­ves euro­péens, la SNCF a sys­té­ma­ti­sé la baisse des coûts. Cette baisse des coûts est faite au dé­tri­ment des condi­tions de tra­vail, des salai­res, de l’entre­tien du ré­seau ferré et de l’emploi.
Et quelle hé­ca­tombe !! Depuis l’ouver­ture à la concur­rence du fret fer­ro­viaire (c’est à dire sa pri­va­ti­sa­tion) en 2006, les effec­tifs de ce sec­teur s’effon­drent, 16 000 à cette date, pour attein­dre fin 2018 le nombre de 6 000 soit une perte de 10 000 emplois et ce dans un sec­teur en crois­sance.

A partir de 2010, face au vieillis­se­ment du ré­seau et aux besoins de créa­tion de nou­vel­les lignes de TGV, l’État a enga­gé la SNCF dans un très impor­tant plan d’inves­tis­se­ment de 5 mil­liards d’euros par an, sans lui donner les moyens de son finan­ce­ment. Bien au contraire puis­que non seu­le­ment l’État a bais­sé ses sub­ven­tions mais a vendu les très ren­ta­bles socié­tés de ges­tion des auto­rou­tes au privé pri­vant ainsi la bran­che des trans­ports de sa prin­ci­pale source de finan­ce­ment.
La SNCF, contrainte à recou­rir à l’emprunt, s’est tour­née vers les seuls orga­nis­mes auto­ri­sés à ce jour, à prê­ter de l’argent : les ban­ques, c’est à dire, la finance pri­vée ! L’ampleur de ces emprunts, les taux pra­ti­qués ont gé­né­ré une dette sup­plé­men­taire de 17,5 Mds€ entre 2010 et 2017. Le poids de cette dette est tel que la SNCF emprunte sur les mar­chés finan­ciers pour rem­bour­ser celle-ci. Aucun orga­nisme de cré­dit ne devrait s’enga­ger vis à vis d’une entre­prise cou­verte de dettes.
Oui, mais cette entre­prise, la SNCF a, impli­ci­te­ment la garan­tie de l’Etat français et de son fan­tas­ti­que patri­moine. Cela expli­que qu’à chaque appel de fonds de la SNCF auprès des mar­chés finan­ciers, ceux-ci ré­pon­dent pré­sents.

De ser­vice public, la SNCF est deve­nue, pour la finance pri­vée, une source de reve­nus garan­tis et dura­bles. Ainsi, tou­jours selon le cabi­net Digest, sur 100 euros emprun­tés par la SNCF, 59 € sont affec­tés au rem­bour­se­ment de sa dette et seu­le­ment 41 € sont inves­tis dans les infra­struc­tu­res et les équi­pe­ments.
Pour per­met­tre à la SNCF d’hono­rer cette dette, le gou­ver­ne­ment Macron a dé­ci­dé de faire dis­pa­raî­tre des mil­liers de kilo­mè­tres de lignes dites secondai­res et des mil­liers d’emplois qua­li­fiés et sous statut.

N’est-il pas temps que nos syn­di­cats se pen­chent sé­rieu­se­ment sur ces ques­tions ?
Mise en œuvre à la SNCF, cette spi­rale des­truc­trice d’emplois, de garan­ties socia­les, de moyens au ser­vice de tous et du prin­cipe fon­da­men­tal de l’éga­li­té des droits, n’est-elle pas en action dans la mé­tal­lur­gie, la chimie, le bâ­ti­ment, la poste, l’ensei­gne­ment et la santé dont l’hô­pi­tal.

N’y a-t-il pas urgence à mettre un coup d’arrêt à cette domi­na­tion et avi­di­té sans limite de la finance pri­vée ?
Mais les dé­ten­teurs de cette finance ne sont-ils pas hors de notre por­tée ? Ces ban­ques qui domi­nent le mar­ché finan­cier, ne sont-elles pas supra­na­tio­na­les ? Ne s’impo­sent-elles pas ainsi dé­fi­ni­ti­ve­ment à nous ?
La dis­cus­sion doit s’enga­ger sans tarder. Seule la plus large dis­cus­sion c’est à dire dé­mo­cra­ti­que afin d’être l’affaire de tous, per­met­tra d’éla­bo­rer et de cons­truire les moyens de briser l’offen­sive actuelle de la finance et de ses commis.
Faute d’attein­dre cette poi­gnée de finan­ciers, il est pos­si­ble et né­ces­saire de les priver des moyens de nuire en leur reti­rant les pou­voirs de créa­tion de la mon­naie et ges­tion du cré­dit !

Retirer des mains du privé la mon­naie, sa créa­tion, sa cir­cu­la­tion et avec les ré­seau des agen­ces ban­cai­res, bâtir un grand ser­vice public natio­nal de la mon­naie et du cré­dit n’ouvri­rait-il pas la voie per­met­tant enfin de satis­faire les besoins humains fon­da­men­taux : se nour­rir sai­ne­ment, se loger, se vêtir, s’ins­truire, se soi­gner et garan­tir à la pla­nète un futur enri­chi et non dé­vas­té ?