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Cher 29 mai 2005, bon anniversaire !

par Jacques COTTA, le 1er juin 2021

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Il existe des anni­ver­sai­res qu’on tient abso­lu­ment à fêter. Le 29 mai 2005 est de ceux-là. Ce n’est pas tous les jours en effet qu’on peut se pré­va­loir d’une vic­toire comme celle sortie des urnes ce jour-là, une vic­toire qui jus­ti­fie de ne pas bouder son plai­sir. Il y a 16 ans, contre toute attente, le peuple fran­çais est par­venu à sur­mon­ter les obs­ta­cles dres­sés sur sa voie pour voter NON au réfé­ren­dum sur la cons­ti­tu­tion euro­péenne. Un vote plein de sens, de signi­fi­ca­tion.

Le vote NON, c’était d’abord la fierté retrou­vée d’un peuple méprisé qui rap­pelle la situa­tion vécue récem­ment par les Gilets jaunes, mobi­li­sés pour des rai­sons socia­les et démo­cra­ti­ques, pour la pos­si­bi­lité de vivre décem­ment du tra­vail et du salaire, pour le droit à la parole, et qui durant des mois ont été inju­riés, frap­pés, vio­len­tés par la police du régime aux abois.

Le vote NON, c’était Le refus de dis­pa­rai­tre comme peuple dans un ensem­ble supra­na­tio­nal… C’était aussi le refus de la mon­dia­li­sa­tion capi­ta­liste sau­vage expri­mée par la fameuse concur­rence libre et non faus­sée qui inter­dit aux États de sauver leurs entre­pri­ses, et donc les emplois.

Le vote NON, c’était le ras­sem­ble­ment de classe des sala­riés, ouvriers, jeunes, retrai­tés, pour la défense du bien commun remis sys­té­ma­ti­que­ment en cause par les dic­tats euro­péens.

Inutile donc de dire que le 29 mai 2005 n’est pas une page d’his­toire mais demeure un fait d’une bru­lante actua­lité. Le 29 mai 2005, c’est aujourd’hui. « L’Europe se trouve au bord du pré­ci­pice ».

Le peuple qui l’a emporté il y a 16 ans a mis à jour cette com­pli­cité fon­da­men­tale entre la « gauche » et la « droite » qui sur l’essen­tiel se retrou­vent sur une orien­ta­tion iden­ti­que. Leur rejet de la nation, de la sou­ve­rai­neté, de la démo­cra­tie en réa­lité, les réunit. Il y a 16 ans ils étaient ensem­ble dans le camp du OUI tout sim­ple­ment. Emmanuel Macron, l’adepte du « En même temps », est de ce point de vue l’incar­na­tion de cette orien­ta­tion com­mune qui a fait voler en éclat le vernis qui per­met­tait aux uns et aux autres de se dis­tin­guer dans des dif­fé­ren­ces arti­fi­ciel­les et secondai­res.

C’est donc sur cette ques­tion euro­péenne que la gauche a signé son arrêt de mort en ter­gi­ver­sant durant des années au nom d’une pré­ten­due Europe démo­cra­ti­que et sociale, illus­trée en réa­lité tra­gi­que­ment par les souf­fran­ces du peuple grec au len­de­main du revi­re­ment de Tsipras.

C’est encore sur cette ques­tion que la « gauche de la gauche » en Europe s’est retrou­vée mar­gi­na­li­sée, comme Podemos en Espagne ou la FI en France qui pour­tant en 2017 réa­li­sait avec Jean Luc Mélenchon un score remar­qua­ble lorsqu’elle enfour­chait la bataille de la Nation, de la sou­ve­rai­neté, de l’indé­pen­dance. Le retour vers des allian­ces incom­pa­ti­bles avec ces posi­tions, notam­ment avec la « gauche » ou « les verts », ont déso­rienté et l’ont poussé à se mar­gi­na­li­ser.

Le peuple fran­çais a ouvert la voie en 2005, aux Anglais notam­ment qui ont réa­lisé le Brexit, ou aux Suisses der­niè­re­ment qui ont rompu les dis­cus­sions avec l’UE, pour ne pas subir son dictat, en pre­nant exem­ple sur la Grande Bretagne. A Berne on exprime sans détour avec fierté « qu’on peut sur­vi­vre en affir­mant sa volonté face à la bureau­cra­tie de Bruxelles et en ouvrant la voie à de vraies négo­cia­tions entre par­te­nai­res et non entre maitre et vassal ». C’est l’esprit de sou­mis­sion des suis­ses qui est ter­miné » dit-on encore en sou­li­gnant « l’espoir dégagé pour ceux qui aspi­rent encore à un mini­mum de sou­ve­rai­neté, notam­ment sur la ques­tion migra­toire et la ques­tion sala­riale ».

Du 29 mai au Gilets jaunes, du refus de la cons­ti­tu­tion euro­péenne au Brexit, de la volonté des peu­ples à l’inca­pa­cité de l’UE de répon­dre au mini­mum, le choc n’a été jusque là que dif­féré… Il est incontour­na­ble dans les temps qui vien­nent notam­ment où l’UE cher­chera à faire payer la note aux peu­ples d’Europe.

Jacques Cotta
Le 1er juin 2021

Messages

  • Chers Denis et Jacques,
    Je ne souhaite aucune polémique publique d’autant que je reconnais la haute tenue intellectuelle de vos écrits. Toutefois je pense qu’il y manque la prise en compte d’une asymétrie politico-culturelle fondamentale. Comme le montre l’article ci-dessus de Jacques, "la gauche s’est suicidée" en ralliant l’ainsi-dite construction européenne. Mais pas la droite, dont l’hégémonie culturelle sur la société a été démultipliée par l’euro-dissolution d’une nation, la nôtre, fortement marquée par la puissance historique du mouvement ouvrier. Dès lors, le renvoi dos à dos de la droite et de la gauche établie est totalement justifié, mais pas le renvoi dos à dos de la droite idéologique et de la gauche culturelle puisque l’une se nourrit de l’euro-dissolution alors que la seconde périt avec elle. Je ne peux développer plus dans ce courrier impromptu.
    Amitiés
    Georges

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