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Le véritable visage d’Eric Zemmour

par Jacques COTTA, le 14 janvier 2022

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La cam­pa­gne des élections pré­si­den­tiel­les de 2022 a vu éclore la sur­pre­nante can­di­da­ture d’Eric Zemmour. Pour se dis­tin­guer d’une concur­rence four­nie à droite — Marine Le Pen, Éric Ciotti, Valérie Pécresse … — l’ancien jour­na­liste, sou­tenu par C News et son patron le mil­liar­daire Vincent Bolloré, a joué de décla­ra­tions tapa­geu­ses sus­cep­ti­bles de le placer sous les pro­jec­teurs et d’atti­rer les camé­ras. Ainsi a-t-il suc­ces­si­ve­ment fait de l’immi­gra­tion l’alpha et l’oméga de son argu­men­ta­tion, et révisé l’his­toire pour tenter de réha­bi­li­ter le Pétain de la Seconde Guerre mon­diale. Les condam­na­tions n’ont pas manqué à gauche, notam­ment à la suite de Jean Luc Mélenchon qui défiait le nou­veau venu dans un face-à-face télé­visé. Le qua­li­fi­ca­tif qui fait florès à la moin­dre occa­sion a été remis au goût du jour. Zemmour serait un fas­ciste, et évidemment, comme cela est de rigueur depuis des décen­nies, le mot d’ordre asso­cié était clamé par une frange « d’extrême gauche » ou autres « anti-fa » lors de sor­ties publi­ques du can­di­dat, « le fas­cisme ne pas­sera pas ». Tout cela est l’expres­sion d’igno­rance, de confu­sion, et de désor­dre sur les­quels il n’est pas inu­tile de reve­nir. Car à mal qua­li­fier les phé­no­mè­nes, on en arrive à ne plus savoir vrai­ment de quoi on parle.

Zemmour, homme de l’oligarchie

Eric Zemmour est une sorte de révi­sion­niste ou néga­tion­niste de l’his­toire, et rejoint la liste longue de ses pré­dé­ces­seurs célè­bres. On se sou­vient des propos de Jean Marie Le Pen rédui­sant les cham­bres à gaz "à un détail de l’his­toire de la seconde guerre mon­diale" ins­piré en la matière par le membre de son conseil scien­ti­fi­que dans les années 1990, repré­sen­tant de la ten­dance païenne du FN, Pierre Vial, élu conseiller muni­ci­pal de Villeurbanne et conseiller régio­nal de Rhône-Alpes, par ailleurs pro­fes­seur d’his­toire à l’époque à l’uni­ver­sité Jean Moulin Lyon 3, ce qui indi­que au pas­sage que l’ins­truc­tion n’est pas tou­jours le meilleur rem­part contre les fal­si­fi­ca­tions. Lui-même se cou­lait dans les pas de Maurice Bardèche qui au len­de­main de la Seconde Guerre mon­diale niait le géno­cide juif et les cham­bres à gaz. Il s’enga­geait aussi dans la lignée de Robert Faurisson qui affir­mait « refu­ser la thèse des cham­bres à gaz », comme s’il s’agis­sait d’une thèse parmi d’autres, dis­cu­ta­bles comme toute autre. Voilà la conti­nuité idéo­lo­gi­que dans laquelle s’ins­crit Eric Zemmour.

Mais pour le reste, que veut, que dit Zemmour ? Ses pro­po­si­tions sont tout compte fait assez bana­les.

• Tout d’abord, il décline une série de thèmes socié­taux qui le ramè­nent sys­té­ma­ti­que­ment à l’immi­gra­tion, son thème de pré­di­lec­tion, sur­fant sur la vague ali­men­tée depuis des années par l’incom­pé­tence des partis tra­di­tion­nels — la gauche en pre­mier lieu — et par une surex­po­si­tion média­ti­que dont Marine Le Pen était jusque là la prin­ci­pale béné­fi­ciaire. La ques­tion sécu­ri­taire refait sur­face dans la foulée de Valérie Pécresse qui remet au goût du jour « l’uti­li­sa­tion des kar­chers ».

