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Naufrage de la gauche

par Jacques COTTA, le 1er avril 2021

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En pleine crise sani­taire, alors que le pré­si­dent de la répu­bli­que sort du silence pour un nouvel exer­cice de com, manip et pro­pa­gande, que nos liber­tés sont un peu plus entra­vées, il pou­vait sem­bler extra­va­gant de consa­crer cet édito au nau­frage annoncé d’une gauche en per­di­tion intel­lec­tuelle, morale, et poli­ti­que. En réa­lité les évènements des quinze der­niers jours que d’aucuns pré­fé­re­raient taire au nom de la prio­rité sani­taire, sont d’une impor­tance majeure.

Enchainement des faits à la vitesse grand V

Trois évènements prin­ci­paux :

  • Il y a d’abord eu l’IEP de Grenoble à propos de l’Islamophobie.
    Des enseignants ont été dénoncés publiquement, notamment par l’UNEF locale, comme « islamophobes », mis en accusation pour l’organisation d’un colloque et le contenu de leurs cours. Dérive d’une section syndicale de base ? La direction nationale de ce qui n’a plus grand chose à voir avec l’organisation syndicale étudiante que nous sommes quelques-uns à avoir pratiquée et construite dans notre jeunesse est venue rappeler que c’est bien l’UNEF dans son ensemble qui se trouve embarquée aujourd’hui dans une course folle islamophile, au nom de l’anti racisme évidemment, allant jusqu’à promouvoir des réunions non mixtes, ou encore des réunions interdites aux blancs.
  • Il y a eu ensuite Jean Luc Mélenchon.
    Le leader de la FI apporte son soutien aux groupes de paroles séparés, défendant les réunions dans lesquelles les blancs sont tenus à l’écart, notamment pour évoquer des sujets subis par les noirs, les arabes ou les jaunes ou… C’est ainsi que dans cette conception de l’antiracisme les blancs sont réduits au rang d’esclavagistes, les noirs et autres à celui d’esclaves. Que dirait-on si les blancs organisaient des réunions interdites aux noirs ? La substitution de la couleur de peau aux réalités sociales, la lutte des races contre la lutte des classes avait déjà été entreprise par Daniele Obono soutenue alors par Jean Luc Mélenchon lorsque je me permettais de souligner cette dérive communautariste et indigéniste de la député insoumise. Tout était déjà dit sans que curieusement grand monde à l’époque ne s’en émeuve.
  • La cerise sur le gâteau se nomme Audrey Pulvar.
    Voilà l’adjointe d’Anne Hidalgo qui vient apporter sa contribution à la liquidation de toutes les traditions universalistes portées durant des décennies par la gauche en revendiquant des réunions dans lesquelles les blancs pourraient être présents, à condition de se taire.

Un triple naufrage

Nous assis­tons là à un triple nau­frage

  • Ce naufrage est d’abord intellectuel.
    Cette gauche abandonne les traditions de la gauche républicaine pour se ranger dans le sillon de la gauche woke américaine, racialiste, communautariste, islamophile. Ces positions et théories sont contraires aux intérêts aussi minimes soient-ils des travailleurs et salariés. Loin d’unir elles divisent. Loin de permettre l’action commune, elles isolent.
  • Ce naufrage est aussi moral.
    L’universalisme républicain, le refus les clivages basés sur la couleur de peau, sur les communautés, sur le sexe, sont de fait balayés. Cette gauche là est complice de ceux qu’elle prétend combattre à longueur de communiqués, l’extrême droite notamment, ou la droite, qui peuvent ainsi se draper dans la défense des principes délaissés.
  • Ce naufrage sera enfin politique et électoral.
    Le souci clientéliste de Mélenchon, Pulvar et sans doute quelques autres leur réserve des déconvenues cataclysmiques. Car ce qui fonde le citoyen n’est pas la différence inscrite dans la couleur de peau mais dans une communauté d’intérêts sans discrimination, qui réunit quelle que soit leur couleur les travailleurs et salariés contre le capital dont les représentants aussi, soit dit en passant, sont également de toutes les couleurs.

