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« Radio »

par Gilles CASANOVA, le 4 décembre 2021

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Est-ce que la logi­que de la société humaine est de réa­li­ser tous les pos­si­bles ? On peut autre­ment poser la ques­tion en disant : tout ce qui est pos­si­ble mérite-t-il d’être fait ?
Les socié­tés qui sont domi­nées par une vision, une reli­gion, une idéo­lo­gie, que ce soit la République, le catho­li­cisme, le com­mu­nisme, ont une façon de répon­dre qui est la régu­la­tion de la société. Ainsi vous ne pouvez en France ache­ter des armes que dans des condi­tions très pré­ci­ses, vous ne pouvez ache­ter que cer­tains types d’armes, et il vous faut déte­nir un permis pour pou­voir les avoir chez vous.
Dans les socié­tés où le marché est roi, qui est la société que le néo­li­bé­ra­lisme veut étendre au monde entier, on peut ache­ter tous les types d’armes sans limite et les pos­sé­der chez soi, c’est le cas aux États-Unis d’Amérique.
La logi­que de la société de marché c’est de trans­for­mer toute acti­vité humaine en occa­sion de faire du profit. La com­mis­sion de Bruxelles l’a bien com­pris qui a exigé de la France qu’elle intè­gre dans son PIB la pros­ti­tu­tion et le trafic de drogue. Fort logi­que­ment la France s’y est refu­sée, jusqu’à l’élection d’Emmanuel Macron qui, lui, a trouvé la chose très nor­male.
Les tests géné­ti­ques de pater­nité ne sont pas en vente libre en France, un comité d’éthique s’est penché sur ce sujet et a fait une étude sta­tis­ti­que sur quel­ques mil­liers de famil­les où il est apparu qu’une pro­por­tion non négli­gea­ble de troi­sième enfant n’était pas du mari. Il a donc conseillé au légis­la­teur de ne pas intro­duire une inno­va­tion tech­no­lo­gi­que de nature à détruire des foyers qui fonc­tion­nent bien et où le vrai père, c’est fina­le­ment celui qui élève, et non celui qui a contri­bué bio­lo­gi­que­ment un ins­tant à la concep­tion. Ce n’est pas le cas aux États-Unis ou ces tests sont en accès libre, et l’incre­va­ble feuille­ton « Amour gloire et beauté » fait régu­liè­re­ment appel à eux pour créer quel­ques coups de théâ­tre, lors­que les scé­na­ris­tes sont fati­gués.
Le sujet le plus inquié­tant, c’est bien sûr la numé­ri­sa­tion de la société en lien avec l’intel­li­gence arti­fi­cielle qui permet, et va per­met­tre plus encore demain, de contrô­ler l’ensem­ble des mem­bres d’une société de façon à créer, avec une très grande faci­lité, un enfer tota­li­taire.
Les smart­pho­nes, la mon­naie électronique, le titre de trans­port dans le smart­phone, tous ces dis­po­si­tifs qui disent en per­ma­nence où vous êtes, écoutent ce que vous dites, qui peu­vent être l’objet d’une ana­lyse extra­or­di­nai­re­ment rapide et pro­fonde par l’intel­li­gence arti­fi­cielle, pour déter­mi­ner si ce que vous faites va dans le sens de ce que sou­hai­tent les auto­ri­tés, ou si vous avez un carac­tère trop contes­ta­taire, voire com­plo­tiste.
Et de manière numé­ri­que il est tout aussi facile de vous empê­cher l’accès aux avions, aux trains rapi­des, aux res­tau­rants, aux cafés, au cinéma ou à la biblio­thè­que.
Le sys­tème fonc­tionne en Chine, dans cer­tai­nes villes, des camé­ras sont pré­sen­tes par­tout et ana­ly­sent votre com­por­te­ment, vous perdez des points chaque fois que vous ne res­pec­tez pas les règles édictées par le Parti com­mu­niste Chinois, et quand vous n’en avez plus qu’un cer­tain nombre, vous n’avez plus le droit de vous dépla­cer ou alors dans un rayon limité, dans un temps limité, et à mesure que vous pour­sui­vez, vous pouvez finir enfermé chez vous votre télé­phone mobile ser­vant alors de bra­ce­let électronique, sans juge, sans procès, sans defense.
On voit que les pre­miers pas de ce sys­tème ont déjà eu lieu en France avec le Pass sani­taire. L’équivalent du Conseil cons­ti­tu­tion­nel espa­gnol l’a inter­dit, mais l’assem­blée pré­si­dée par Laurent Fabius dont le fils est un des pro­mo­teurs du projet l’a auto­risé. Toutes sortes de pro­mes­ses de limi­ta­tion abso­lue ont été faites, d’abord que c’était uni­que­ment pour des événements avec plus de 1000 per­son­nes, que ce ne serait jamais au café, au res­tau­rant ou au cinéma, puis ça a été étendu, il a été promis que le 15 novem­bre c’était ter­miné, croix de bois croix de fer, puis c’est pro­longé main­te­nant jusqu’en juillet pro­chain, et puis on a ajouté récem­ment que selon son âge on intro­dui­sait de nou­vel­les obli­ga­tions qui pour­raient faire dis­pa­raî­tre le béné­fice de ce Pass sani­taire sans que vous ne puis­siez rien faire, pour expli­quer quoi que ce soit à qui que ce soit.