Eric Zemmour expose donc quel­ques mesu­res déma­go­gi­ques qui s’ins­cri­vent dans ce credo et inno­vent. Après avoir affirmé sa volonté d’inter­dire les pré­noms étrangers, il passe à « l’expul­sion des délin­quants étrangers », mesure approu­vée dans les quar­tiers domi­nés par les petits caïds qui font régner la ter­reur sur fond de trafic de drogue, et pro­pose d’étendre la déchéance de natio­na­lité — en créant sans le dire une couche d’apa­tri­des — de fermer les fron­tiè­res, sans évoquer jamais leur ouver­ture sans contrôle dont béné­fi­cient les flux finan­ciers. Il plaide pour l’inter­dic­tion faite aux asso­cia­tions d’en appe­ler à la jus­tice en cas de conflit, notam­ment avec l’admi­nis­tra­tion et résume tout cela par sa volonté de voir renaî­tre, contre le danger du « grand rem­pla­ce­ment », « une France fran­çaise ». Pour la res­tric­tion des « droits », il ne peut que s’ins­pi­rer de la situa­tion vécue par des mil­lions de Français depuis les atten­tats du bata­clan notam­ment, où les mesu­res d’excep­tion sous Hollande puis sous Macron sont deve­nues des mesu­res per­ma­nen­tes, ins­cri­tes dans la loi.

• En second lieu, il décline une série de mesu­res qui peu­vent rete­nir l’atten­tion du plus grand nombre en réac­tion à la décom­po­si­tion poli­ti­que et morale qu’incarne aujourd’hui Emmanuel Macron.

Ainsi se pro­nonce-t-il pour l’abo­li­tion des lois mémo­riel­les, le refus de la repen­tance à tout prix, pour l’oppo­si­tion à la PMA sans père et au gadget macro­nien qui défi­nit le parent1 et le parent2, ou encore pour le refus de l’achar­ne­ment thé­ra­peu­ti­que pour les per­son­nes âgées en fin de vie. Mais toutes ces dis­po­si­tions, aussi rai­son­na­bles, dis­cu­ta­bles ou condam­na­bles soient-elles, ne cons­ti­tuent pas l’essen­tiel.

• Sur les ques­tions de fond, Eric Zemmour est en effet digne des can­di­dats clas­si­ques de l’oli­gar­chie.

Il est un libé­ral bon chic bon genre, comme le sont les can­di­dats qu’il dit vou­loir com­bat­tre. Il se pro­nonce pour la retraite à 64 ans, avec cet argu­ment éculé, repris à tous les « réfor­ma­teurs » anté­rieurs, de François Fillon à François Chérèque, qui consiste à se retran­cher der­rière une lon­gé­vité de la vie qui jus­ti­fie­rait un accrois­se­ment de la charge et de la durée du tra­vail. En matière fis­cale, il se pro­nonce pour une baisse des impôts pour les entre­pri­ses, et comme ses « concur­rents » de droite se retran­che der­rière la fameuse recher­che de com­pé­ti­ti­vité. Pour le tra­vail, il s’affirme en héri­tier de Nicolas Sarkozy, repre­nant à son compte le fameux « tra­vailler plus pour gagner plus » dont on connaît les résul­tats. Pour la loi SRU qui exige une répar­ti­tion des loge­ments sociaux sur le ter­ri­toire natio­nal, et dans les com­mu­nes sous peine de sanc­tions, il pro­pose l’abro­ga­tion, c’est-à-dire les pau­vres entre eux, et « Auteuil, Neuilly, Passy » pré­ser­vées. Et enfin, cerise sur le gâteau, il plaide pour une dimi­nu­tion des dépen­ses socia­les. Digne héri­tier de Fillon en la matière, sans que cela soit clai­re­ment dit, sa poli­ti­que signi­fie moins de fonc­tion­nai­res, moins de ser­vi­ces publics sans que l’on sache exac­te­ment les­quels, pro­fes­seurs, soi­gnants, per­son­nels judi­ciai­res… Telle est la réa­lité dans la vie pra­ti­que d’une telle pro­po­si­tion. Il est par­ti­san de l’Union euro­péenne et ses décla­ra­tions déma­go­gi­ques de cir­cons­tance, com­pa­tis­san­tes à l’égard des ensei­gnants ou des soi­gnants, ne don­ne­ront pas le change.