En réa­lité, cette gauche qui sub­sti­tue la lutte des races à la lutte des clas­ses, le socié­tal au social, ne peut plus être d’aucun secours pour les mil­lions d’ouvriers, de sala­riés, de jeunes, de retrai­tés qui cher­chent à se défaire du joug du capi­ta­lisme.

Le vide est là.

Ne serait-il pas temps, dans la période actuelle, que les grou­pes, mili­tants, citoyens atta­chés à une répu­bli­que démo­cra­ti­que, laïque et sociale, se ras­sem­blent par delà leurs dif­fé­ren­ces pour élaborer les pro­po­si­tions aptes à regrou­per sur une base pro­gram­ma­ti­que suf­fi­sam­ment large et claire qui réponde à la crise du capi­ta­lisme qui plus que jamais ne va épargner per­sonne ?

Jacques Cotta
Le 1er avril 2021

Messages

  • Bonjour

    Je crois qu’il faut être très précautionneux dans ces débats.

    Autant il est nécessaire de dénoncer les dérives de LFI, le PCF, le NPA et d’une partie de la gauche dans ses accointances avec des courants indigénistes et racialistes outranciers (manif contre « l’islamophobie », port du voile de la vice-Présidente de l’UNEF-Sorbonne, dénonciation nominale d’enseignants à Grenoble…), autant le désir d’exhumer l’histoire colonialiste de la France tout comme la mise en place de groupes de parole en interne, à but consultatif, ne devraient pas nous poser les problèmes que tu sembles voir.

    Depuis en particulier le mouvement de libération des Femmes, puis après la naissance des mouvements homosexuels, voire même de la jeunesse et de l’immigration au sein des structures partisanes, ce type de groupes de parole est plutôt de l’ordre de la tradition que du côté de la réaction identitaire.

    Je crains là (et pas seulement là d’ailleurs : voir certaines positions d’hostilité à l’encontre du Comité Adama, qui est pourtant largement centré sur la dénonciation des violences policières) que le courant républicain se croit fort en dressant une barrière rigide, disproportionnée, contre des primo-militants souvent de bonne foi qui ne voient pas malice aux intentions qu’on leur prête.

    Inutile de se positionner à front renversé et d’alimenter l’outrance, l’exaspération et la méprise quand nous nous devons de garder raison en cernant bien la nature des problèmes et des éventuelles divergences. Nous devons faire preuve de nuance. Ainsi notre propos – la lutte contre le communautarisme et l’identitarisme outrancier – serait mieux entendu…

    Cordialement.

    • Cher Serge,

      Ton souci de la précaution et de la mesure t’honore, mais nous ne sommes pas d’accord. Non sur la nécessité d’être précautionneux, mais sur la considération particulière que tu as du sujet abordé.

      Que vient faire l’histoire colonialiste de la France ? Et si tel était le sujet, il serait d’autant plus important que tous puissent y participer et pas seulement ceux dont la couleur de peau serait une preuve de sérieux. Faut-il rappeler si tel est le sujet que des porteurs de valises blancs ça existait, des collabos noirs, arabes ou jaunes ou que sais-je dans toutes les circonstances qui pourraient être évoquées ont aussi existé. Tout cela est une folie à laquelle les concessions intellectuelles que tu apportes au nom d’une grande tolérance risquent de participer.

      Des groupes de paroles en interne ? Mais c’est la même folie sur la base d’une mystification totale. Si on parle d’un diner entre amis, bien sûr. Si on parle d’une rencontre privée, évidemment. Mais si on parle de réunions organisées ici par l’UNEF, la par SUD ou autres syndicats, il s’agit de tout autre chose. Nous ne sommes pas en train de parler d’alcooliques anonymes, mais de citoyens dont la différence n’est pas l’addiction à l’alcool ou la drogue, mais l’apparence. Cela témoigne bien du triple naufrage que je décris : intellectuel, moral, politique.

