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Hulot, de la dissipation d’un mirage à la création d’une illusion, celle d’une "gauche" qui aurait un avenir…

… opposé au combat pour la souveraineté, la Nation, l’indépendance, la sociale.

par Jacques COTTA, le 30 août 2018

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Plusieurs appré­cia­tions sur la démis­sion du gou­ver­ne­ment de Nicolas Hulot ont été por­tées depuis que le minis­tre de l’écologie a annoncé « sans pré­ve­nir » ni le pré­si­dent de la répu­bli­que, ni le pre­mier minis­tre, qu’il avait décidé de quit­ter l’atte­lage gou­ver­ne­men­tal. Mais der­rière ces appré­cia­tions, on peut dis­cer­ner des non-dits qui sont beau­coup plus expli­ci­tes que tous les longs dis­cours.

Au cha­pi­tre des réa­li­tés que révèle le départ de Hulot il y a bien comme l’a indi­qué Jean Luc Mélenchon l’expres­sion d’une pro­fonde décom­po­si­tion de la Macronie qui voyait dans le ras­sem­ble­ment de minis­tres issus du PS, d’autres de l’UMP, d’autres enfin du « centre » un nou­veau monde poli­ti­que se des­si­ner, avec pour agré­men­ter le tout la touche Hulot au nom d’une écologie dite « de gauche » dont il aurait été le garant.

Mais cette démis­sion est-elle pour autant un « vote de cen­sure contre Macron » ?

Aujourd’hui, der­rière les ana­ly­ses, pointe l’idée que « la gauche » n’aurait que peu faire pour être de retour. « Donnez donc la parole au peuple » serait tentés de dire tous ceux qui cher­chent dans les vieux cli­va­ges une porte de salut. L’union de la gauche, l’union des gau­ches, comme le reven­di­quait hier Hamon d’autant plus for­te­ment qu’il sen­tait venir la décu­lotté mortel du PS.

Mais la réa­lité est ailleurs. Seuls tous ceux qui vou­draient en terme poli­ti­cien en pro­fi­ter, notam­ment aux pro­chai­nes euro­péen­nes, peu­vent s’illu­sion­ner de la sorte. S’illu­sion­ner aujourd’hui comme hier d’ailleurs lors­que Nicolas Hulot était pré­senté pour les besoins de la pré­si­den­tielle comme l’allié pos­si­ble de Mélenchon et de la FI, sur la seule étiquette d’écolo de ser­vice, alors que la poli­ti­que et la réa­lité nous disent tout autre chose.

La réa­lité : Hulot s’en va pour la défense des petits oiseaux, et aussi pour s’oppo­ser aux mesu­res annon­cées sur la chasse par Macron, en pré­sence d’un lob­byiste macro­nien des chas­seurs. Les oiseaux et les ani­maux chas­sés, voila en effet une cause impor­tante. Mais cela défi­nit-il une poli­ti­que ?

Avant ces gout­tes d’eau qui auraient fait débor­der le vase, Nicolas Hulot minis­tre a accepté le
Glyphosate, le CETA, le nucléaire, l’absence de toute tran­si­tion énergétique, les per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, les hydro­car­bu­res à partir d’huile de palme au profit de Total, la défo­res­ta­tion qui en découle… A contre coeur, n’en dou­tons pas, mais il a accepté… Il ne s’agit pas ici de faire l’inven­taire des fautes de l’ancien minis­tres. Il s’agit juste de remet­tre la poli­ti­que, le pro­gramme, à la place où ils doi­vent être.

S’agit-il de mesu­res indé­pen­dan­tes d’une poli­ti­que d’ensem­ble. Non, ce qu’a accepté Nicolas Hulot, la poli­ti­que pré­co­ni­sée par Emmanuel Macron et Edouard Philippe le pre­mier minis­tre du gou­ver­ne­ment dans lequel il sié­geait, n’est que la poli­ti­que dictée par l’Union Européenne qu’il ne s’agit évidemment pour Hulot comme pour Macron, Philippe et les autres, de ne sur­tout pas remet­tre en cause. De ce point de vue, Hulot est sur la même orien­ta­tion que ses amis, Macron donc, Philippe, mais aussi ceux qui se trou­vent au PS, à LR, à LREM, au PCF aussi, et ailleurs, qui refu­sent d’annon­cer clai­re­ment la cou­leur sur l’UE, ou qui lais­sent planer l’illu­sion que l’UE serait modi­fia­ble, amen­da­ble, lors­que de toutes parts l’édifice craque.

On sent bien à quel­ques réac­tions, notam­ment issues de la FI, que le bon­heur serait total si la démis­sion de Hulot pou­vait s’accom­pa­gner d’une résur­gence de la gauche dont la FI serait la colonne ver­té­brale. Une « union de la gauche » vouée à l’échec au regard de ce qu’est la gauche aujourd’hui. Au regard aussi des rai­sons poli­ti­ques -Hollande aidant- pour les­quel­les elle a été reje­tée dans ses pro­fon­deurs par le peuple qui à chaque confron­ta­tion électorale exprime son dégout.

Ce qu’exprime Hulot, outre ses états d’âme, est d’abord son accord total sur le fond avec Macron et les autres sur l’UE qui déter­mine la poli­ti­que qu’il a accep­tée, encou­ra­gée, appli­quée dans toute sont étendue. Car si nous quit­tons un court ins­tant la cause ani­male à laquelle je suis per­son­nel­le­ment sin­cè­re­ment atta­ché, pour la cause ouvrière à laquelle je suis inti­me­ment lié, Hulot fait aussi partie de ces minis­tres qui ont accepté la loi tra­vail 2, pro­lon­ge­ment de celle que François Hollande avait mis à l’ordre du jour, la des­truc­tion du code du tra­vail, la liqui­da­tion enga­gée des conquê­tes pro­dui­tes par plus de 60 ans de luttes ouvriè­res dans ce pays.

Le cli­vage pour l’avenir que Hulot fait appa­rai­tre si on prend la peine de regar­der le fond de la poli­ti­que menée n’est pas celui qui date, qui oppo­se­rait « la gauche » à « la droite », mais celui qui oppose le peuple à l’oli­gar­chie, l’ouvrier et le sala­rié à l’exploi­ta­tion capi­ta­liste, la Nation à l’Union euro­péenne, la sou­ve­rai­neté à la dic­ta­ture. il y a fort à crain­dre que si la FI tourne le dos aux dis­cours que tenait Jean Luc Mélenchon durant la cam­pa­gne des pré­si­den­tiel­les, dans les­quels il réaf­fir­mait ces valeurs, pour recher­cher aujourd’hui dans un accord sans prin­cipe à « gauche » une vic­toire électorale, elle serait alors confron­tée à de ter­ri­bles désillu­sions… et à un dra­ma­ti­que retour en arrière.