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L’Union européenne et le mur du réel

Un article de Georges Kuzmanovic

par , le 13 avril 2022

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L’atti­tude de l’UE est abso­lu­ment inco­hé­rente et incom­pré­hen­si­ble. J’ai beau cher­cher, je ne trouve pas de ratio­na­lité.

Jeudi der­nier, 7 avril, le Parlement euro­péen, par une très large majo­rité (513 euro­dé­pu­tés pour, 22 contre, 19 abs­ten­tions) a adopté une réso­lu­tion pour un embargo « total et immé­diat » sur le gaz, le pétrole, le char­bon et le nucléaire russe, pour « ne plus finan­cer la guerre de Poutine contre l’Ukraine ».

Le Parlement sou­haite aussi que l’UE coupe l’accès au sys­tème SWIFT à toutes les ban­ques russes (aujourd’hui, seu­le­ment 7 le sont) et inter­dire tout trans­port rou­tier et mari­time de mar­chan­di­ses vers la Russie.

En cela, étonnement, le Parlement euro­péen suit les deman­des - pro­pre­ment irréel­les - du Président ukrai­nien Volodymyr Zelensky.

La Commission euro­péenne - emme­née par Ursula von der Leyen qui sur ce sujet, comme dans bien d’autres, outre­passe lar­ge­ment ses pré­ro­ga­ti­ves - veut mettre en œuvre la réso­lu­tion du Parlement euro­péen.
Soit. On peut com­pren­dre le désir loua­ble de ne plus finan­cer la guerre menée par le Krémlin contre l’Ukraine - chaque jour, l’UE paye entre 700 et 850 mil­lions d’€ à la Russie et son eco­no­mie est loin d’être à genoux.

Mais com­ment ? A cette ques­tion le Parlement euro­péen, comme la Commission euro­péenne, n’apporte aucune réponse sérieuse, et pour cause.
Les patrons alle­mands sont vent debout contre cette réso­lu­tion et on peut les com­pren­dre. L’UE dépend pour plus de 40% du gaz et 30% du pétrole russe, mais aussi du char­bon et de l’ura­nium. Elle dépend aussi par­tiel­le­ment des céréa­les russes et sur­tout des engrais.

Le mur du réel est le sui­vant : il n’y a tout sim­ple­ment pas d’autres sour­ces d’appro­vi­sion­ne­ment. On peut aug­men­ter un peu les appro­vi­sion­ne­ments venant d’autres sour­ces et réduire un peu la consom­ma­tion (les fameu­ses idées d’une douche par semaine, ou de réduc­tion d’un ou deux degrés du chauf­fage), mais tout cela est mar­gi­nal, en par­ti­cu­lier si l’on consi­dère les besoins des indus­tries euro­péen­nes, alle­mande et ita­lienne en tête.
L’arrêt immé­diat et total des appro­vi­sion­ne­ments russes aurait pour consé­quence immé­diate un grave accrois­se­ment du chô­mage et un effon­dre­ment de l’économie de l’UE. Des mil­lions de tra­vailleurs et employés seraient du jour au len­de­main sans tra­vail, il y aurait des failli­tes d’entre­pri­ses en cas­cade et tout cela aurait bien évidement des consé­quen­ces socia­les et poli­ti­ques incal­cu­la­bles.
Il faut faire beau­coup d’efforts d’ima­gi­na­tion pour com­pren­dre en quoi cela nui­rait à Poutine.

Quant au débran­che­ment des ban­ques russes du sys­tè­mes SWIFT, les mem­bres du Parlement euro­péen et de la Commission euro­péenne ne sem­blent pas savoir que depuis 4 ans la Chine et la Russie uti­li­sent le sys­tème CIPS qui rem­place SWIFT, que les Russes en ont déve­loppé un autre pour leurs pro­pres ban­ques et que les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), suivis par une qua­ran­taine d’autres pays, ont déve­loppé une banque paral­lèle au FMI (Fond Monétaire International), la NBD (Nouvelle Banque de Développement). Sortir la Russie du sys­tème SWIFT aura peu d’effets concrets sur l’économie russe, mais aura un effet d’accé­lé­ra­teur sur la sortie de nom­breux pays du "consen­sus de Wahsington" qui assure la domi­na­tion occi­den­tale, et spé­ci­fi­que­ment du dollar, sur l’économie mon­diale.

Le Parlement euro­péen s’est également pro­noncé pour la créa­tion d’un « fonds ana­lo­gue au plan Marshall » pour recons­truire l’Ukraine après la guerre. Excellente idée, mais qui exige d’avoir jus­te­ment des fonds dis­po­ni­bles. Or, encore une fois, les sanc­tions envi­sa­gées par l’UE, à savoir l’arrêt de l’impor­ta­tion énergétique russe, auraient pour prin­ci­pal effet de ruiner l’Europe. C’est un esprit va-t-en guerre, mais qui a la par­ti­cu­la­rité bien étrange de causer d’abord des dégâts à ses pro­pres peu­ples.

On peut se deman­der quel est la ratio­na­lité der­rière cette volonté de l’UE, au même moment où les USA - qui enjoi­gnent l’UE à sanc­tion­ner plus la Russie - achè­tent, eux, 100000 barils de pétrole par jour à la Russie et vont conti­nuer à s’y appro­vi­sion­ner en ura­nium et en engrais (tous ces pro­duits ont été reti­rés des sanc­tions étasuniennes).

La vérité, c’est que la ratio­na­lité semble avoir quitté les ins­ti­tu­tions de l’Union euro­péenne et que ce genre de déci­sions idéo­lo­gi­ques mena­cent sur­tout les citoyens euro­péens. Il faut y mettre un terme.

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