      Ton exemple sur les groupes féministes tombe à pic. Je me rappelle ma jeunesse en fac, ce jour où j’ai eu le malheur de passer dans un amphi où se tenait une réunion des "gouines rouges". Grand mal m’en a pris. Injures à en venir aux coups pour le seul crime d’être du sexe masculin. Cela devait par définition être synonyme d’opposant à l’égalité des droits. Voilà comment on en arrive aujourd’hui, au nom du courant woke issu des campus américains, à faire du blanc hétéro de plus de 60 ans l’ennemi absolu, pardi !

      Ton exemple des comités Adama est de la même facture. En développant on retomberait sur la discussion concernant le communautarisme, l’identitaire, et sur le fond le racisme.

      En fait je ne vois pas bien ce qui permet de qualifier ce papier d’excessif, d’intolérant, ou de le traiter comme tel.

      Bien à toi

      Jacques

  • Mon cher Jacques

    Je souhaite te renvoyer à un article paru dernièrement qui rappelle un certain niveau de complexité que l’on ne peut pas rayer d’un trait de plume :

    https://blogs.mediapart.fr/robi-morder/blog/220321/unef-delenda-est

    Nous devons être capables de bien délimiter les propos des uns et des autres pour prévenir les dérives ou pour mieux s’opposer aux positions façon indigéniste et ne pas prendre la responsabilité de tout condamner d’un seul bloc sans précaution.

    Combien de fois par exemple ai-je lu qu’il fallait dénoncer le Comité Adama notamment au motif qu’il s’agissait d’une famille de délinquants là où celle-ci demande à bon droit (et pour cause : la mort de leur frère et jeune adulte !) une enquête objective sur les raisons de son décès ? Déjà, il semble que l’on s’avance vers un rapport beaucoup plus nuancé qui ne dédouane pas du tout les policiers.

    Quant au mouvement des femmes de l’après-68, il a tâtonné pour trouver sa voie.

    Le mouvement social a ses méandres qu’il faut savoir reconnaître sans le mélanger à un discours généralisateur plein d’amalgames propice à la confusion.

    D’accord pour ne pas encourager le courant dominant issu des Americans Studies, mais sachons aussi faire la part des choses.

    Bien à toi.

    Serge

    • Cher Serge,

      Merci pour le papier de Médiapart. Il faudrait en discuter en détail, mais je dois dire qu’il me conforte totalement dans la position exprimée dans mon papier. Je note au passage un élément qui ne t’aura pas échappé. L’UNEF est passé de premier syndicat étudiant de France à une organisation marginale. Cela au moment où le nombre d’étudiants a explosé. Le fait d’avoir laissé de côté le fondement syndical qui la définissait (conditions matérielles et morales dans lesquels les étudiants peuvent ou pas étudier) pour venir y substituer les questions "d’intersectionalité" à la mode campus américain, n’y est pas pour rien. Y est même pour beaucoup...
      Sur le comité Adama, sur la famille Adama plus exactement, je suis d’accord évidemment. Ce n’est pas parce que des délinquants trônent en bonne place qu’ils n’ont pas en tant que citoyens des droits et des devoirs égaux à tout autre. Pour les devoirs, ils ont fait le choix pour certains de s’exonérer... Pour les droits, je suis bien d’accord. Cela n’explique et ne justifie en rien des violences subies si tel est le cas...
      Enfin sur le mouvement des femmes qui aurait tâtonné pour trouver sa voie : Il y a plusieurs voies et c’est sans doute de celles là qu’il faudrait discuter. Une des voies toujours reléguée est celle de l’égalité sociale, salariale, dont un des mérites pas négligeable est d’être d’abord et avant tout unificatrice sur le terrain de la lutte des classes....