Pour les choses sérieu­ses qui sor­tent de l’idéo­lo­gie et qui sont des­ti­nées à entrer dans la vie comme consé­quence de choix poli­ti­ques — ce qui ne veut pas dire que l’idéo­lo­gie n’est pas impor­tante évidemment — Eric Zemmour n’est en réa­lité qu’un enfant com­paré à Emmanuel Macron. Sur les ques­tions sécu­ri­tai­res, il pour­rait féli­ci­ter le chef de l’état qui a fait tirer sur le peuple vêtu d’un Gilet jaune. Sur les ques­tions socia­les, il pour­rait l’encou­ra­ger à aller jusqu’au bout, et plus loin, sans hési­ter. Et sur la pos­ture « doigt d’hon­neur » — lui à Marseille face à une oppo­sante, Macron qui s’exhibe à Saint-Martin, dans les Antilles fran­çai­ses, enlacé par deux jeunes rap­peurs —, le concours est ouvert pour savoir lequel des deux pré­sente le majeur le plus expres­sif.

Que vient faire Zemmour dans cette galère ?

La par­ti­cu­la­rité de Zemmour, lui-même d’ori­gine juive, est d’occu­per un cré­neau délé­tère par simple inté­rêt électoral pré­sumé, en ten­tant de se saisir des thèmes clas­si­ques de l’extrême droite tra­di­tion­nelle. Pense-t-il qu’il pourra ainsi accé­der aux plus hautes fonc­tions ? Nous savons que la 5e répu­bli­que rend fous en géné­ral ceux qui dési­rent se prêter au jeu pour fran­chir vic­to­rieu­se­ment le perron de l’Élysée. Il n’est donc pas exclu que Zemmour s’y voie. Mais d’autres hypo­thè­ses méri­tent d’être sou­le­vées.

Chacun, de toute part, à l’excep­tion de Marine Le Pen, a pu voir arri­ver d’un bon œil l’éditorialiste de C News, dans la tra­di­tion mit­ter­ran­dienne qui il y a 40 ans envi­ron se ser­vait de Jean Marie Le Pen pour divi­ser l’adver­saire. Jean Luc Mélenchon, en com­pé­ti­tion avec le FN pour accé­der au second tour, pou­vait espé­rer que les voix piquées à Marine Le Pen par Eric Zemmour feraient son affaire. Emmanuel Macron de même, voyant avec gour­man­dise dans les son­da­ges s’effri­ter le score prévu de son adver­saire de 2017. Reste Marine Le Pen donc, inquiète à juste titre par les pro­nos­tics qui concer­nent Zemmour qui rafle une part de son électorat, notam­ment son électorat « huppé », celui des « beaux quar­tiers ».

Mais là n’est pas l’essen­tiel. Le prin­ci­pal gagnant de l’opé­ra­tion Zemmour est bien Emmanuel Macron pour des rai­sons d’abord poli­ti­ques. L’orien­ta­tion que déve­loppe Zemmour, ses « outran­ces », ses obses­sions devraient per­met­tre à Macron, selon ses conseillers, de réci­di­ver ce qui hier fai­sait son succès. Aidé par les « anti-fa », Macron devrait pou­voir, selon les plus opti­mis­tes, se pré­sen­ter à nou­veau comme le can­di­dat du bien, de la démo­cra­tie, opposé à celui de mal, du fas­cisme. Et évidemment, oubliant comme l’indi­quait Marx que « l’his­toire se répète tou­jours deux fois, la pre­mière comme une tra­gé­die, la seconde comme une farce », Emmanuel Macron se voit vain­queur si au second tour il était amené à affron­ter Zemmour, ou Le Pen.

