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La France au bord de l’explosion

par Jacques COTTA, le 28 octobre 2019

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Le Chili donne une assez bonne illus­tra­tion de ce qui est en train de se dérou­ler dans un grand nombre de pays et notam­ment chez nous, en France. Alors qu’un plan de rigueur insup­por­ta­ble pour le peuple est décidé par le gou­ver­ne­ment, des mani­fes­ta­tions éclatent et avec elles une répres­sion vio­lente, san­glante. Le gou­ver­ne­ment chi­lien expli­que :
1/ Nous sommes en guerre contre le ticket de trans­port.
2/ L’état d’urgence sera appli­qué avec fer­meté.
Plutôt que d’’avouer la guerre en effet, mais contre le peuple chi­lien, le pré­si­dent Sebastian Piñera pré­fère dési­gner le « ticket de trans­port ». En atten­dant ce sont les tra­vailleurs chi­liens qui tom­bent sous les coups des forces de police et de l’armée chi­lienne. Sinistre sou­ve­nir !

Mais le Chili n’est qu’une partie visi­ble des ten­sions qui éclatent à tra­vers le monde.
En Irak, la mobi­li­sa­tion popu­laire se déve­loppe pour obte­nir « la chute du régime des voleurs », la liberté, les ser­vi­ces publics, la créa­tion d’emplois. Les ira­kiens remet­tent ouver­te­ment à l’ordre du jour la ques­tion sociale et enva­his­sent les rues Bagdad et d’autres villes du sud du pays au risque de leur vie mena­cée par la police et l’armée.

Le Chili, l’Irak… Même causes, mêmes effets, là et ailleurs…
En Equateur la mobi­li­sa­tion popu­laire dénonce le pou­voir gan­gréné par la cor­rup­tion, à Hongkong, les mani­fes­ta­tions sont inces­san­tes pour s’oppo­ser à la dic­ta­ture de Pékin et com­bat­tre les iné­ga­li­tés socia­les qui se déve­lop­pent dans l’archi­pel, au Liban l’injus­tice sociale pousse les mobi­li­sa­tions à mettre en cause direc­te­ment le pou­voir, en Egypte, la mobi­li­sa­tion contre le gou­ver­ne­ment demeure intacte, en Guinée, les mani­fes­tants oppo­sés à la pré­si­dence à vie de Alpha Condé sont mobi­li­sés au nom de la démo­cra­tie…

Ainsi en de nom­breux points du globe la mobi­li­sa­tion pour défaire le sys­tème poli­ti­que, pour affron­ter ses méfaits économiques et sociaux, pour com­bat­tre le capi­ta­lisme sous toutes ses formes, se déve­loppe. Et par­tout deux phé­no­mè­nes se répè­tent :

1/ La répres­sion comme seule réponse des régi­mes en place. Répression poli­cière, judi­ciaire, mili­taire avec ses suc­ces­sions de bles­sés, de morts.
2/ L’absence de toute repré­sen­ta­tion poli­ti­que pour expri­mer les aspi­ra­tions popu­lai­res et pour pré­ten­dre au pou­voir afin d’être en mesure de les satis­faire.

Bon exem­ple parmi tous ceux cités pour illus­trer ce double phé­no­mène, l’Algérie où la mobi­li­sa­tion popu­laire s’oppose au régime auto­ri­taire et cor­rompu. Pour se main­te­nir celui-ci cade­nasse les liber­tés, per­sé­cute les mili­tants, empri­sonne les oppo­sants. Louisa Hanoune, cible choi­sie par la jus­tice mili­taire, trois fois can­di­date à l’élection pré­si­den­tielle, dépu­tée de la cir­cons­crip­tion d’Alger depuis 1997, res­pon­sa­ble du parti des tra­vailleurs, répu­bli­caine, par­ti­sane d’une cons­ti­tuante pour sortir le pays de la dic­ta­ture et de la crise, est condam­née à quinze années de prison au même titre que plu­sieurs hauts digni­tai­res du pou­voir déchu, à l’issue d’une audience édifiante dans laquelle elle n’a cessé de se com­por­ter en mili­tante, affir­mant ses convic­tions sans recu­ler sur les aspi­ra­tions démo­cra­ti­ques et socia­les qu’elle porte.

Et il y a la France, l’émergence des Gilets jaunes il y a un an, et l’état d’urgence per­ma­nent comme seule réponse, légi­ti­mant une acti­vité poli­cière et judi­ciaire condam­née notam­ment par les ins­ti­tu­tions inter­na­tio­na­les. Les cen­tai­nes de mil­liers de tra­vailleurs, de jeunes, de retrai­tés, d’ouvriers, d’arti­sans qui se sont enga­gés pour la démo­cra­tie et la jus­tice sociale s’ins­cri­vent objec­ti­ve­ment dans la mobi­li­sa­tion qui au niveau inter­na­tio­nal éclate ici ou là. Avec Emmanuel Macron, le gou­ver­ne­ment fran­çais est inquiet de voir la force qui s’est révé­lée un grand nombre de same­dis se mani­fes­ter à nou­veau, sous des formes impré­vi­si­bles, lors­que l’occa­sion se pré­sen­tera. A la veille de sa réforme des retrai­tes l’inquié­tude concerne les mesu­res qui peu­vent à tout moment mettre le feu aux pou­dres.

Le dis­cours ambiant veut lais­ser penser que les valeurs de liberté, d’égalité, de jus­tice sociale sont d’un autre temps. Mais au niveau inter­na­tio­nal comme natio­nal, n’est-ce pas tout le contraire qui se mani­feste. Les débats archaï­ques qui par­lent de « gauche » et de la « droite » pour tenter de réin­tro­duire les cli­va­ges qui ont fait le bon­heur du per­son­nel poli­ti­que d’hier sem­blent ne pas résis­ter à l’épreuve des faits. La gauche comme la droite ou l’extrême droite n’a aucune réponse aux ques­tions réel­les que posent par­tout les forces socia­les en mou­ve­ment. Ce sont ces ques­tions et les répon­ses qui doi­vent leur être appor­tées qui cons­ti­tuent en réa­lité les véri­ta­bles cli­va­ges qui doi­vent per­met­tre de se situer. Le combat pour la répu­bli­que sociale cons­ti­tue en fait un bon point de regrou­pe­ment et semble avoir de beaux jours…