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Redresser l’école !

par Denis COLLIN, le 28 septembre 2021

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Les propositions d’Arnaud Montebourg sur la question de l’école me semblent, dans les grandes lignes, aller vraiment dans le bon sens. J’expose ici mes propres propositions. Au lecteur de vérifier les convergences.

Redresser l’école !

L’école dans notre pays est en mau­vais état. Au fil des années et des pré­ten­dues réfor­mes qui se sont accu­mu­lées sur la tête des élèves et des pro­fes­seurs, la France a dévissé dans tous les clas­se­ments inter­na­tio­naux : qu’il s’agisse de la lec­ture, de la com­pré­hen­sion de la langue mater­nelle ou des mathé­ma­ti­ques, les petits Français sont main­te­nant trop sou­vent en queue de pelo­ton des gran­des nations.

Et pour­tant, on ne relè­vera aucun des grands défis aux­quels nous sommes confron­tés sans l’école. On dénonce le sépa­ra­tisme, le com­mu­nau­ta­risme ou les dan­gers que court la laï­cité. Mais c’est l’école qui fabri­que une nation, qui fabri­que un lan­gage commun, une culture com­mune des réfé­ren­ces com­mu­nes ! Refaire la France, ça com­mence là ! En ins­trui­sant, l’école forme aussi des femmes et des hommes qui pour­ront acqué­rir la com­pé­tence pro­fes­sion­nelle néces­saire au redres­se­ment des capa­ci­tés pro­duc­ti­ves de notre pays.

De quoi souf­fre l’école ? Elle souf­fre du mépris en lequel elle est trop sou­vent tenue : les pro­fes­seurs ne savent plus s’ils sont là pour ins­truire, trans­met­tre des savoirs à valeur objec­tive ou pour suivre les der­niè­res modes du moment et rem­pla­cer le savoir par le bavar­dage. Remonter l’école, c’est d’abord res­tau­rer l’auto­rité des pro­fes­seurs, rendre le métier attrac­tif (y com­pris finan­ciè­re­ment) pour recru­ter les meilleurs parmi les étudiants ou plus lar­ge­ment tous ceux qui seraient tentés par cette voca­tion. Remonter l’école, c’est per­met­tre qu’elle se concen­tre sur sa mis­sion pre­mière : ins­truire ! Les parents doi­vent éduquer, en pre­mier lieu, et l’école, en pre­mier lieu trans­met des savoirs.

De quoi avons-nous besoin ? D’une école de base solide et exi­geante. Baisser les exi­gen­ces, c’est priver les enfants défa­vo­ri­sés de toute pos­si­bi­lité de s’élever et à l’école, les élèves sont là pour s’élever. Maîtrise de la lec­ture, de l’écriture, les deux allant de pair, il ne faut pas céder là-dessus. Car lire et écrire, c’est accé­der au savoir, aux livres, à notre culture clas­si­que, scien­ti­fi­que ou tech­ni­que. C’est aussi appren­dre à comp­ter, car appren­dre à comp­ter c’est com­pren­dre les méca­nis­mes du calcul et ainsi appren­dre à deve­nir plus tard le maître des machi­nes et non leur ser­vi­teur.

L’école de base doit aussi trans­met­tre la culture de notre pays et en par­ti­cu­lier sa riche culture lit­té­raire. Les petits Français doi­vent aussi appren­dre leur his­toire et leur géo­gra­phie, parce que c’est seu­le­ment ainsi qu’ils pour­ront par­ta­ger cette com­mu­nauté de vie et de destin qui fait une nation. Et pour s’ouvrir au monde, il faut savoir qui on est.

Au-delà de l’école de base, il faut mettre fin à l’école super­mar­ché où chacun se sert dans les rayons qui de sa spé­cia­lité, qui de son option. Refaire des filiè­res et recons­truire des clas­ses. L’éclatement des clas­ses promu par Blanquer empê­che les élèves de s’entrai­der et les pro­fes­seurs de suivre leurs élèves. Il faut refaire des filiè­res et remon­ter un ensei­gne­ment solide des huma­ni­tés clas­si­ques autant qu’un ensei­gne­ment scien­ti­fi­que cohé­rent.

On doit aussi, dans le même temps pro­mou­voir un ensei­gne­ment pro­fes­sion­nel de qua­lité : un méca­ni­cien, un plom­bier, un tra­vailleur du bâti­ment, voilà des métiers qui exi­gent une grande qua­li­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle, encore bien plus aujourd’hui qu’hier. L’école, com­plé­tée par l’appren­tis­sage a tout son rôle à jouer. On redon­nera ainsi aux tra­vailleurs leur dignité et à notre pays ce dont il a besoin pour pro­duire chez nous.

Le but : redon­ner au bac­ca­lau­réat sa valeur de pre­mier grade uni­ver­si­taire, ouvrant donc la voie à l’accès à l’Université sans être brin­que­balé dans les arca­nes de l’obscur sys­tème de « Parcours sup ». À l’uni­ver­sité, la pre­mière année devrait être encore une année de déter­mi­na­tion (comme l’était la pro­pé­deu­ti­que). On per­met­trait ainsi un choix de spé­cia­li­sa­tion plus rai­sonné et on limi­te­rait cet échec en pre­mière année, si coû­teux pour les étudiants et pour le pays.

Remonter l’école avec la France : la grande œuvre de la République fut jadis l’école, où offi­ciaient les « hus­sards noirs » de la République, ces maî­tres qui ont tant contri­bué à la vie de la nation. En ce début du XXIe siècle, c’est cette tâche qu’il faut repren­dre dans des condi­tions nou­vel­les et face à des défis encore plus dif­fi­ci­les. C’est ce qui jus­ti­fie le sou­tien sans réserve que j’apporte à la pro­po­si­tion d’Arnaud Montebourg de refaire des écoles nor­ma­les et de reve­nir au pré-recru­te­ment des pro­fes­seurs.