Falsification

Zemmour et Pétain, une his­toire qui mérite le détour. D’abord pour le réta­blis­se­ment de la vérité his­to­ri­que. Ensuite parce cette dis­cus­sion risque bien d’être un des atouts du Président de la répu­bli­que dans le cadre de la cam­pa­gne électorale. Pétain est trans­formé par Zemmour en sau­veur de juifs fran­çais. Cela revient à taire la dépor­ta­tion de 24 000 d’entre eux envoyés vers la mort. Vichy en ins­tau­rant le statut des juifs a per­sé­cuté les juifs fran­çais et étrangers. L’anti­sé­mi­tisme de Vichy s’est soldé par l’exclu­sion, la dépos­ses­sion des biens, la per­sé­cu­tion, l’arya­ni­sa­tion. À cela s’ajoute la déna­tu­ra­li­sa­tion de 7000 juifs comme le pré­cise Serge Klarsfeld, ce qui a faci­lité leur dépor­ta­tion. Toujours selon Serge Klarsfeld, lors­que Zemmour insiste en pré­ci­sant que Vichy a placé les juifs fran­çais après les juifs étrangers pour le sort qui leur était réservé, il n’indi­que en rien une « indul­gence » vichyste, mais seu­le­ment un ordre établi dans l’exter­mi­na­tion. L’horaire de départ du train change, mais sa des­ti­na­tion est iden­ti­que. Pour les 6000 enfants juifs fran­çais dont les parents étaient étrangers, cela n’a rien changé, comme pour les juifs fran­çais adul­tes donc qui ont aussi été dépor­tés. L’exter­mi­na­tion totale était pro­gram­mée dans le cas d’une vic­toire alle­mande. L’argu­ment selon lequel Vichy aurait limité les dégâts ne tient pas sur le fond. Ce régime a accepté de coo­pé­rer à l’arres­ta­tion des juifs, quelle que soit leur natio­na­lité. Vichy a plei­ne­ment par­ti­cipé à la mise en place de la « solu­tion finale » en France. Et on ne pourra jamais effa­cer de l’his­toire le fait que la grande majo­rité des juifs dépor­tés ont été arrê­tés par des uni­for­mes fran­çais.

Pourquoi donc Zemmour qui se targue de pos­sé­der de gran­des connais­san­ces his­to­ri­ques a-t-il enfour­ché avec gros­siè­reté cette posi­tion tra­di­tion­nelle d’une partie de l’extrême droite fran­çaise ? En réa­lité, il ne fait que mettre en pra­ti­que ce qu’avec cynisme le père Le Pen expli­quait du temps de sa splen­deur. Il le disait en bureau poli­ti­que pour moti­ver les trou­pes par­fois réti­cen­tes du FN, mosaï­que de cou­rants divers dont cer­tains pou­vaient rechi­gner : « il existe en France un électorat de quel­que 15 % d’anti­sé­mi­tes, de xéno­pho­bes. Il faut leur envoyer des signaux, cela ne coûte pas cher… ». C’est donc un signal que Zemmour décide d’envoyer à cette partie de l’électorat qu’il veut ras­sem­bler sur son nom, aujourd’hui avec Pétain, comme hier Jean Marie Le Pen avec « Durafour cré­ma­toire ».

Cette ten­ta­tive de regrou­pe­ment des nos­tal­gi­ques des pages les plus som­bres de l’his­toire n’est pas une carac­té­ris­ti­que fran­çaise. Il existe aujourd’hui dans le noyau dur de l’AFD, le parti d’extrême droite alle­mand, une frange favo­ra­ble à une réha­bi­li­ta­tion d’Hitler qui met en avant la réelle lutte anti­com­mu­niste et la pré­ten­due défense de la civi­li­sa­tion occi­den­tale menées par le régime nazi. En France, la défense de Vichy et de Pétain veut rem­plir la même fonc­tion. Les argu­ments les plus insen­sés sont mis en avant. Pétain aurait été « le bou­clier » et de Gaulle « le glaive » contre le nazisme. Quoi que l’on pense de De Gaulle, notam­ment du De Gaulle d’après, celui de Londres ne peut être mis sur le même plan que le loca­taire de Vichy. De Gaulle, Pétainiste, et Pétain Gaulliste sont deux carac­té­ri­sa­tions également absur­des. Comment en effet mettre le chef de la résis­tance et le chef de la col­la­bo­ra­tion sur un plan iden­ti­que ? Zemmour reprend cette « ana­lyse » au mépris d’une réa­lité his­to­ri­que qu’il dis­tend à loisir.

Mais le signal à des­ti­na­tion de la vieille frange anti­sé­mite a ses limi­tes. Eric Zemmour est un révi­sion­niste, un néga­tion­niste comme d’autres, démuni de tout parti pour mettre en pra­ti­que ses exi­gen­ces, celles que pour­raient lui confier selon les cir­cons­tan­ces les forces socia­les du capi­tal qui le met­tent en avant. Le débat engagé sur la res­pon­sa­bi­lité du pétai­nisme durant la période vichyste est un cas d’école. Le fas­cisme n’est pas une théo­rie, pas une idéo­lo­gie, mais une pra­ti­que bien pré­cise d’affron­te­ment contre le mou­ve­ment ouvrier. Et en cela, Zemmour qui ne dis­pose d’aucun parti, qui ne regroupe que quel­ques exci­tés capa­bles de faire le coup de poing contre des mili­tants venus le pro­vo­quer dans un mee­ting, ne répond en rien à la défi­ni­tion d’un can­di­dat ou d’une orga­ni­sa­tion fas­ciste, même si l’idéo­lo­gie qu’il pro­page est délé­tère.

