Accueil > International > Répétitions pour le paradigme de la terreur épidémiologique.

Répétitions pour le paradigme de la terreur épidémiologique.

par Diego FUSARO, le 22 février 2021

Enregistrer au format PDF

Répétitions pour le para­digme de la ter­reur épidémiologique.

Il ne s’agit pas de nier l’exis­tence de l’urgence : il s’agit plutôt de reconnaî­tre que, sur l’urgence (sou­vent indé­nia­ble­ment ampli­fiée par l’ordre du dis­cours domi­nant), se greffe une ratio­na­lité poli­ti­que qui uti­lise l’urgence elle-même pour ren­for­cer les cris­taux du pou­voir et res­ser­rer les mailles du contrôle. Le plus sou­vent, l’ordre domi­nant tourne la crise à son avan­tage, en l’employant essen­tiel­le­ment en vue de trois objec­tifs qui se ren­for­cent mutuel­le­ment :

a) intro­duire des mesu­res qui, dans des condi­tions nor­ma­les, ne seraient jamais accep­tées et qui, au contraire, sont iné­vi­ta­bles en raison de la situa­tion d’urgence (de cette façon, l’inac­cep­ta­ble devient iné­vi­ta­ble) ;

b) faire en sorte que les règles et les res­tric­tions appa­rais­sent tem­po­rai­res, parce qu’elles sont liées à l’urgence, et qui, en fait, aspi­rent à deve­nir per­ma­nen­tes (et qui, très sou­vent, le devien­nent effec­ti­ve­ment) ;

c) accé­lé­rer for­te­ment les pro­ces­sus qui étaient déjà en cours ou qui, de toute façon, étaient dans l’air et qui, dans des condi­tions nor­ma­les, auraient néces­sité beau­coup plus de temps pour être plei­ne­ment mis en œuvre.

Dans le cas spé­ci­fi­que de l’urgence Coronavirus, il semble que les trois condi­tions soient rem­plies : En ce qui concerne le point a), il suffit de penser au ver­rouillage et, en géné­ral, à la limi­ta­tion de la liberté de cir­cu­la­tion ; en ce qui concerne le point b), il faut consi­dé­rer, par exem­ple, la ’dis­tan­cia­tion sociale’, qui appa­raî­tra évidemment comme le nou­veau prin­cipe d’orga­ni­sa­tion de la société sans contact ; enfin, en ce qui concerne le point c), il faut penser à la vir­tua­li­sa­tion des rela­tions et, en par­ti­cu­lier, aux nou­vel­les pra­ti­ques de la télé­pho­nie et du télé­tra­vail, pro­ces­sus qui étaient déjà en cours depuis un cer­tain temps et qui se dérou­lent main­te­nant avec une rapi­dité inouïe. On se sou­vient qu’en Italie, les écoles ont été fer­mées pres­que immé­dia­te­ment, à la fin du mois de février, et déjà en l’espace d’une semaine, des cours étaient régu­liè­re­ment orga­ni­sés dans une grande partie du pays en ligne, en strea­ming et avec des pla­te­for­mes numé­ri­ques. Sans nier l’urgence ou - selon le cliché des grou­pes dis­per­sés en confi­ne­ment cog­ni­tif per­ma­nent - le virus lui-même, il s’agit de com­pren­dre sa fonc­tion économique, sociale et poli­ti­que. A cet égard, une his­to­ri­ci­sa­tion du regard peut faci­li­ter le tra­vail de com­pré­hen­sion.

