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Adieu la gauche ! Le 24 avril, défaire Macron !

par Jacques COTTA, le 16 avril 2022

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Avec le résul­tat du pre­mier tour de l’élection pré­si­den­tielle, la gauche appa­rait tri­ple­ment désar­mée, électoralement, phy­si­que­ment et sur­tout poli­ti­que­ment.

  Électoralement, les scores réa­li­sés de ce que les com­men­ta­teurs nom­ment les can­di­dats de gauche n’ont jamais été à un niveau aussi catas­tro­phi­que.

• Le PS et le PCF sont réduits à un état micro­sco­pi­que, et de fait à un rôle mar­gi­nal.
Le PS tient encore par quel­ques muni­ci­pa­li­tés et un réseau d’élus qui ont de plus en plus de dif­fi­cultés à se renou­ve­ler. A court terme il est sim­ple­ment menacé de dis­pa­ri­tion, d’autant que ses porte-dra­peaux que la macro­nie n’a pas encore avalés sont sur le point, au len­de­main du second tour, de faire le pas que la plu­part des caci­ques ont déjà fran­chi.

• Le PCF, en plus grande dif­fi­culté, finan­cière notam­ment, ne repose pas sur le réseau local qui existe encore au PS. Il tente pour s’en sortir de tabler sur des accords aux élections légis­la­ti­ves, mais il est là dans une situa­tion inex­tri­ca­ble. Selon les pro­jec­tions des résul­tats acquis au pre­mier tour, lui, comme le PS, ne pour­rait pré­ten­dre à rien face à LFI qui a raflé les fonds de tiroirs électoraux de la gauche.

• Le score de LFI ne peut faire illu­sion. Il s’appuie essen­tiel­le­ment sur la dis­pa­ri­tion des pré­cé­dents, mais aussi sur un électorat essen­tiel­le­ment petit- bour­geois ou encore rele­vant de cou­ches socia­les mar­gi­na­les. Il est aussi la réa­li­sa­tion de réseaux com­mu­nau­tai­res à qui LFI et Jean Luc Mélenchon font les yeux doux. La néces­sité de repren­dre pied dans la classe ouvrière et chez les sala­riés n’est pas atteinte. La ligne « Terra Nova » l’a emporté. Les ouvriers majo­ri­tai­re­ment comme les sala­riés ont choisi Marine Le Pen et non Jean Luc Mélenchon.

  Physiquement, la cam­pa­gne électorale n’a pas témoi­gné d’un engoue­ment par­ti­cu­lier. Contrairement aux pré­cé­den­tes, les mobi­li­sa­tions ont été moin­dres. L’effet Ukraine et la double manoeu­vre — média­ti­que et poli­ti­que, avec la non-cam­pa­gne de Macron — expli­quent en partie cela. Mais en partie seu­le­ment. Ce sont les dis­cours, les pro­gram­mes, les ini­tia­ti­ves qui n’ont pas mobi­lisé les foules.

  Politiquement enfin et sur­tout. Tout se résume dans l’appel au soir du pre­mier tour à cons­ti­tuer un « front répu­bli­cain » contre MLP et en faveur de Emmanuel Macron, tour­nant le dos au combat urgent contre celui qui depuis 5 ans assume une poli­ti­que auto­ri­taire, liber­ti­cide, répres­sive, vio­lente, anti sociale, des­truc­trice de la nation. Voir ici.
Cela relève d’une faillite poli­ti­que sur laquelle les res­pon­sa­bles toutes ten­dan­ces confon­dues se mon­trent inca­pa­bles de tirer le moin­dre bilan. A force d’avoir tourné le dos aux cou­ches popu­lai­res, aux ouvriers et sala­riés pour pré­fé­rer la petite bour­geoi­sie des villes essen­tiel­le­ment toute acquise à la mon­dia­li­sa­tion, la « gauche » en arrive à s’inven­ter un fas­cisme fan­tasmé qui lui permet de tour­ner casa­que à la vitesse grand V. « L’anti­fas­cisme » de paco­tille de la gauche n’est en réa­lité qu’alibi à l’adhé­sion à la mon­dia­li­sa­tion dont Emmanuel Macron est le chan­tre, au libé­ra­lisme économique, au capi­ta­lisme, tout sim­ple­ment.