« Le fascisme peut revenir sur la scène à condition qu’il s’appelle antifascisme »

Les pre­miers exter­mi­nés dès les années 1936-1937 en Allemagne par les nazis qui d’un cer­tain point de vue fai­saient leurs armes étaient les mala­des men­taux. C’est ainsi que l’expé­ri­men­ta­tion du gazage de masse a été enga­gée. Puis les juifs, les Tziganes, et toutes mino­ri­tés dési­gnées enne­mies de la classe arienne. Pour enfin arri­ver aux oppo­sants socia­lis­tes et com­mu­nis­tes alle­mands qui ont été pour­chas­sés et assas­si­nés pour pré­ser­ver le capi­tal et lais­ser le ter­rain libre au nazisme vic­to­rieux.

Le fas­cisme des années 1940 ne se défi­nit pas par la haine des juifs, des socia­lis­tes, des com­mu­nis­tes, mais par l’action pra­ti­que pour leur élimination. Le fas­cisme est donc bien le pro­duit de bandes armées char­gées de casser les reins du mou­ve­ment ouvrier. Ratonnades, cas­sage de gueule, locaux et réu­nions atta­quées, assas­si­nats sont la carac­té­ris­ti­que du fas­cisme chargé par le capi­tal de réa­li­ser ses objec­tifs. Mais pour asseoir sa domi­na­tion, celui-ci n’a pas seu­le­ment besoin de mar­ty­ri­ser mili­tants et diri­geants ouvriers. Il lui faut liqui­der les partis en tant que tels, les syn­di­cats, les asso­cia­tions.

Sur les rayons de l’his­toire, le fas­cisme cor­res­pond en effet à une défi­ni­tion bien par­ti­cu­lière. Il n’est pas syno­nyme d’auto­ri­ta­risme, de dis­cri­mi­na­tion, de xéno­pho­bie, d’anti­sé­mi­tisme ou de racisme, assi­mi­la­tion qui a conduit les milieux de gauche notam­ment à uti­li­ser ce qua­li­fi­ca­tif à tort et à tra­vers durant des années, quitte à en bana­li­ser le contenu. Le fas­cisme c’est tout autre chose que nous pou­vons aujourd’hui ana­ly­ser non à l’aune de Zemmour ou de Le Pen, mais à l’aune du macro­nisme qui se révèle comme une sorte de fas­cisme tota­le­ment inédit. Car c’est là que réside le danger.

Le fas­cisme cor­res­pond à une forme de domi­na­tion du capi­tal qui dans une situa­tion extrême a donc besoin de détruire phy­si­que­ment les orga­ni­sa­tions ouvriè­res, les syn­di­cats, les asso­cia­tions, les partis, les mili­tants. Lorsque la bour­geoi­sie ne par­vient plus à désa­mor­cer les contra­dic­tions explo­si­ves de la société, ce sont les bandes armées qui doi­vent assu­rer l’essen­tiel, la cen­tra­li­sa­tion du pou­voir d’État, la des­truc­tion des conquê­tes ouvriè­res, la liqui­da­tion des orga­ni­sa­tions ouvriè­res et démo­cra­ti­ques, l’anéan­tis­se­ment des syn­di­cats, des asso­cia­tions, des partis. La dic­ta­ture mili­taire et poli­cière permet de démo­ra­li­ser, de tor­tu­rer, de har­ce­ler tout oppo­sant. Pour exis­ter, pour durer, pour rem­plir son rôle, un mou­ve­ment fas­ciste doit de plus obte­nir le sou­tien actif d’une partie signi­fi­ca­tive du capi­tal. Il faut à un mou­ve­ment fas­ciste avoir testé son effi­ca­cité dans des épreuves de force contre le monde sala­rié, contre le monde ouvrier. Et pour cela, les paro­les ne suf­fi­sent pas.

