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Présidentielles : le rassemblement à gauche ?

par Jean-Paul DAMAGGIO, le 8 janvier 2021

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Gagner une élection pré­si­den­tielle sup­pose de réus­sir un ras­sem­ble­ment divers, mul­ti­ples. Par exem­ple, Macron a réussi à unir des ves­ti­ges socia­lis­tes, la struc­ture cen­triste du Modem, et des éléments modé­rés de la droite. En 2017 Mélenchon a réus­sir à unir trois cou­rants qui furent clai­re­ment maté­ria­li­sés par l’appel lancé aux ins­crits de la pla­te­forme, à voter, concer­nant la posi­tion de second tour.
J’ai tou­jours consi­déré ce moment comme his­to­ri­que aussi j’en conserve soi­gneu­se­ment les résul­tats.
Parmi quel­que 243 000 votants,
• 36,12% ont choisi le vote blanc ou nul
• 29,05% l’abs­ten­tion
• 34,83% le vote Macron.
Je ne m’occupe pas ici des électeurs mais des acteurs de la cam­pa­gne. Il était dit qu’il y avait 530000 ins­crits sur la pla­te­forme et obte­nir 243000 votants, ça donne un résul­tat signi­fi­ca­tif mieux qu’un son­dage.
Les trois cou­rants sont les sui­vants :
 Les adep­tes de l’union de la gauche ont voté Macron
 les adep­tes d’une recher­che d’alter­na­tive ont voté blanc
 Les anti- sys­tè­mes n’ont pas sou­haité se dépla­cer au second tour.
Je sché­ma­tise bien sûr mais ce résul­tat démon­tre qu’à vou­loir ras­sem­bler à gauche, le résul­tat aurait été divisé au moins par deux. Et le fait n’était pas cir­cons­tan­ciel, suite à la ges­tion cala­mi­teuse de François Hollande.
Je sais très bien que des adep­tes du vote Macron n’ont pas digéré qu’on puisse envi­sa­ger l’abs­ten­tion comme une solu­tion (le droit de vote c’est sacré) et inver­se­ment des abs­ten­tion­nis­tes n’ont pas digéré que cer­tains votent Macron.Présidentielles : le ras­sem­ble­ment à gauche ? Or, en dehors de ce moment électoral (mais révé­la­teur), les mêmes pou­vaient lutter ensem­ble ! Pour sauver la suite de LFI il fal­lait sur­mon­ter cette situa­tion en res­pec­tant chaque orien­ta­tion, en orga­ni­sa­tion un col­lec­tif per­met­tant la coha­bi­ta­tion.
Dès les légis­la­ti­ves, le tiers qui ne s’est pas mobi­lisé au second tour de la pré­si­den­tielle, n’a pas daigné, le plus sou­vent, voter aux légis­la­ti­ves (je parle tou­jours en terme de ten­dance). La pré­si­den­tielle étant perdue, la suite deve­nait inu­tile.
Aux euro­péen­nes c’est la perte de l’autre tiers qui s’est pro­duite, pour se concen­trer sur le ras­sem­ble­ment à gauche, avec tous les tra­vers actuels de la gauche : les ques­tions socié­ta­les au pre­mier plan (quel bon­heur la liste LFI aux euro­péen­nes avait des défen­seurs des ani­maux), la pra­ti­que du double lan­gage (on est contre l’Europe mais en fait on est pour), l’incom­pré­hen­sion du vote Front natio­nal (des fas­cis­tes), etc.
Le refus du cli­vage droite/gauche que je par­tage depuis 1993 n’est pas une réponse à Hollande aujourd’hui, ou à Mitterrand hier, mais la prise en compte d’une muta­tion pro­fonde de la société où un peuple de gauche peut encore exis­ter, mais sans la moin­dre repré­sen­ta­tion pos­si­ble !
Une dénon­cia­tion bien connue pré­tend que délais­ser ce cli­vage conduit imman­qua­ble­ment dans les bras de la droite !