      Bien à toi
      Jacques

  • Bonjour,
    si je souscris à toutes les explications de Jacques Cotta sur ce qu’il nomme avec justesse "le naufrage de la Gauche" (Gauche dont le PS ne fait plus partie depuis au moins 1983 !), je me permets d’en ajouter une qui me semble être la plus importante de toutes, à savoir son attachement suicidaire au maintien de la France dans l’UE (Euro compris !). C’est pourtant ce maintien qui l’empêcherait de mettre en oeuvre les mesures sociales et économiques contenues dans les programmes de LFI et/ou du PCF, si bien entendu les électeurs (hypothèse hautement improbable aujourd’hui !) lui confiaient le pouvoir.
    Penser que la Gauche aux affaires ferait mieux que Macron et autres de Droite pour les classes populaires tout en maintenant notre pays dans l’UE, c’est à la fois se bercer d’illusions et plus grave encore faire, à plus ou moins court terme, le lit des imposteurs du RN, convertis de fraîche date à l’UE, l’euro et Schengen.
    Malheureusement ces faussaires ne seront pas démasqués par les "grands" médias de l’Oligarchie qui n’a aucun intérêt à ouvrir les yeux des citoyens avant les élections afin de mettre en scène de faux duels pour mieux berner une majorité de braves gens pas assez attentifs afin que rien d’essentiel ne change.
    La ruse immémoriale des socialement minoritaires pour continuer à diriger, à son insu, la majorité de la population.

  • Merci pour cet excellent article.
    Par contre je ne suis pas d’accord sur l’usage du terme de « gauche » pour parler de ces différentes organisations.
    Lorsqu’on divise ou oppose les gens au lieu de chercher à les fédérer pour lutter contre le capitalisme on n’est plus de gauche mais on a rejoint le discours de l’extrême droite.
    Salutations.

  • Sache que j’apprécie globalement tes publications militantes. Elles nourrissent la réflexion et l’action. Cependant Ià, ça dérape gravement. En l’occurrence les discriminations de tous ordres sont une réalité, les conséquences ( ce qu’en psychanalyse on appelle l’ imaginaire ) sont un poison qui aliène les consciences et les détourne des combats à mener. Donner aux collectifs concernés les moyens d’élaborer (au sens psychanalytique du terme) va dans le sens de la libération des énergies. Rien à voir avec des ruminations morbides au final réactionnaires.
    Le cadre syndical ne devient pas pour autant une sorte de grand divan psychanalytique mais les souffrances existant, il n’est pas aberrant d’offrir un cadre pour les surmonter.
    Ta position présente me rappelle fâcheusement les pressions faites par mon organisation politique pour faire rompre des militants engagés dans un travail personnel. Pour ma part professionnellement engagé dans la révolution psychiatrique je m’en tiens aux recommandations de François Tosquelles, il faut marcher sur ses deux jambes : Marx et Freud

  • On remarquera que les débats sur les réunions non-mixtes distinguent les personnes selon l’appartenance à une infinité de catégories (genre, origine ethnique, orientation sexuelle...) à l’exception d’une seule : la classe sociale.

    Dès sa naissance au XIXe siècle, le mouvement ouvrier s’est positionné pour le droit des femmes (voir le texte fondateur de Bebel, facilement accessible sur internet) et farouchement anti-colonialiste ( références également faciles sur internet : archives de La Révolution Prolétarienne, écrits de Magdeleine Paz, défense de Messali Hadj par les militants anti-colonialistes des années 30...) Plus près de nous, dans une forme certes distincte du mouvement ouvrier que d’aucuns critiqueront mais dont l’existence a été réelle, le mouvement red-skin des années 80. A un moment où les bandes d’extrême droite de skin heads organisaient des tabassages au faciès (les "ratonnades"), les red-skins ont crée une riposte physique et efficace !
    Et aujourd’hui, un militant devrait se ranger dans la même catégorie qu’un colonialiste raciste parcequ’il a la même couleur de peau ?
    Certainement pas. Cela serait injurier les militantes et les militants qui nous ont précédés.
    La ligne de partage au sein de la société n’est pas là. Elle se situe dans la position par rapport à la production, c’est à dire l’appartenance à telle ou telle classe sociale.
    En pratique, le militantisme communautaire, en refusant de se positionner sur le terrain de classe, ne peut que représenter les aspirations de différentes fractions de la petite-bourgeoisie, chacune avide de poste à responsabilités et désireuse de chasser les dirigeants actuels pour prendre la place. Et dans aucun autre but que celui-là. Car, une fois arrivés, pour quelle politique distincte de celle des marchés financiers ? Quel est leur programme ?
    La sélection de jeunes "issues des banlieues" dans les IEP ne fait pas la libération des jeunes des quartiers qui continuent à croupir dans le désoeuvrement et la misère, livrés aux pires turpitudes. Elle remplace des dirigeants par d’autres, pour la même politique. Retour à la case départ.

