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11 avril, élections Équateur, Pérou, Bolivie

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 8 avril 2021

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11 avril, élections Équateur, Pérou, Bolivie

Le 11 avril c’est un « super diman­che » en l’Équateur avec le second tour de la pré­si­den­tielle, au Pérou avec le pre­mier tour des pré­si­den­tiel­les et en Bolivie pour le second tour des gou­ver­neurs de quatre dépar­te­ments. Normalement le Chili devait aussi voter pour des élections muni­ci­pa­les, des gou­ver­neurs et les 155 électeurs de la Constituante, mais le Covid vient de repor­ter la jour­née, une pan­dé­mie qui ne peut que jouer un rôle quant aux résul­tats.

En Équateur, au pre­mier tour c’est le can­di­dat de Correa, Andrés Arauz, qui est arrivé lar­ge­ment en tête avec 32,7 % des voix. La dis­pute est venue de l’élu en deuxième posi­tion, vu qu’il y a eu seu­le­ment 0,3 % d’écart, avec le ban­quier Guillermo Lasso 19,39 % déclaré devant Yaku Pérez repré­sen­tant une gauche for­te­ment opposé à celle de Correa. Pour le second tour ce cou­rant a refusé de se pro­non­cer. Quel écart entre les deux gau­ches ? D’un côté une gauche plutôt urbaine et de l’autre une gauche plutôt rurale for­te­ment anti-extrac­ti­viste.

Est-ce que comme en Bolivie où le repré­sen­tant de Moralès a fina­le­ment été for­te­ment élu, Andrés Arauz peut l’empor­ter ?

Au Pérou la situa­tion est bien dif­fé­rente. En 2018 Pedro Pablo Kuczynski a été élu, mais a dû démis­sion­ner pour cause de cor­rup­tion (la fameuse affaire Odebrecht). Son sup­pléant, Martín Vizcarra, a dû démis­sion­ner peu après. Manuel Merino, pré­si­dent du Congrès a pris la suite pour une semaine ! Des manifs contre lui ont fait 2 morts pour cause de répres­sion. C’est Francisco Sagasti qui va le rem­pla­cer et qui est en poste. Il ne se pré­sente pas.

L’ato­mi­sa­tion poli­ti­que est telle que dans les son­da­ges, per­sonne ne dépasse le 10 % !

Hernando De Soto (Avanza País, néo­li­bé­ral de droite) serait en tête, mais Verónika Mendoza (Ensemble pour le Pérou, à gauche) conserve ses chan­ces. L’ultra conser­va­teur Rafael López Aliaga est en embus­cade.

En Bolivie ce sont les dépar­te­ments de La Paz, Chuquisaca, Pando et Tarija. A La Paz, Pando et Tarija, le MAS est arrivé en tête au pre­mier tour, mais dans les rangs au pou­voir il craint que le gou­ver­ne­ment de La Paz ne passe entre les mains du mou­ve­ment Jalalla, celui de l’ancienne pré­si­dente du Sénat Eva Copa, élu maire d’El Alto, or il s’agis­sait d’une for­te­resse poli­ti­que pour Evo Morales. Il s’agit là d’une posi­tion d’une gauche res­sem­blant un peu à celle de Yaku Pérez en Équateur.

Les luttes socia­les sont consi­dé­ra­bles en Amérique latine, mais la tra­duc­tion poli­ti­que reste très dif­fi­cile. Avec la vic­toire de Lula au début des années 2000 « la gauche » on avait assisté à une orien­ta­tion nou­velle dans la région au Venezuela, en Argentine, en Uruguay, en Bolivie et en Équateur. Mais par­tout les poli­ti­ques enga­gées ont déçu les popu­la­tions. Dans des pays aux plus gran­des iné­ga­li­tés, les poli­ti­ques en ques­tion ont permis leur dimi­nu­tion, mais ce n’est pas suf­fi­sant en tant qu’alter­na­tive. Donc la droite a repris le pou­voir au Brésil, en Argentine, Équateur et même en Uruguay. Quant au Venezuela la situa­tion est plus que pro­blé­ma­ti­que.

Est-ce qu’avec l’arrive d’AMLO au Mexique, le retour de « la gauche » en Argentine nous allons assis­ter à une alter­nance ? En Bolivie après les événements suite à la des­ti­tu­tion de Moralès le MAS a pu repren­dre le pou­voir avec Luis Arce, sauf qu’il serait erroné de négli­ger l’écart entre les deux pré­si­dents. Moralès venait du mou­ve­ment syn­di­cal (telle est l’ori­gi­na­lité de la Bolivie et j’observe que le virage à gauche n’a pas déve­loppé le mou­ve­ment syn­di­cal) alors qu’Arce est un pur économiste.

La vic­toire d’Andrés Arauz en Équateur s’ins­cri­rait dans la vic­toire d’Arce, celle d’une gauche ges­tion­naire inca­pa­ble cepen­dant de cons­truire une pers­pec­tive glo­bale. Nous en avons l’exem­ple avec AMLO au Mexique où la bataille est dure entre les oppo­sants et les défen­seurs du gly­pho­sate au sein du gou­ver­ne­ment. AMLO va-t-il une fois de plus céder comme il a cédé face au crime orga­nisé ? Les mou­ve­ments sociaux ne réus­sis­sent pas à impo­ser leur calen­drier. En consé­quence les résul­tats des élections de diman­che seront indi­ca­tifs de ten­dan­ces, mais pas déci­sifs quant à un avenir d’émancipation. J-P Damaggio