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Macron, une puissance illusoire

par Jacques COTTA, le 15 mars 2022

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En situa­tion de guerre, « tout pou­voir en place appa­raît comme un ultime recours pour assu­rer la pro­tec­tion des peu­ples », entend-on à loisir sur les ondes. La guerre en Ukraine devait donc nor­ma­le­ment, logi­que­ment, servir la can­di­da­ture d’Emmanuel Macron en sus­ci­tant un sen­ti­ment d’union natio­nale à laquelle le pré­si­dent appe­lait dès que le pre­mier char de Poutine fran­chis­sait la fron­tière. Macron devait sortir grandi du drame vécu par les Ukrainiens et des crimes pou­ti­niens (voir« l’Ukraine les véri­tés qui déran­gent » ou encore « Nouvelles pen­sées sur le conflit en Ukraine ») . Les son­da­ges en cas­cade venaient confir­mer. À les enten­dre, encore un coup de canon et le can­di­dat qui a rati­boisé « la gauche » et « la droite » serait élu dès le pre­mier tour.

Macron met tout en œuvre. Là, pré­si­dent fran­çais, ici émissaire diplo­ma­ti­que au compte du « monde libre », ici encore pré­si­dent de l’Europe…

Mais la vie est capri­cieuse et contra­rie sou­vent les chan­ge­ments de cas­quet­tes ou les retour­ne­ments de veste.

Sous les ors de Versailles, les chefs d’État des pays euro­péens ont fes­toyé pour trou­ver une réponse com­mune à l’agres­sion russe. Le cadre était idéal pour le pré­si­dent fran­çais, chan­tre de la « sou­ve­rai­neté euro­péenne », pré­si­dent de l’Europe pour six mois, drapé dans la ban­nière euro­péenne pour accueillir ses hôtes dans le jardin royal.

Mais la cause était enten­due d’avance, et l’échec patent pré­vi­si­ble. Comme nous l’avons déjà expli­qué lon­gue­ment ici, la sou­ve­rai­neté demande l’exis­tence d’un peuple, et il n’existe pas un peuple euro­péen, mais des peu­ples en Europe. La sou­ve­rai­neté euro­péenne est une absur­dité. L’Europe macro­nienne est appa­rue dans sa réa­lité que seuls les par­ti­sans de la mon­dia­li­sa­tion sans fron­tiè­res et de la des­truc­tion des nations veu­lent nier.

À Versailles donc, il devait être ques­tion de l’Europe de la défense, de l’Europe unie, d’une réponse com­mune sur la ques­tion énergétique. C’est ainsi que l’Allemagne et l’Italie dépen­dant du gaz russe ont mis fin aux fan­tas­mes de Macron. Pour l’Europe de la défense, vieille ren­gaine s’il en est, la cause aussi est enten­due avec le réar­me­ment de l’Allemagne qui passe com­mande aux États-Unis pour se four­nir, cela au détri­ment des usines Dassault par exem­ple. Et pour l’Europe huma­ni­taire, la volonté de voir l’Ukraine ren­trer dans l’UE, de madame Van der Leyen ou de la Française macro­nienne Nathalie Loiseau, a été remise aux calen­des grec­ques.

À moins d’un mois du pre­mier tour des élections pré­si­den­tiel­les, on pou­vait atten­dre que ces ques­tions soient débat­tues, argu­men­tées, confron­tées. Et bien non. Le pré­si­dent can­di­dat en a décidé autre­ment et les ins­ti­tu­tions se plient. Il ne sera pas ques­tion des sujets qui éventuellement pour­raient des­ser­vir un exé­cu­tif qui aspire à se main­te­nir au pou­voir pour para­che­ver son œuvre, notam­ment sur les causes de la révolte qui s’est expri­mée durant ce quin­quen­nat maudit, les retrai­tes, la pro­tec­tion sociale, les salai­res, la fonc­tion publi­que, le pou­voir d’achat, l’école, la santé, l’abais­se­ment de la Nation, et quel­ques autres sujets.

C’est la démo­cra­tie et son déni qui sont au centre d’une situa­tion iné­dite. Jamais comme cela est le cas aujourd’hui, un can­di­dat n’a été servi comme l’est Emmanuel Macron. Campagne menée par le pré­si­dent pas encore can­di­dat grâce aux impôts des Français, chan­ge­ment d’iden­tité entre le pré­si­dent et le can­di­dat en fonc­tion de l’inté­rêt du moment, com­plai­sance média­ti­que totale au pré­texte de la guerre, refus des sujets inter­dits et uti­li­sa­tion des fonds publics comme une manne pré­si­den­tielle alors que l’heure des comp­tes, dont nul de parle, appro­che.

Nous assis­tons à une gigan­tes­que mani­pu­la­tion dont les peu­ples, à des degrés divers, sont aujourd’hui les vic­ti­mes appa­rem­ment impuis­san­tes… L’avenir est sombre. Mais parions que la clarté qui en France ne sur­gira peut-être pas des élections sur­gira ensuite. Car, quel que soit l’heu­reux élu, c’est une chose d’accé­der au pou­voir, c’en est une autre de gou­ver­ner…

Jacques Cotta

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