• Le fas­cisme de Marine Le Pen relève de la dia­bo­li­sa­tion néces­saire à la réé­lec­tion de Macron. Si le FN his­to­ri­que­ment —dans les années 1970, 1990 — a compté en son sein des nazillons actifs, et d’autres, plus expé­ri­men­tés, dont l’ori­gine relève des heures les plus som­bres de l’his­toire, le temps aidant, ceux-là ont soit bon­ne­ment dis­paru, soit choisi une acti­vité plus clas­si­que. Ils n’en sont pas plus sym­pa­thi­ques, mais poli­ti­que­ment, ils ne don­nent pas au RN la cou­leur que la gauche tient à lui attri­buer pour jus­ti­fier le ral­lie­ment à Macron. Le RN s’appa­rente plus à l’aile droi­tière du RPR des années 80 qu’à un parti de mili­ciens cons­ti­tué de gros bras armés dont la tâche, comme cela est de cou­tume dans tout parti fas­ciste, est de casser le mou­ve­ment ouvrier et ses orga­ni­sa­tions.

• La gauche oublie dans ce ral­lie­ment à Macron qu’elle creuse encore plus pro­fon­dé­ment sa tombe. Comme dans la région PACA par exem­ple, cette stra­té­gie risque de l’éradiquer pour une longue période de la vie poli­ti­que natio­nale.

• La gauche et tous ses res­pon­sa­bles démon­trent leur inca­pa­cité à s’inter­ro­ger sur les rai­sons pour les­quel­les 3 ouvriers sur 4, parmi ceux qui iront voter, le feront pour Marine Le Pen, les rai­sons pour les­quel­les le PIS polo­nais trouve ses sou­tiens les plus sta­bles dans les cou­ches les plus pau­vres, les rai­sons pour les­quel­les aussi elle a dis­paru de la carte là où les PC étaient des puis­san­ces (France, Italie) et pour­quoi les autres pays ont suivi la même voie. Cette situa­tion est inter­na­tio­nale et tient indis­cu­ta­ble­ment à l’orien­ta­tion des dif­fé­rents partis com­mu­nis­tes et socia­lis­tes sur les­quels il fau­drait reve­nir. En Grande-Bretagne par exem­ple, le « red wall » tra­vailliste a voté Johnson… Les dif­fé­rents ater­moie­ments sur le fas­cisme, la néces­sité des mobi­li­sa­tions anti­fas­cis­tes, le fait de devoir faire bar­rage à l’extrême droite évacuent sim­ple­ment la réflexion sur la lutte des clas­ses, ses res­sorts et les répon­ses à appor­ter.

Dans cette situa­tion, alors que l’échéance du 24 avril s’annonce comme impor­tante pour pou­voir ren­voyer l’actuel loca­taire de l’Elysée, Emmanuel Macron, les chefs de gauche sont plus inté­res­sés par leurs manœu­vres électorales en vue des légis­la­ti­ves pour sauver leurs postes que par l’urgence pour les Français.

Macron a su ordon­ner l’usage des LBO dans les mani­fes­ta­tions contre la réforme des retrai­tes ou encore des GJ, pour créer des mil­liers de bles­sés, des dizai­nes d’éborgnés ou d’ampu­tés. Pour tout citoyen atta­ché aux valeurs répu­bli­cai­nes, il devrait être exclu de donner sa voix à celui dont le bilan auto­ri­taire, vio­lent, anti­so­cial, liber­ti­cide est sans pré­cé­dent. Il s’ins­crit dans la pour­suite d’une poli­ti­que syno­nyme de sac­cage des ser­vi­ces publics, de l’école, des hôpi­taux, des­truc­tion des sta­tuts, de l’emploi, des salai­res… Il a su béné­fi­cier des cabi­nets-conseils à Mac Kinsey, a su illus­trer la répu­bli­que exem­plaire avec plus de 30 pro­ches, minis­tres, dépu­tés ou inti­mes, pour­sui­vis par la jus­tice, mais pro­tégé, a été capa­ble de rabais­ser la nation et de fouler les prin­ci­pes répu­bli­cains, et encore et encore pour 5 ans.

Voilà ce que la gauche reven­di­que en appe­lant à voter Macron.

Voilà pour­quoi, le 24 avril, "pas une voix pour Macron" devrait être un cri de ral­lie­ment.

Jacques Cotta
le 15 avril 2022

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