    Alors, l’universalisme dans tout ça ? Le but du socialisme est de construire une solidarité universelle en intégrant chaque personne humaine dans une relation économique non discriminante. La société divisée en classe crée une discrimination congénitale. Tant qu’elle existera, le vieux cercle vicieux existant depuis l’âge du bronze perdurera.

  • Bonjour,

    Je ne partage pas du tout cette analyse d’une autre époque qui ne prend absolument pas en compte les préoccupations et les luttes de toute une partie de la jeunesse actuelle.
    Jacques Cotta ne risque pas le naufrage sur cette question car il est resté sur le quai.

  • Le naufrage de la gauche :
    la-sociale.online
    pardem.org
    reseau-salariat.info
    salaireavie.fr
    pleinemploi.org
    ensemble-tout-est-possible.org
    lvsl.fr
    la-bas.org
    mancalternativa.fr
    ardeur.net

    etc. etc.
    Chacun dans son silo (celui ci parmi d’autres) où l’on parle entre soi (ceux qui ne savent parler, écrire, publiquement se taisent de fait), chacun y va de son pamphlet (Ah évidemment c’est de plus haute volée que sur cnews, mais cela produit tout autant cacophonie et in-audibilité et gavent de fait, cette multiplicité, le désir d’avoir le verbe haut - au moins dans son groupuscule, ignoré des autres tant qu’il reste marginal - étouffe le réel à penser), scission ^n , aucun effort pour réunir dans une démarche scientifique de confrontation des textes thèmes propositions argumentés où s’effacent les personnalités dans une démarche qui soit clairement pour le commun
    Dans un tel objectif, combien des auteurs des sites susmentionnés contribueraient à un wiki https://fr.la-sociale.org/wiki/ commun (les règles d’un wiki sont pourtant claires) ?
    CQFD
    (des "programmes" en ont parfois pris l’apparence, mais dans les faits on en est toujours très loin)

  • Excellent et très juste papier. M. Mélenchon s’est sans doute politiquement suicidé. Le PCF tout comme le PS, également, (mais en l’occurrence, c’était déjà fait). Nommer "gauche" des partis qui font en France du Démocrate US est-ce fondé ? Vous remarquerez en outre que, peu ou prou, tout cela relaie le lent travail de sape de Plenel et de Médiapart, et des autres "grands médias". Il ne peut pas exister des gauches communautaristes, terme oxymorique. La gauche ne peut que chercher à unifier, et non à diviser. Ces gens ont quitté le train de l’émancipation pour celui de l’américanisation à outrance. Au moins, on sait où la gauche n’est pas.

  • Le 11/04/2021
    Je repars de l’avis de Jacques COTTA après avoir lu les commentaires qu’il a suscité.

    Lorsqu’un arbre est malade, cela vient de la nature de la qualité de l’air que ses branches respirent, de ce dont ses racines se nourrissent et qui nourrit ses branches et de la façon dont on le traite ainsi que son sol et son milieu existentiel. La nature de la sève qui circule et communique de bas en haut et du haut en bas en résulte.

    Quelles peuvent être les causes dans chaque individu et collectifs de dissensions, de ces divisions profondes de sentiments, d’intérêts, de convictions ? Elles affectent tout humain et pas seulement… .

