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La vérité sur l’UE par la cour de Karlsruhe

par Denis COLLIN, le 9 mai 2020

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Sur la demande de plusieurs députés allemands, la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe — la Cour suprême de la République fédérale allemande s’est interrogée sur la légalité de la politique de BCE dirigée par Mme Lagarde, politique visant, entre autres choses à faire racheter par la BCE les dettes des États de la zone euro, considérant que toutes ces actions (initiées par Mario Draghi) sont en partie illégales.

L’affaire est inté­res­sante à bien des égards. Tout d’abord, c’est le tri­bu­nal cons­ti­tu­tion­nel de Karlsruhe qui contrôle la léga­lité de l’action de la BCE. D’ordi­naire, c’est l’inverse : la BCE mori­gène les États (autres que l’Allemagne), les­quels, de plus ou moins bonne grâce s’exé­cu­tent. Mais quand il s’agit de l’Allemagne, on sait rap­pe­ler qui est le vrai patron !

En second lieu, for­mel­le­ment la cour de Karlsruhe a raison. La BCE a mené une poli­ti­que active de laxisme dans l’émission de mon­naie qui est contraire à la lettre et à l’esprit des trai­tés que l’Allemagne a signés. Donc, la cour qui défend la sou­ve­rai­neté alle­mande est dans son droit : si la poli­ti­que de la BCE contre­dit les prin­ci­pes accep­tés par les Allemands, c’est la sou­ve­rai­neté alle­mande qui est mise en cause. Tout le ban et l’arrière-ban des euro­péis­tes ont joué les pucel­les effa­rou­chées devant cette irrup­tion des juges alle­mands. Comment, ces gens-là d’une part affir­ment que l’Europe supra­na­tio­nale ça ne vaut que pour les nations inféo­dées, mais cer­tai­ne­ment pas pour la nation maî­tresse de l’UE ? Comment osent-ils mon­trer aussi bru­ta­le­ment la réa­lité ? La réa­lité, c’est que l’euro est une mon­naie alle­mande, il a aux yeux des juges cons­ti­tu­tion­nels la valeur sym­bo­li­que et poli­ti­que du mark qui a cours forcé chez les autres nations euro­péen­nes.

En troi­sième lieu, la cour de Karlsruhe a raison sur le fond. La sou­ve­rai­neté réside essen­tiel­le­ment dans la nation et en défen­dant la sou­ve­rai­neté de la nation alle­mande, elle ne fait que son tra­vail et nous n’avons aucune raison de le lui repro­cher. L’école juri­di­que alle­mande est sérieuse, comme la machine-outil fabri­quée outre-Rhin ! Ceux qu’il faut mettre en ques­tion, ce ne sont pas les juges de Karlsruhe, mais les poli­ti­ciens fran­çais ou ita­liens ou grecs (etc.) qui ont accepté de brader la sou­ve­rai­neté de leur propre nation pour rester mem­bres de cette exten­sion du Saint Empire ger­ma­ni­que qu’est l’euro. Pour notre classe domi­nante, c’est une vieille tra­di­tion. Pendant la Révolution fran­çaise, ils se sont réfu­giés à Koblenz pour com­plo­ter contre la patrie. En 1871, ils se sont mis d’accord avec les Prussiens pour écraser la Commune de Paris et en 1940 ils ont accueilli en sau­veurs les nazis qui allaient les débar­ras­ser des Juifs et des bol­che­viks. Rien de nou­veau sous le soleil.

Pas de démo­cra­tie sans sou­ve­rai­neté et pas de sou­ve­rai­neté sans sou­ve­rai­neté moné­taire. Si on ne veut pas se plain­dre des arrêts des juges alle­mands, il nous faut donc sortir de l’euro ! C’est le mini­mum vital pour nous, comme pour nos cou­sins ita­liens ou grecs. On pour­rait garder l’euro comme mon­naie com­mune pour faci­li­ter les échanges en Europe et on pour­rait sans mal vivre avec une double mon­naie comme cela s’est sou­vent fait par le passé et comme cela se fait encore aujourd’hui dans de nom­breux pays. Voilà un point cen­tral pour un ras­sem­ble­ment popu­laire pour virer Macron.

Denis Collin — 9 mai 2020