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Macron empêtré dans les violences policières… L’inéluctable déclin ?

par Jacques COTTA, le 1er décembre 2020

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De puis­san­tes mobi­li­sa­tions com­pa­ra­bles à celles qui avaient cours avant la crise du Covid, (retrai­tes, Gilets jaunes) se sont déve­lop­pées dans tout le pays pour dénon­cer les vio­len­ces poli­ciè­res dont ont été vic­ti­mes le pro­duc­teur de musi­que Michel Zecler et la dizaine de jeunes pré­sents dans son studio. Crise démo­cra­ti­que, crise poli­cière, crise de la macro­nie sont révé­lées une fois encore à l’occa­sion de ces exac­tions. La confiance répu­bli­caine est for­te­ment ébranlée. Son réta­blis­se­ment semble incom­pa­ti­ble avec le main­tien au pou­voir d’Emmanuel Macron, de son gou­ver­ne­ment et de sa majo­rité mino­ri­taire dans le pays.

Nous sommes en effet loin du simple fait divers, de la bavure poli­cière. Les argu­ments mis en avant pour tenter de bana­li­ser les quatre voyous sous l’uni­forme — « brebis galeu­ses », « pétage de plombs », « ils auraient déconné »… — tom­bent à plat. Les témoi­gna­ges s’addi­tion­nent et si les vio­len­ces com­mi­ses par ces quatre flics ne cons­ti­tuent fort heu­reu­se­ment pas la règle, elles ne sont pas pour autant des faits isolés.

Libertés menacées

Cette agres­sion aurait pu passer tota­le­ment ina­per­çue, réduite à la riposte légi­time de quatre mem­bres de forces de l’ordre à qui, comme ils l’ont déclaré eux-mêmes dans un faux témoi­gnage, la vic­time aurait voulu déro­ber leurs armes. Mais les images fil­mées par une caméra de sur­veillance à l’inté­rieur des locaux comme celles fil­mées par des voi­sins à l’exté­rieur ont permis d’établir la vérité.

En pleine contro­verse sur la loi « sécu­rité glo­bale », le fil des évènements est dévas­ta­teur.

  • 1/Pour répondre à la volonté d’Emmanuel Macron en personne, deux députés LREM déposent une proposition de loi censée sécuriser la police. Il y a évidemment là le désir de flatter une clientèle en répondant au mieux aux demandes des "syndicats policiers" qui n’ont d’ailleurs de syndicats que le nom. Depuis les Gilets jaunes, il apparait clairement qu’ils sont devenus un appendice du ministère de l’intérieur.
  • 2/Pour répondre encore et toujours à la volonté présidentielle, c’est le ministre de l’intérieur lui-même qui impose l’article 24 en vue d’interdire que soient filmés les policiers. L’utilité de cet article se révèle au grand jour. Il n’y aurait eu ni établissement indiscutable des violences commises dans le studio de musique, ni à l’extérieur par exemple.
  • 3/Les organisations syndicales de journalistes — le SNJ en tête — montent au créneau, dénoncent les atteintes aux libertés dont celle d’informer. Le premier ministre Castex est boycotté par la presse. C’est l’affolement d’autant que les réactions se multiplient. Organisations syndicales, LDH, Reporters sans frontières, etc… Matignon tente de reprendre l’initiative. Alors que l’article et la proposition de loi sont votés à reculons par les petits soldats macroniens à l’assemblée, le premier ministre décide d’annoncer une commission pour revoir la rédaction de l’article incriminé.
  • 4/Les députés LREM prennent assez mal d’être « considérés comme des serpillères ». Cela peut paraitre étonnant de la part de ceux sur lesquels le pouvoir s’essuie les pieds depuis l’élection de Macron. En fait, c’est la situation d’ensemble qui est insupportable à ceux qui ne voyaient jusque là aucun inconvénient à être considérés comme des paillassons.
  • 5/Les « syndicats » de police, comme le ministère de l’intérieur et le gouvernement, tentent de noyer le poisson. "L’article incriminé n’interdit pas de filmer, mais juste de diffuser les images si elles portent atteinte aux policiers". Mais cela fait flop. Qui en effet décidera qu’atteinte est portée, ou encore à quoi sert de filmer si on ne peut diffuser ?

C’est ainsi qu’une inter­ven­tion poli­cière déclen­che une crise poli­ti­que avec en toile de fond la crise démo­cra­ti­que, la crise ins­ti­tu­tion­nelle, la crise de la macro­nie.