    Ne pas se poser cette question, c’est rester dans le ressentiment vis-à-vis des autres, et/ou dans la victimisation de soi-même directement, ce qui est mortifère, somatique, ou, indirectement en la projetant sur autrui, individu ou groupe et autre matière, façon bouc émissaire, ce qui est mortifiant, blessant à effets séparatifs, violents par réaction ? Cela s’autoalimente, touchant et emportant tout et tous.
    Ne pas se poser la question, c’est polluant. C’est rester en deçà de notre pouvoir de générer du bonheur, un bonheur qui ne soit pas au détriment des autres, de tout êtres vivants. Le climat atmosphérique n’en découlerait-il pas ? Serait-il l’expression de la propension de l’humain de tout envoyer en l’air, et ce faisant de s’envoyer en l’air ? Cicéron remarquait que l’orgueil, mal positionné, nous faisait nous élever pour tomber d’une chute plus grande. L’humain est-il bête au point de devoir en passer par là pour revoir sa façon de se penser et de se panser ? Pourquoi sommes-nous sur Terre ? Cette question est d’autant plus cruciale que nous ne sommes pas l’auteur de notre corps physique. Pourquoi l’humain se complait-il à embrouiller ses relations à lui-même et aux autres, tout en déniant d’y contribuer, ou en croyant bien faire ? Comment sortir d’une prison, si l’on refuse le fait d’y être ?

    Quelles seraient les causes des dissensions produites, cultivées, propagées, inculquées par l’humain dans l’humain, dans ses bases et ses branches ?

    Le mode éducatif hégémonique serait-il respectueux de l’intériorité de chaque enfant, de son état ? Qui n’a jamais pris un enfant comme un ballot pour le mettre là où l’on veut comme nous avons été manipulés, bébé et enfant ? Que nous disent les enfants du niveau de notre respect - de leur attirance du moment, - de leur désir de faire par eux-mêmes, - de leur rythme dans la progressivité de leur apprentissage de la maîtrise de la conduite de leur véhicule, leur corps physique, - de leur existence, - de leur expérimentation permettant de sentir et de définir de l’intérieur, corporellement, intimement ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, et de relativiser leur avis du moment ?
    Actuellement, scolariser les enfants, c’est les mettre en rang et lignes, c’est les formater au service d’un système de pensée intériorisé par plus lourds ou forts ou puissants qu’eux. Quel est l’adulte qui n’a jamais cherché à soumettre ou à conditionner autrui, petit ou grand en taille, ou en position d’infériorité pour qu’il réponde à ses attentes ?
    L’humain est-il le fabriquant de ses organes génitaux pour prétendre que ses enfants sont ses enfants ? Par contre je reconnais que mes enfants sont teintés d’expressions de mes enfantillages et plus. Nos héritages ne sont pas seulement matériels. Nos pensées sont une matière à modeler, à agencer harmonieusement en artiste de notre vie et de la vie. L’énergie qui nous permet d’agir concrètement suit nos pensées.

    Quelles pourraient être les causes entre humains (et avec tout environnement) des dissensions attachées aux 7 milliards de milliards de milliards d’atomes divers (7 x 1027) de notre corps physique dans le cas d’un poids de 70 kg ?

