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En finir avec l’Union Européenne

par Denis COLLIN, le 9 avril 2020

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L’échec du sommet de l’UE consacré aux mesures à prendre face à l’épidémie de coronavirus est la confirmation de ce qui était évident depuis plusieurs semaines : l’UE est virtuellement morte.

L’Allemagne et les Pays-Bas refu­sent toute mutua­li­sa­tion des défi­cits engen­drés par la crise du coro­na­vi­rus — notam­ment la créa­tion des « euro­bonds », titres de la dette émis par la BCE, rem­bour­sa­bles soli­dai­re­ment par tous les pays. Ces deux pays ont de bonnes rai­sons pour le faire : les capi­taux fuient les pays comme l’Italie, l’Espagne, la Grèce, la France, qui sont les plus dure­ment tou­chés par l’épidémie et pen­dant ce temps les Pays-Bas et l’Allemagne enre­gis­trent de copieux pro­fits. Le « spread » (la dif­fé­rence entre les taux alle­mands et ceux de l’Italie, par exem­ple) aug­mente en ces pério­des de crise et donc les finan­ciers tudes­ques peu­vent spé­cu­ler ou emprun­ter à très bon compte puis­que, de fait, ce sont les autres pays qui paie­ront le coût véri­ta­ble du crédit.

Ce méca­nisme d’exploi­ta­tion des pays les plus pau­vres bud­gé­tai­re­ment par les riches Allemands et Hollandais est au fon­de­ment de la poli­ti­que d’aus­té­rité bud­gé­taire, dont, faut-il le rap­pe­ler, les bases ont été mises en place dans « grand marché unique » à la fin des années 80 et dans le traité de Maastricht en 1992, deux jolies salo­pe­ries dont les acteurs prin­ci­paux ne furent pas seu­le­ment alle­mands ! Jacques Delors, Pierre Bérégovoy et François Mitterrand (une sacrée bro­chette de « socia­lis­tes ») en ont été les pro­pa­gan­dis­tes et les mili­tants les plus fana­ti­ques à l’époque, sou­te­nus d’ailleurs par toute cette « gauche » qui nous disait : « si tu ne sou­tiens pas l’Europe, tu fais le jeu de Le Pen ».

En période de crise aussi grave que cette crise sani­taire, l’atti­tude des gou­ver­ne­ments alle­mand et hol­lan­dais paraît par­ti­cu­liè­re­ment abjecte. Elle résume ce qu’est le règne du capi­tal : périsse l’huma­nité pourvu qu’on sauve le taux de profit. Le « cercle de la raison » des Minc, Lamy, Delors, Attali et autres Macron, ce n’est rien d’autre que cette maxime, celle du pire des fana­tis­mes, le fana­tisme mor­ti­fère du capi­tal.

Le seul moyen qu’ont les peu­ples ita­liens, fran­çais, espa­gnols, grecs, etc. de s’en sortir est de briser le carcan de l’UE, ce qui veut dire en sortir. Ça nous coû­tera un peu, mais la liberté n’a pas de prix. Au lieu d’ache­ter des voi­tu­res alle­man­des, on les leur lais­sera et on refa­bri­quera des voi­tu­res en France. L’Allemagne ne vit que de l’expor­ta­tion, les Pays-Bas ne vivent que du fait qu’ils sont un para­dis fiscal (c’est une sorte de maxi-Luxembourg). Les per­dants de l’explo­sion de l’UE, ce seront eux. Eux et « nos » capi­ta­lis­tes à nous, nos élites mon­dia­li­sées à nous, car le capi­tal n’a pas de patrie !

Puisque l’épidémie nous a appris ou plutôt nous a rap­pelé que les fron­tiè­res, ça existe, il faut les remet­tre en œuvre. Les fron­tiè­res, ça ne veut pas dire l’iso­le­ment : on peut par­fai­te­ment pro­po­ser à l’Italie, à l’Espagne, à la Grèce, etc. des coo­pé­ra­tions indus­triel­les, agri­co­les, finan­ciè­res sur une base égalitaire et même si les choses mar­chent bien une sorte de confé­dé­ra­tion des peu­ples libres de l’Europe.

Mais il faut cesser de se sou­met­tre au fan­tôme né de l’ima­gi­na­tion malade des euro­péis­tes. La réa­lité de l’UE, ce n’est rien, comme la réa­lité de Dieu, mais la sou­mis­sion à ce rien, nous le savons, peut faire des rava­ges.

Il faut briser l’UE, sortir au plus vite, car le plus vite sera le mieux, du Saint Empire ger­ma­ni­que. Pas d’euro­bonds ? Émettons des obli­ga­tions en francs ! Il y a tou­jours une banque de France et comme de tels bons ne seront pas du papier mon­naie, il suffit de jeux d’écriture électronique à coût pres­que nul pour le faire.

Il faut briser l’UE, sortir au plus vite, car le plus vite sera le mieux, du Saint Empire ger­ma­ni­que. Avec une mon­naie déva­luée, nous paie­rons plus cher nos impor­ta­tions, mais cela nous obli­gera à relo­ca­li­ser, à fabri­quer nous-mêmes des res­pi­ra­teurs, des médi­ca­ments, des mas­ques, des peti­tes autos (que nous fai­sons fabri­quer aujourd’hui dans l’hin­ter­land alle­mand — Slovaquie, par exem­ple).

Il faut briser l’UE, sortir au plus vite, car le plus vite sera le mieux, du Saint Empire ger­ma­ni­que. Et par consé­quent réta­blir les contrô­les sur la cir­cu­la­tion des capi­taux, obli­ger les grou­pes fran­çais comme Renault à rapa­trier immé­dia­te­ment leurs sièges sociaux établis à Amsterdam.

Il faut briser l’UE, sortir au plus vite, car le plus vite sera le mieux, du Saint Empire ger­ma­ni­que. Et si l’indus­trie redé­marre chez nous, les tra­vailleurs fron­ta­liers trou­ve­ront du tra­vail en France. Nos jeunes ingé­nieurs n’auront plus à aller se faire embau­cher en Allemagne. Formés en France, pour l’essen­tiel avec de l’argent public fran­çais, ils n’iront plus satis­faire les besoins en chair fraî­che du capi­tal alle­mand, qui domine et exploite une nation vieillis­sante.

Caton l’Ancien ter­mi­nait tous ses dis­cours par « Carthago delenda est », « Carthage doit être détruite ». Nous n’avons pas besoin de gui­gnols pour pro­met­tre la lune et finir comme Tsipras. Nous avons besoin d’un Caton : l’empire UE doit être détruit.

Le 9 avril 2020 — Denis Collin