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Leçons des municipales au Brésil

par , le 12 décembre 2020

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Nous republions ici pour son évident intérêt l’article que Joël Perichaud, Secrétaire national du Parti de la démondialisation chargé des relations internationales a consacré aux dernières élections municipales au Brésil. Nos lecteurs pourront d’eux-mêmes en tirer les leçons qui s’imposent pour la France.

Le 11 décem­bre 2020

Dimanche 29 novem­bre 2020, pour le second tour des muni­ci­pa­les au Brésil, envi­ron 38 mil­lions de Brésiliens, (soit un quart du corps électoral), étaient appe­lés à élire pour quatre ans les maires et conseillers muni­ci­paux de 57 villes dont 18 des 26 capi­ta­les d’État.
La poli­ti­que néo­li­bé­rale de Bolsonaro a plongé le pays dans la réces­sion et a pro­vo­qué un niveau record de chô­mage, avec 14 mil­lions de sans-emploi. Le néo­li­bé­ra­lisme de Bolsonaro a, comme par­tout où ces poli­ti­ques s’appli­quent, fait des coupes som­bres dans la santé, l’éducation, les trans­ports publics ou le loge­ment, mais aussi poussé les villes à l’endet­te­ment, la cor­rup­tion et la vio­lence. Le plus grand pays d’Amérique latine, où la pan­dé­mie de Covid-19 a fait plus de 172 000 morts en huit mois, voit arri­ver une deuxième vague de coro­na­vi­rus.

Avec ce bilan catas­tro­phi­que pour le peuple bré­si­lien, cer­tains s’atten­daient, lors de ces élections muni­ci­pa­les, à la déroute de la « droite » et au retour de la « gauche » dans les mai­ries.

Bolsonarisme et droi­tes diver­ses

Certes, ces muni­ci­pa­les indi­quent un ample reflux de la vague qui avait porté Jair Bolsonaro au pou­voir en 2018, mais c’est le « centre-droit » qui rafle la mise… Et de loin car il s’empare de la pres­que tota­lité des mai­ries. Par exem­ple, dans l’État de Bahia, les trois prin­ci­pa­les villes sont doré­na­vant aux mains de la droite et du centre-droit ,com­pa­ti­bles avec le bol­so­na­risme. La capi­tale du Maranhгo, Sгo Luнs, sera diri­gée par Eduardo Braide, allié de Bolsonaro.
Les villes-capi­ta­les Maceio (Alagoas), Aracaju (Sergipe), Fortaleza (Cearб) et Recife (Pernambuco) seront diri­gées par des maires « centre-gauche modéré » (PSB, PDT) com­pa­ti­bles avec la droite.
La vic­toire a été sans appel dans les deux plus gran­des villes du pays. A São Paulo (12,5 mil­lions d’habi­tants), ville la plus riche du Brésil, le maire sor­tant Bruno Covas a été reconduit avec près de 60 % des voix, contre 40,62 % à Guilherme Boulos (PSOL). Et à Rio de Janeiro, Eduardo Paes, a rem­porté 64,07 % des voix, infli­geant une défaite cin­glante à l’impo­pu­laire maire sor­tant Marcelo Crivella (35,93 %), ex-pas­teur évangélique. Celui-ci est l’un des 13 can­di­dats sou­te­nus par Bolsonaro dont 11 ont été battus.
Analyser, plus en détail, les résul­tats du centre-droit n’a pas d’inte­rêt car le décou­page centre-droit, centre-gauche, droite et bol­so­na­risme est arti­fi­ciel, tous ces partis menant la même poli­ti­que.

Déroute de la « gauche »

Pour la pre­mière fois depuis le retour de la démo­cra­tie au Brésil (1985), le Parti des tra­vailleurs (PT) de l’ex-pré­si­dent Luiz Inacio Lula da Silva n’a pas rem­porté une seule capi­tale des 26 États de la fédé­ra­tion. Le PT n’a même pas pu arra­cher dans le Pernambouc (nord-est), Recife, bas­tion de la gauche et seule capi­tale qui était à sa portée. Le PT a dis­puté quinze seconds tours et n’a rem­porté que quatre villes, toutes de plus de cent mille habi­tants : Contagem et Juiz de Fora dans l’État du Minas Gerais, Diadema et Maua dans celui de Sao Paulo. Sur le plan natio­nal, le PT passe de 630 maires élus en 2012 à 183 au 1er jan­vier 2021.
Le PT ne repré­sente plus que 2,9 % de l’électorat du pays et moins de 5 % dans le Nordeste, fief de la gauche. L’ensem­ble des partis de gauche n’arrive pas à 10 % des voix.
Nationalement, le PSOL (petit parti de gauche de gauche), ne diri­gera que cinq villes, dont Belém, capi­tale du Parб, État ou les iné­ga­li­tés socia­les, la pres­sion des grands pro­prié­tai­res ter­riens et la défo­res­ta­tion sont les plus vio­len­tes. Edmilson Rodrigues a conquis la mairie avec une liste plu­rielle (PSOL, PT, PCdoB, PDT, PCB, Rede, UP).

Quelles leçons en tirer ?

 La pre­mière leçon est connue mais doit être rap­pe­lée. Les poli­ti­ques néo­li­bé­ra­les, désas­treu­ses pour les clas­ses domi­nées et rava­geu­ses pour les plus pau­vres, ne les condui­sent pas « auto­ma­ti­que­ment » à voter à gauche.

 La deuxième leçon est évidente mais niée par tous les partis « de gauche » du sys­tème. Il ne suffit pas, lorsqu’on a le pou­voir, d’amé­lio­rer le quo­ti­dien des gens en accep­tant les limi­tes fixées par le sys­tème néo­li­bé­ral.

 La troi­sième est sans appel : Les citoyens refu­sent le cli­vage « gauche-droite », arti­fi­ciel, les « deux camps » appli­quant la même poli­ti­que.

 La qua­trième est claire : sans rup­ture com­plète et immé­diate avec le néo­li­bé­ra­lisme (et le capi­ta­lisme) pas de vic­toire pos­si­ble des partis de gauche.


Voir en ligne : PARDEM (Parti de la démondialisation)

Messages

  • L’article est intéressant, mais les conclusions qu’il présente sont peut-être un peu rapides et aident peu.
    Le ressentiment contre les partis se présentant comme "de gauche" ne suffit pas à expliquer pourquoi les électeurs votent et revotent pour des partis de droite qui prônent une politique dont ils ne prennent même pas la peine d’essayer de faire croire qu’elle sera en faveur du plus grand nombre.
    Le problème auquel nous sommes confrontés est que les anciens clivages en termes d’intérêts de classe ne fonctionnent plus, soit parce qu’ils ne sont plus pertinents sous cette forme, soit parce que l’effondrement des partis communistes et socialistes a laissé la place à d’autres clivages, sur les "valeurs comme on dit aujourd’hui, notamment religieux ou sur la protection de telle ou telle communauté, qui ne laissent plus de place à reconstruction d’une opposition politique au capitalisme sous ses formes contemporaines

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