Tout cela est tou­jours fait au nom du Bien.
Ainsi, si vous avez moins de 30 ans une fois que vous aurez perdu deux points sur votre permis de conduire, demain, on jugera normal de vous péna­li­ser par l’inter­dic­tion d’aller au cinéma, au café ou au res­tau­rant, jusqu’à ce que vous récu­pé­riez ces deux points. On argu­men­tera le nombre de jeunes qui meu­rent sur les routes et qui étant la cause d’acci­dents de voi­ture tuent leurs conci­toyens, on fera toutes sortes de son­da­ges qui diront que les vieux sont d’accord pour qu’on enferme ainsi les jeunes.
L’appli­ca­tion tous-anti-Covid envoie déjà au minis­tère de l’inté­rieur les noms de toutes les per­son­nes que vous croi­sez et le temps que vous passez en leur pré­sence, et la dis­tance qui vous sépare, il est tel­le­ment évident que cette cen­tra­li­sa­tion abso­lue est indis­pen­sa­ble pour lutter contre le virus…
Nous sommes sur cette pente glis­sante.
Mais il y a d’autres domai­nes où la ques­tion se pose de savoir si les inno­va­tions des scien­ces et des tech­ni­ques peu­vent et doi­vent être uti­li­sées sans avoir une réflexion éthique préa­la­ble. La pro­duc­tion d’un enfant de confort est désor­mais pos­si­ble, sans avoir besoin d’un père, ni même d’une mère à partir du moment où on loue un ventre.
Sous l’égide d’Emmanuel Macron la France s’engage dans cette voie. Applaudie par des mou­ve­ments qui se disent fémi­nis­tes, mais ne rêvent plus que de l’éradication des mâles.
Pour pren­dre un sujet moins grave, faire tout ce que la tech­no­lo­gie permet peut-être de nature à détruire pure­ment et sim­ple­ment ce que l’on essaie d’amé­lio­rer ainsi.
Prenons l’exem­ple de la radio, la radio est le média qui s’adresse le plus à l’ima­gi­na­tion. Lorsqu’on vous dit « c’est alors qu’entra la plus belle femme du monde » dans votre ima­gi­na­tion c’est la plus belle femme du monde qui entre, chacun en a sa vision, ça n’a aucune impor­tance, c’est la force de la radio que de com­mu­ni­quer, par une évocation, avec l’ima­gi­naire de chacun.
À la télé­vi­sion il va fal­loir trou­ver une actrice, et il est évident qu’une bonne partie de ceux qui regar­de­ront l’émission consi­dè­re­ront qu’elle est très loin d’être la plus belle…
Lorsque j’étais enfant, j’étais fas­ciné par la séquence d’infor­ma­tion du matin qui me don­nait l’impres­sion, avec tous ces envoyés spé­ciaux, avec tous ces chro­ni­queurs, d’avoir, dans le poste, toute la magie et la tur­bu­lence du monde. J’avais le sen­ti­ment qu’il se pas­sait vrai­ment quel­que chose et je rêvais d’avoir un jour la chance de pou­voir par­ti­ci­per à ce point d’obser­va­tion pri­vi­lé­gié du monde qui était le studio d’infor­ma­tion du matin.
Quelques années plus tard tra­vaillant dans un grand groupe de radio, je suis allé regar­der à quoi tout cela res­sem­blait, les envoyés spé­ciaux, les chro­ni­ques, tout cela, c’était bien sou­vent des peti­tes bobi­nes magné­ti­ques enre­gis­trées aupa­ra­vant, et tout cela se pas­sait dans un studio assez dépeu­plé où tout le monde n’était pas tous les jours aussi réveillé… ce que l’on n’enten­dait pas à l’antenne. J’ai com­pris que c’était « dans le poste » que la magie se pas­sait, que le studio n’était pas un lieu magi­que, c’est la radio qui était magi­que.
Aujourd’hui il est pos­si­ble, pour 3 sous, en met­tant trois ou quatre camé­ras dans un studio de radio de dif­fu­ser par inter­net, les pro­gram­mes en vidéo. Le résul­tat est que l’on montre de la mau­vaise télé­vi­sion, que l’on détruit la magie de la radio, et que pro­gres­si­ve­ment la radio va perdre ses audi­teurs à cause de cela.
Il en est de même pour toute la société, une série de ce que des choses que la science permet sont de nature à détruire notre société, pas seu­le­ment les bombes ato­mi­ques, mais bien d’autres choses.
Si nous lais­sons la société aux mains du néo­li­bé­ra­lisme qui consi­dère que « la main invi­si­ble du marché » est la seule à avoir raison, nous aurons demain un enfer sur Terre.
C’est évidemment en pen­sant à l’exem­ple de la radio que m’est venu l’idée de cette chan­son de 1981, écrite par Michel Polnareff et Jean-paul Dreau, et dont la musi­que a été com­posé par Michel Polnareff. Elle a eu beau­coup de succès en son temps, il faut dire qu’elle était tout à fait d’actua­lité, puisqu’elle est sortie au moment de l’éclosion de la radio privée sur la bande FM. 
Le diman­che, avec plus ou moins de succès, mais pour le plai­sir de quel­ques afi­cio­na­dos, je dif­fuse une musi­que sur cette page.
Je vous pro­pose d’écouter, aujourd’hui, Michel Polnareff qui chante « Radio » :
https://youtu.be/YTkEgka-EU0

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