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Macron, l’indignité nationale.

par Jacques COTTA, le 15 juillet 2022

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Le 14 juillet, Emmanuel Macron a renoué avec la tra­di­tion­nelle inter­view du chef de l’état à l’issue du défilé mili­taire, pour oscil­ler entre bana­li­tés et pro­vo­ca­tions. Alors que depuis plu­sieurs jours sont révé­lés ses liens très étroits avec le lob­byiste en chef du groupe Uber dans les années 2014-2016 lorsqu’il était minis­tre de l’Économie, Emmanuel Macron s’est bien gardé d’abor­der le sujet, lais­sant ses chiens de garde poli­ti­ques ou média­ti­ques s’occu­per de bana­li­ser ce qui s’appa­rente pour­tant à un véri­ta­ble conflit d’inté­rêts et à un scan­dale d’état.

Dans cette période MacGan, alors chef lob­byiste en charge de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient, et le patron d’Uber, Travis Kalanick, se sont appuyés sur Macron pour faire modi­fier la loi fran­çaise en leur faveur, pour déré­gle­men­ter le droit du tra­vail, pour per­met­tre l’implan­ta­tion d’Uber. Le récit actuel de l’his­toire s’arrête là. Macron « reven­di­que et assume » au nom de la créa­tion des emplois pré­cai­res de conduc­teurs Uber, notam­ment « pour les jeunes des quar­tiers ». Belle pers­pec­tive macro­nienne dont les autoen­tre­pre­neurs d’occa­sion ont eu le temps de reve­nir.

Cette affaire ne serait donc qu’un pétard mouillé ?

Ce serait oublier le cœur du fonc­tion­ne­ment macro­niste. Le lob­byiste MacGan après avoir œuvré auprès de Macron et obtenu "les deals » en faveur d’Uber s’est affirmé comme un sou­tien de poids dans la cam­pa­gne d’Emmanuel Macron en 2017. Dès 2016, il cumule sa fonc­tion de « conseiller sénior chez Uber » avec celle plus offi­cieuse, mais non moins réelle de « conseiller » auprès de Macron pour créer son parti et finan­cer sa future cam­pa­gne électorale. Si MacGan avoue avoir été séduit par l’orien­ta­tion poli­ti­que de Macron —ce dont nul ne peut douter puis­que le pré­si­dent fran­çais se fait le chan­tre de l’ubé­ri­sa­tion à outrance de l’économie fran­çaise— il se fait plus dis­cret sur la réa­lité des rela­tions entre le minis­tre, l’homme d’affai­res, les gains de Uber, les fonds « récol­tés » pour Macron, et autres mélan­ges des genres qui en toute logi­que pour­rait inté­res­ser la jus­tice.

Les com­men­tai­res por­tent plus sur les agis­se­ments d’Uber que sur les pra­ti­ques poli­ti­ques de Macron. Pourtant, après Uber, voici Amazon. Médiapart met à jour l’inter­ven­tion d’un res­pon­sa­ble des affai­res publi­ques de la firme amé­ri­caine, Jean Gonié, lors de la pré­pa­ra­tion de cette cam­pa­gne électorale, en pous­sant le thème « de la trans­for­ma­tion de la France en cham­pion du com­merce en ligne et de la logis­ti­que ». C’est donc à nou­veau auprès d’entre­pri­ses rede­va­bles pour ser­vi­ces rendus que Macron trouve les sou­tiens néces­sai­res à son élection. Alors même que ces entre­pri­ses étaient sous le coup de redres­se­ments fis­caux et que la « taxe Gafa » pro­mise par l’exé­cu­tif « tout au long du quin­quen­nat ne verra pas le jour, rem­pla­cée par un impôt global sur les mul­ti­na­tio­na­les », lob­byis­tes et cadres finan­ciers vien­nent mettre leurs com­pé­ten­ces et leur carnet d’adres­ses au ser­vice du poli­ti­que qui les a bien servis.

Pour toute réponse, devant la presse, le pré­si­dent de la République expli­que que « cela m’en touche une sans faire bouger l’autre » . En quel­que sorte, Macron expli­que à la face des Français qu’il « s’en bat les couilles ». La vul­ga­rité, la vio­lence ver­bale, l’obs­ti­na­tion, voilà ce qui reste à Macron pour gou­ver­ner.

En toute démo­cra­tie, le pré­si­dent ainsi impli­qué devrait être amené à démis­sion­ner. C’est la cam­pa­gne qui devrait être enga­gée par toute oppo­si­tion un tant soit peu sérieuse.

Les mili­tants de la NUPES indi­quent avoir demandé une com­mis­sion d’enquête par­le­men­taire. Ceux du RN disent se join­dre à la demande avec en prime une série de ques­tions envoyées à Bercy et l’enga­ge­ment de publier les répon­ses. Tout cela est bien le moin­dre. Mais tout cela can­tonne au cadre des ins­ti­tu­tions les réac­tions alors que c’est dans le pays, au sein des forces vives, des tra­vailleurs, des sala­riés, des jeunes, des retrai­tes, des arti­sans et autres que la cam­pa­gne devrait être menée, l’exi­gence de des­ti­tu­tion du pré­si­dent Macron.

Depuis la révi­sion cons­ti­tu­tion­nelle de 2007, la pro­cé­dure de des­ti­tu­tion peut être déclen­chée "en cas de man­que­ment du chef de l’État à ses devoirs mani­fes­te­ment incom­pa­ti­ble avec l’exer­cice de son mandat ». Le "man­que­ment" en cause peut concer­ner le com­por­te­ment poli­ti­que, mais aussi privé, du Président, à condi­tion que ses actes aient porté atteinte à la dignité de sa fonc­tion. Et bien, du « bat­tage de couilles » à la proxi­mité inté­res­sée avec les mul­ti­na­tio­na­les qui ont porte ouverte à l’Élysée, nous y sommes.

La pro­cé­dure de des­ti­tu­tion peut être déclen­chée en dehors de toute infrac­tion pénale. Elle cons­ti­tue une sanc­tion poli­ti­que du Président, par ailleurs irres­pon­sa­ble sur le plan pénal, civil et admi­nis­tra­tif pen­dant le cours de son mandat.

Le com­por­te­ment de Macron, son arro­gance, son invul­né­ra­bi­lité appa­rente relè­vent plus d’une dic­ta­ture dans laquelle le chef peut tout, comme il le désire, en cra­chant à la face des citoyens, que d’une démo­cra­tie où les règles mini­ma­les de la morale sont res­pec­tées.

Hors de Haute cour de jus­tice, c’est bien une dic­ta­ture qui est en train de s’affir­mer, le pas­sage assumé de la République à la Ripoublique.

Ce qui pour les échéances à venir risque d’être très lourd de consé­quen­ces.

Jacques Cotta
Le 15 juillet 2022

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