Aujourd’hui le fas­cisme à nul besoin de bandes armées char­gées de détruire les orga­ni­sa­tions poli­ti­ques ou syn­di­ca­les pour détruire les conquê­tes ouvriè­res. Les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cédé, les pou­voirs poli­ti­ques, les direc­tions suc­ces­si­ves s’en sont char­gés. Les partis sont ato­mi­sés. Les syn­di­cats sont mino­rés, inté­grés à l’Union euro­péenne qui inter­dit toute réflexion ou action indé­pen­dante.

Le macro­nisme ne dis­pose donc pas de bandes armées paral­lè­les pro­pres à tout régime fas­ciste. Mais la vio­lence d’État carac­té­rise le macro­nisme. Elle s’abat sur les tra­vailleurs dès lors qu’ils expri­ment leurs reven­di­ca­tions. Depuis le mou­ve­ment des Gilets jaunes, la police, mais également la jus­tice avec la magis­tra­ture, font preuve d’un zèle digne de tout régime dans lequel les liber­tés démo­cra­ti­ques ont été ban­nies.

Les lois suc­ces­si­ves rabat­tent les liber­tés au compte de l’ordre social voulu, exigé par le capi­tal. Les dif­fé­ren­tes lois d’urgence, de Hollande à Macron, mais aussi leurs com­plé­ments, les lois Avia, les lois ficha­ges, celle auto­ri­sant la gen­dar­me­rie à confec­tion­ner des listes liées aux opi­nions poli­ti­ques ou reli­gieu­ses ou celle liée au tra­çage télé­pho­ni­que, la loi inter­di­sant de dénon­cer la vio­lence poli­cière, de filmer les exac­tions, la loi qui assure l’impu­nité des « bandes armées offi­ciel­les », se suc­cè­dent à la vitesse de la lumière.

La crise sani­taire a été mise à contri­bu­tion. L’auto­ré­gu­la­tion impo­sée aux citoyens, la peur du virus lar­ge­ment dif­fu­sée et la répres­sion contre tout récal­ci­trant ont été une for­mi­da­ble école de la sou­mis­sion volon­taire que le gou­ver­ne­ment compte mettre à profit avec le pass vac­ci­nal chargé pour citer le pré­si­dent de la République, « d’emmer­der les Français » jusqu’au bout.
Emmanuel Macron per­son­ni­fie la volonté du capi­tal qui l’a porté au pou­voir. Peu importe le vrai, peu importe le sensé, peu importe la com­pé­tence. Ce qui compte aujourd’hui sous la macro­nie est le pou­voir assuré du capi­tal contre toute ten­ta­tive de remise en ques­tion, par tous les moyens, les plus vio­lents y com­pris.

Il a été de bon ton, voilà plus de deux ans, pour une partie impor­tante de l’électorat, de gauche notam­ment, de voter Macron, puis de le ral­lier, offi­ciel­le­ment « pour éviter le danger fas­ciste Le Pen ». Mais il faut être lucide. Le capi­tal a fait son choix. Il est mille fois mieux servi par Macron et consorts que par la res­pon­sa­ble du RN ou par Zemmour aujourd’hui. C’est Macron qui incarne le mal dénoncé hier. Les ques­tions socié­ta­les, PMA, GPA ou autres, mises en avant pour donner le change n’y pour­ront rien. Sur la domi­na­tion poli­ti­que, sur le rap­port de clas­ses, sur les métho­des uti­li­sées, sur la remise en cause des liber­tés élémentaires, Macron occupe la fonc­tion contre laquelle offi­ciel­le­ment il était can­di­dat, et pour laquelle il compte lor­gner un deuxième mandat.

Le macro­nisme, une forme de fas­cisme inédit ? Nous y sommes, voilà tout ! Le Pen et Zemmour sont des épouvantails char­gés de camou­fler l’essen­tiel.

Emmanuel Macron s’ins­crit dans le déni de démo­cra­tie qui a vu se réa­li­ser en France un véri­ta­ble coup d’État lors­que le congrès réuni à Versailles déci­dait d’adop­ter le traité cons­ti­tu­tion­nel euro­péen que le peuple fran­çais avait rejeté en 2005. Il en est le pro­duit, regrou­pant autour de lui la gauche et la droite euro­péiste qui pré­fè­rent la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste aux inté­rêts de la nation et du peuple fran­çais.