Macronie coupable

Les quatre flics et acces­soi­re­ment les dizai­nes accou­rus sur les lieux fai­sant marque de com­plai­sance envers leurs col­lè­gues sont évidemment cou­pa­bles des faits incri­mi­nés. Mais sont-ils les seuls res­pon­sa­bles ? A lire la plu­part des réac­tions de mem­bres du gou­ver­ne­ment, oui, sans aucun doute. Et pour­tant…

  • Le préfet de police Didier Lallement a demandé à ses troupes « de ne pas dévier de la ligne républicaine ». De la part d’un préfet de police qui a cautionné les violences en manifestations, les nasses pour mieux cogner sur les manifestants, les tirs de grenades à profusion, l’utilisation des LBD ou grenades de désencerclement qui ont énucléé ou estropié, voilà qui est cocasse… et assez révoltant.
  • Le ministre Gérald Darmanin, principal artisan de la loi restreignant le droit de la presse et couvrant les agissements de la police, a estimé que « lorsqu’il y a des gens qui déconnent ils doivent quitter l’uniforme de la République, ils doivent être sanctionnés, punis par la justice ». Ah bon, les policiers réduits à des « gens qui déconnent » lorsqu’ils entrent en toute illégalité dans un domicile privé, y matraquent, y jettent une grenade, organisent le lynchage ?
  • Emmanuel Macron enfin, au sommet de la pyramide, qui dénonce « des images qui nous font honte » avant de déclarer que « La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme ». Le racisme, nous y voilà. Telle serait la cause des méfaits policiers. C’est simple, moral, consensuel, donc pourquoi se priver ? Certes, les propos des policiers à l’encontre du producteur pendant qu’ils le rouent de coups sont sans ambiguïté. Mais qu’est-ce qui déclenche une telle haine, sinon les ordres donnés à la police depuis des mois de matraquer sans retenue tout mouvement social de contestation de la politique gouvernementale, les ordres de faire état d’une violence toujours redoublée. La gestion de crise sanitaire dans laquelle le pouvoir a usé d’autoritarisme, d’incohérences, d’appel à l’obéissance, d’organisation de la soumission a donné carte blanche aux forces de répression. Ainsi, c’est pour défaut de masque en période de confinement que Michel Zecler a été pris pour cible. Mais il y a des précédents. (Voir"interpellation d’un salarié à Breil-sur-Roya sur son lieu de travail" ).

La Macronie - Macron lui-même - por­tent la res­pon­sa­bi­lité pre­mière de cette situa­tion. Les Gilets jaunes ont fait hier l’expé­rience de cette poli­ti­que ordon­née par le chef de l’État, lui qui aujourd’hui se dit choqué par des images dont il est en réa­lité le met­teur en scène.

Crise au sommet

L’établissement des res­pon­sa­bi­li­tés est néces­saire pour tenter de répon­dre à une suc­ces­sion de crises qui mena­cent direc­te­ment l’édifice répu­bli­cain.

La for­ma­tion des poli­ciers, la remise à plat des mis­sions, l’indé­pen­dance de l’IGPN vis à vis du minis­tère de l’inté­rieur sont des condi­tions pre­miè­res au réta­blis­se­ment de rela­tions de confiance entre citoyens et forces de l’ordre.

Mais l’essen­tiel est ailleurs.

Le dur­cis­se­ment du régime, ce bona­par­tisme qui concen­tre le pou­voir dans les mains d’un seul homme, prêt à tout pour le garder, est au point de départ de la situa­tion actuelle. Il façonne une hié­rar­chie aux ordres, sou­cieuse de ne pas contra­rier le pou­voir suprême. Il ordonne obéis­sance et aveu­gle­ment à des hommes de troupe uti­li­sés par­fois comme des mili­ces pri­vées au ser­vice du pou­voir et de sa poli­ti­que contraire aux inté­rêts de l’immense majo­rité des citoyens. Il libère les forces qui jouis­sent du pou­voir de vio­lence léga­li­sée.

L’usage à des fins pure­ment poli­ti­ques des forces de l’ordre par le parti au pou­voir est source d’impu­nité qui permet toutes les exac­tions. La volonté de flat­ter une clien­tèle donne la parole à des offi­ci­nes d’extrême droite bap­ti­sées « syn­di­cats ». Voilà d’ailleurs pour­quoi entre macro­nie et lepé­nisme il n’y a en l’espèce pas la moin­dre dif­fé­rence. Les uns comme les autres ont voté et demandé le main­tien de l’arti­cle 24 qui res­treint la liberté de la presse et la liberté d’infor­mer.

En réa­lité c’est la Macronie et Emmanuel Macron lui-même qui font obs­ta­cle au réta­blis­se­ment de rela­tions de confiance entre police et citoyens. Ce sont eux qui orga­ni­sent la défiance.

Certaines « lois » de l’his­toire se répè­tent.
En bas on ne veut plus ! C’est bien ce qui res­sort à chaque occa­sion…
En haut on ne peut plus ! C’est ce qu’exprime la crise du pou­voir…

Jacques Cotta
Le 1er décem­bre 2020

Messages

  • En observant la campagne électorale de 2017, le déroulement,les candidats, j’ai fini par conceptualiser que le personnage,je répugne à écrire son nom,élu à la présidence serait le dernier de la cinquième république...Chiche !

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