Oui, le FN ras­sem­ble car dès le départ il a refusé ce cli­vage.
Oui, les Verts ras­sem­blent car dès le départ ils ont refusé ce cli­vage, même si ce refus a été à géo­mé­trie varia­ble.
Oui, Macron ras­sem­ble car dès le départ il a refusé ce cli­vage.
Oui, Mélenchon a ras­sem­blé car avec LFI il a refusé ce cli­vage.
La ques­tion n’est donc plus celle du refus du cli­vage (sauf pour les achar­nés de l’union de la gauche) mais par quoi le rem­pla­cer !
Le FN a choisi l’axe du natio­na­lisme : la France/contre le monde.
Macron a choisi l’axe de la moder­nité : les moder­nes contre les archaï­ques.
Les Verts ont choisi l’axe de l’écologie : sa défense contre toutes les attein­tes.
Dans tous ces cas là, le capi­ta­lisme de consom­ma­tion dis­pa­raît avec pertes (pour l’émancipation) et pro­fits (pour les capi­ta­lis­tes).
Pour s’y oppo­ser il y aurait le cli­vage : peu­ples/élites. Podemos en Espagne a eu les mots les plus durs contre « la caste » pour en reve­nir très vite à l’union de la gauche. Faut-il alors invo­quer une tra­hi­son ? Après celle de Syrisa, celle de Podemos, celle de LFI ? L’expli­ca­tion par la tra­hi­son ne me paraît pas convain­cante. Je penche plutôt pour une erreur d’aiguillage au départ : le cli­vage peu­ples/élites masque en fait les contra­dic­tions au sein des peu­ples comme au sein des élites !
Le cli­vage à mettre en œuvre peut s’appuyer, en les remet­tant debout, sur les pré­cé­dents : la nation, la moder­nité, l’écologie et le peuple. La nation n’est pas plus archaï­que (quand elle dénonce le natio­na­lisme) que l’écologie est moderne (quand le capi­ta­lisme s’habille de vert).
Quand l’hori­zon reste la répu­bli­que démo­cra­ti­que et sociale, le cli­vage va oppo­ser des répu­bli­cains démo­cra­tes-sociaux et des natio­na­lis­tes néo­li­bé­raux à ten­dance verte. On devient tou­jours les répu­bli­cains d’une nation, les écolos d’une émancipation et les démo­cra­tes d’une his­toire mon­diale.
Alors que peut faire Mélenchon main­te­nant qu’il a « banni » (le mot est de lui) les por­teurs d’alter­na­ti­ves, au profit du recy­clage du socia­liste Emmanuel Maurel qui a ainsi conservé son poste de député euro­péen ? Il ne peut que s’énerver à l’idée qu’Anne Hidalgo puisse lui repren­dre le dra­peau du ras­sem­ble­ment à gauche, plus en cohé­rence avec l’his­toire de la maire de Paris. Dans le même temps aucune alter­na­tive ne sera cré­di­ble si elle ne conserve pas l’objec­tif d’unir les trois cou­rants au départ de LFI ! Dans la confi­gu­ra­tion de 2017 c’est parce que le projet d’alter­na­tive a permis à Mélenchon de tenir la route, qu’alors il a pu ras­sem­bler le deux autres cou­rants. L’his­toire ne se répé­tera pas, même sous forme de farce, cepen­dant le fil de cette his­toire ne doit pas se perdre. J-P Damaggio

Messages

  • Bonjour,
    sans sortie de l’UE, donc de l’Euro et même de l’OTAN il est inutile que la Gauche arrive au pouvoir suprême car elle ne pourra que trahir ses électeurs.
    En effet les programmes qu’elle porte ("L’Humain d’abord" ou "L’Avenir en Commun") ne sont pas applicables en raison des traités "européens" et ces traités requièrent l’unanimité pour pouvoir être modifiés !
    Il serait temps d’ouvrir les yeux !

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