Voilà aussi pour­quoi toutes les forces poli­ti­ques, syn­di­ca­les, asso­cia­ti­ves demeu­rées atta­chées aux liber­tés démo­cra­ti­ques et aux droits et acquis sociaux telle la santé que la macro­nie remet en cause aujourd’hui comme hier, devraient se rejoin­dre, par delà leurs diver­gen­ces, pour la défense de la démo­cra­tie, des liber­tés, des droits et acquis sociaux, pour l’abro­ga­tion de toutes les lois qui se met­tent en tra­vers.

Voilà pour­quoi contre toutes les mani­pu­la­tions, il serait urgent de ras­sem­bler les cou­ches les plus enga­gées, les plus cons­cien­tes, pour jeter les bases d’un véri­ta­ble parti ouvrier, ins­tru­ment qui fait défaut et laisse chacun seul dans son coin pour résis­ter autant que faire se peut.

Jacques Cotta
le 14 jan­vier 2022

Messages

  • Bonjour,
    Zemmour parle de sujets qui inquiètent les français : délinquance, dont une partie est clairement le fait d’étrangers ou de bi-nationaux, la prégnance de l’Islam politique (pléonasme ?) dans certains quartiers qui contredit ouvertement les valeurs de la République, l’absence de maitrise des frontières qui empêche l’État de réguler les flux migratoires, l’impossibilité de facto de renvoyer chez eux les hôtes indésirables, etc.
    Cependant Zemmour est une véritable imposture qu’il faut dénoncer car, comme l’Oligarchie, il est partisan du maintien de la France dans l’UE et dans l’Euro, ses propositions économiques (retraites, salaires, etc.) correspondent tout à fait aux exigences de la Commission de Bruxelles et de ses fameuses GOPÉ.
    La ligne de fracture pour la Présidentielle se situe donc entre les candidats qui veulent maintenir la France dans l’UE et tous ses traités et ceux qui proposent d’en sortir vite et démocratiquement.
    Gardons en mémoire que sans Souveraineté il ne peut y avoir de démocratie car le Peuple reste sous tutelle et ne peut donc choisir son destin.

  • Zemmour est fachiste un pervers un manipulateur il est dangeureux

  • La partie historique de ce texte rappelle le danger mortel que l’idéologie du fascisme comporte, mais faire une liaison avec l’actualité me paraît démesuré. Dans le conscient populaire, le fascisme est lié à Mussolini et à Hitler. Ainsi, assimiler Macron à ces deux horribles personnages me paraît osé. Dans ce cas, comment qualifier Orbàn, Kaczynski, Erdoğan ?
    Une loi interdisant la liberté de la presse a-t-elle été votée sous ce quinquennat ? Dans ce domaine, la situation actuelle est-elle pire qu’au début de la 5ème République, notamment pour l’audiovisuel ? La liberté syndicale est-elle interdite ? La corruption politique des syndicats est-elle de la responsabilité du politique, et- ou de l’économique ? La liberté d’association est-elle interdite ?
    Même si une précaution rédactionnelle est prise avec la formule « une forme de fascisme inédit » des oublis sont commis. Il faudrait y ajouter Sarkozy qui, comme Macron, ignoraient les syndicats de salariés, entre autres. On pourrait même y ajouter Hollande, surtout avec le passage de Valls à Matignon.
    Et quand on a dit tout ça, on fait quoi concrètement ?
    Soutenir des candidats qui ont peu de chance d’être au deuxième tour, ni même de recueillir au moins 5 % des voix et peut-être même pas obtenir les 500 parrainages !
    Enfin, en utilisant la formule « une forme de fascisme inédit » on pourrait s’interroger sur le supposé « parti ouvrier » Il faudrait tout d’abord définir ce qu’est aujourd’hui un ouvrier ? Par ailleurs, tous les ouvriers n’ont pas une conscience de classe et encore moins une conscience humaniste. De plus, cette appellation écarte les petits commerçants victimes des hypermarchés, les artisans victimes des multinationales industrielles et enfin les petits agriculteurs victimes de l’agrobusiness !
    Personnellement, je ne confonds pas la gestion de l’intérêt général, qui est le rôle des partis installés au pouvoir, et la défense des intérêts particuliers qui relève des syndicats.

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