En fait, les répé­ti­tions géné­ra­les de l’uti­li­sa­tion de l’urgence sani­taire comme un art de gou­ver­ne­ment libé­ral remon­tent à 2005. Cette année-là, l’OMS, en la per­sonne de son coor­di­na­teur David Nabarro, a annoncé la pos­si­bi­lité de 150 mil­lions de décès dus à l’arri­vée de la grippe aviaire. L’OMS avait déjà pro­posé une stra­té­gie d’endi­gue­ment bio­po­li­ti­que que les États n’étaient pas encore prêts à adop­ter à l’époque. La grippe aviaire de 2005 a été pré­sen­tée par le direc­teur de l’OMS de l’époque, Klaus Stöhr, comme une infec­tion capa­ble de causer jusqu’à sept mil­lions de décès dans le monde. Elle a même été com­pa­rée à la grippe espa­gnole de 1918. Comme nous le savons, la grippe aviaire n’a causé que quel­ques cen­tai­nes de morts dans le monde. C’est ensuite en 2009 que de nou­veaux tests géné­raux ont été tentés, lors­que l’OMS a pro­clamé l’état d’alerte pan­dé­mi­que pour la pro­pa­ga­tion du virus de la grippe H1N1 (dite ’grippe por­cine’). En 2010, un an et demi après son appa­ri­tion, la grippe por­cine était éteinte : elle avait infecté 482 000 per­son­nes et causé seu­le­ment 20 000 décès dans le monde. Et pour­tant, même à cette époque, cer­tai­nes mesu­res pour contrer la pro­pa­ga­tion du virus ont été évoquées, qui ne devien­dra le pro­ta­go­niste à part entière qu’en 2020. Le 16 juin 2010, par exem­ple, les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) ont publié un arti­cle inti­tulé The 2009 H1N1 Pandemic : Summary-Highlights, April 2009-April 2010. On pour­rait y lire : ’Les mesu­res de dis­tan­cia­tion sociale visent à accroî­tre la dis­tance entre les gens. Les mesu­res com­pren­nent le fait de rester à la maison lorsqu’on ne peut pas se faire soi­gner, d’éviter les grands ras­sem­ble­ments, le télé­tra­vail et la fer­me­ture des écoles’. Il est dif­fi­cile de dire si, en 2005 et 2009, il s’agis­sait sim­ple­ment de virus plus fai­bles que le Coronavirus de 2020 ou si, au contraire, il n’était pas encore temps de chan­ger de para­digme. Cette deuxième inter­pré­ta­tion semble être sou­te­nue par le fait qu’en 2015, 50 000 per­son­nes sont mortes en Italie à cause de l’épidémie de grippe sai­son­nière ; de nou­veau, en 2018, la grippe sai­son­nière a pro­vo­qué, à son apogée, l’hos­pi­ta­li­sa­tion en soins inten­sifs de plus de 800 Italiens. En 2017, il y a eu 500 000 décès dans le monde dus à l’épidémie de grippe sai­son­nière. Les jour­naux ont d’ailleurs rap­porté la nou­velle, sou­li­gnant la situa­tion tra­gi­que dans laquelle se trou­vaient les hôpi­taux et les unités de soins inten­sifs. Ainsi, vous pour­riez lire, par exem­ple, dans cer­tains jour­naux : Milan, les soins inten­sifs s’effon­drent pour la grippe (’Il Corriere della Sera’, 10.1.2018) ; La grippe, les vac­ci­na­tions à 50% et les hôpi­taux au bord de l’effon­dre­ment (’Il Secolo XIX’, 11.1.2017) ; Les hôpi­taux s’effon­drent, la Région aux direc­teurs : ’Attention maxi­male aux urgen­ces’ (’La Nazione’, 5.1.2017).

Contrairement à ce qui allait se passer en 2020, le pays n’a pas été condamné à la para­ly­sie socio-économique du ver­rouillage (par­tiel ou total) dans aucune des années que nous venons de men­tion­ner. Les citoyens n’ont pas non plus été ter­ro­ri­sés par le mar­tel­le­ment d’une cam­pa­gne média­ti­que dont le seul but - comme ce sera le cas en 2020 - était de ter­ri­fier la popu­la­tion et de la convain­cre d’accep­ter en silence l’enfer­me­ment dans un foyer forcé. En 2005 (grippe aviaire), en 2009 (grippe por­cine), et dans la période entre les extrê­mes de 2015 et 2019, la pres­sion média­ti­que et poli­ti­que s’est clai­re­ment concen­trée sur d’autres prio­ri­tés stra­té­gi­ques.