    Cette question se pose et s’impose à la conscience de l’humain du XXI siècles en raison de ses savoirs.
    La recherche scientifique en astro-physique et chimie a mis en évidence que la fantastique énergie contenue dans chaque atome (bombe atomique) n’était pas autant condensée et différenciée qu’actuellement avant un événement dénommé Big Bang et de ce qui s’en ait suivi. Au début, il n’y avait quasiment que des atomes d’hydrogène. L’hypothèse d’un état unique, ou du moins plus unifié, existant auparavant s’impose à notre réflexion. Gardons-nous une nostalgie de cet état uni, et un regret, voire un tel ressentiment pour perte de toute puissance, au point de nous pousser à chercher à y revenir par l’uniformité, par la possession de l’autre, par l’exclusion de la diversité, par une voie ou un autre, les possibilités de partis, d’intérêts, d’opinions, de croyances ne manquant pas ?
    La recherche en physique atomique et sous atomique, appelée physique quantique a prouvé expérimentalement que deux particules ayant été en contact, le reste au-delà de la distance et du temps. Nous sommes donc tous des enfants du Big Bang. Que faisons-nous de nous-même : de la poussière d’étoiles pour du balais, ou un rayon de soleil depuis notre cœur ?
    Sans aller jusqu’au Big Bang, quel humain ne garde pas dans son inconscient ou dans sa conscience, la mémoire de cet état d’unité du fœtus avec sa mère, un univers marin fait de gouttes unies tout en étant goûteuse de milles parfums changeant ? Ne sommes-nous pas imprégné de ce passé, de sa perte ou d’être débarrassé de cet univers devenu trop étroit ou invivable en neuf mois au plus ? Cela ne nous pousse-t-il pas à rechercher à s’unir à un ou des autrui conformes à la pensée qui nous en reste et nous habite, et à se séparer de ceux qui questionnent la validité de nos désirs tout autant que nous les questionnons par ce que nous en avons fait ou en faisons ?

    Un ovule et un spermatozoïde tous deux en gloire, se croyant chacun fort de leur individualité, mais doutant de leur éternité sentant la fin de leur croissance venir, jouir d’unité pour continuer de se sentir être. Leur réussite passa par l’abandon de ce qui n’était pas compatible avec une conscience unifiée.
    A quelle union éduquons-nous les enfants,
    - à avoir et à dévorer suivant notre façon de dévorer tout ce qui est à portée de nos mots, de nos mains, corps volant ou à pieds, jusqu’au vide d’une perspective planétaire semblable à Mars ?
    ou,
    - à être avec tout autre respectueusement et de soi et de l’autre ?
    Cela ne passe-t-il pas par dépasser nos rejets réciproques et mis à l’écart les uns des autres par peurs des images que chacun chaque groupe renvoient à l’autre de ses effluves de sa recherche existentielle passée et présente ?

    Que se passerait-il si nous mettions le problème de notre devenir individuel et collectif sur la table, au lieu - de se méfier d’autrui à tort ou à « bonne » raison, - de laisser dire tout ou son contraire, ou - de dénoncer les déviances d’autrui et d’en rester là sans se poser et poser des questions sur le pourquoi ça et sur ce que nous pouvons en faire d’autre que ce à quoi nous nous soumettons ?
    Mettre bas les masques des divergences, mettre au jour leurs causes, ne contribuerait-il pas à prendre de la hauteur par rapport à la situation de l’humain d’aujourd’hui, de l’humanité embrumée dans son adolescence ? La solution à tout problème passe par la mise au jour des données du problème.

    Hercule en prise avec l’hydre aux neuf têtes du marais de Lerne qui absorbait ceux qui s’y aventurait et qui en terrorisait d’autres au point qu’ils s’en auto paralysaient par peur, commença à utiliser la violence, l’exclusion, le rejet comme moyen d’action. Un procédé qui s’avéra vain. De chaque cou tranché, repoussait deux têtes. Décontenancé dans sa prétention à être le plus fort, il reconsidéra sa position et mis un genou en terre polluée. Mû par la compassion à vivre dans ces miasmes, et sans condescendance tant vis-à-vis d’elle que de lui-même, il éleva l’hydre au-dessus de sa tête. Elle en perdit sa force. Ses têtes se desséchèrent, sauf une, immortelle, source de toutes les autres, expression de la volonté dont l’humain a le choix du sens de leur usage dans les présents des jours.

    Qu’en sera –t-il des miasmes de la Covid 19 ? Nous incitera-t-elle à remettre en cause le train de l’hégémonie accordée au capitalisme, cet autre hydre, ou, oubliera-ton très vite ce qu’elle nous dit de notre mal qui ronge la vie et dont Sophocle nous a présenté une face, nous laissant la place et l’initiative pour instaurer du respect dans nos relations pas seulement individuelles ?

    Puissions nous vouloir être heureux de se dresser droit.

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