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Pour ou Contre la Charte d’Amiens, avec ou contre la CFDT, c’est l’enjeu

à propos de la signature du "Ségur" de la santé par FO - Une contribution de Gérard Da Silva

par Denis COLLIN, le 4 août 2020

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Nous prenons la liberté la liberté de publier le texte ci-dessous qui circule à l’initiative du groupe de militants syndicalistes,"Retour aux fondamentaux". L’intérêt de ce texte n’échappera pas à nos lecteurs.

Ainsi l’appa­reil de FO a signé le Ségur de la Santé, ini­tia­tive gou­ver­ne­men­tale, se met­tant au niveau des deux autres signa­tai­res : la CFDT et l’UNSA.
Pourtant dans cet accord, il n’y a aucun pro­grès, tels que l’annonce de l’aban­don du plan de Santé 2022 voté par le gou­ver­ne­ment et qui conti­nue la liqui­da­tion de l’hôpi­tal public et pri­vi­lé­gie une pré­ten­due « télé­mé­de­cine ».
Pourtant il n’y a rien sur la valo­ri­sa­tion des heures sup­plé­men­tai­res, ni sur les gardes ou la per­ma­nence des soins.
Pourtant les reven­di­ca­tions sont connues et c’est contre ce gou­ver­ne­ment et sa poli­ti­que que les per­son­nels des urgen­ces ont fait grève à 90% l’an passé et que des chefs de ser­vice ont démis­sionné en début d’année, condam­nant Macron et sa poli­ti­que ultra­li­bé­rale.
Les jeunes méde­cins ont condamné ce texte, et ceux qui l’ont signé, car les débuts de car­rière y sont sacri­fiés, au plan finan­cier, alors qu’il faut faire le contraire pour les amener vers l’hôpi­tal public.
En clair, on encou­rage le privé : com­ment FO a pu signer ça ?
Alors que le plus évident, c’est la défense de la Sécurité sociale et un terme mis aux exo­né­ra­tions patro­na­les pour en assu­rer le finan­ce­ment : sur ce point rien dans le Ségur !
Alors que, le plus visi­ble, la reven­di­ca­tion d’une aug­men­ta­tion de 300 euros (simple ali­gne­ment sur l’OCDE) a été reje­tée pour 180 euros et encore en deux fois !
Pourtant la Résolution géné­rale adop­tée lors du congrès confé­dé­ral d’avril 2018 et qui s’impose à tous les mili­tants, à com­men­cer par le secré­taire géné­ral est claire :
« Le Congrès dénonce le ration­ne­ment de l’offre de soins induit par la mise en œuvre d’une étatisation régio­na­li­sée du sys­tème de santé via la créa­tion des agen­ces régio­na­les de santé (ARS) et l’économie de plu­sieurs mil­liards d’euros réa­li­sée par l’Assurance mala­die sur le dos des hôpi­taux et des établissements médico sociaux. Les assu­rés sociaux en subis­sent injus­te­ment les consé­quen­ces... Le Congrès reven­di­que la reconnais­sance de l’Assurance mala­die comme garante de l’accès aux droits et aux soins, et donc son rôle de coor­di­na­tion des modes d’exer­cice et d’orien­ta­tion de l’assuré dans le par­cours de santé. Réaffirmant les quatre fonc­tions fon­da­men­ta­les de l’hôpi­tal public que sont le diag­nos­tic, le soin, l’ensei­gne­ment et la recher­che, le Congrès rap­pelle la néces­sité de rompre avec la logi­que d’enve­loppe fermée, reven­di­que l’arrêt des plans de retour à l’équilibre et l’effa­ce­ment de la dette des hôpi­taux. Il exige la juste reconnais­sance des établissements de santé — hôpi­taux publics mais aussi établissements sani­tai­res et sociaux et médico-sociaux comme les EHPAD et UGECAM — ainsi qu’un ren­for­ce­ment des moyens et les recru­te­ments néces­sai­res pour assu­rer une prise en charge de qua­lité. »
Aucune remise en cause des ARS ni de l’enve­loppe fermée, ni de la tari­fi­ca­tion à l’acte dans l’accord Ségur sur le texte gou­ver­ne­men­tal. Car les signa­tai­res ne sont pas venus avec leur plan de reven­di­ca­tion (la Résolution ci-dessus, pour FO), ils ont accom­pa­gné le texte gou­ver­ne­men­tal.
Après le texte signé avec le Medef en mars (dans le cadre de « l’union sacrée », énoncée comme telle par Macron quel­ques jours plus tôt), après le texte de mai, avec CFDT et DGB, fai­sant allé­geance à la Commission de Bruxelles et à Merkel-Macron, la liqui­da­tion du syn­di­ca­lisme d’Amiens à FO se pour­suit, voire s’accé­lère.
Or, encore une fois, il y a désor­mais, à FO, une juris­pru­dence Pavageau : si le secré­taire géné­ral commet un acte répré­hen­si­ble, contraire aux sta­tuts (tel un fichier ou plus grave) il est légi­time de le mettre en cause.
Or l’actuel secré­taire géné­ral, avec la décote à 64 ans en sus, contraire à toutes les réso­lu­tions de FO, a fait tel­le­ment plus grave que le fichier de Pavageau !
Il est en train de trans­for­mer FO en syn­di­cat d’accom­pa­gne­ment, assu­jetti à l’appa­reil d’Etat et n’ayant de plan de reven­di­ca­tions propre ni de res­pect du mandat.
Or dans les sta­tuts de FO, il y a la Charte d’Amiens ! Et là, elle est bafouée en per­ma­nence.
Où sont les ver­tueux don­neurs de leçon d’octo­bre 2018 contre Pavageau ?
Que sont deve­nus les révo­lu­tion­nai­res, si prompts à donner des leçons à Jouhaux, à Bothereau, à Bergeron et qui gar­dent le silence depuis bien­tôt deux ans, ava­li­sant, ipso facto, la col­la­bo­ra­tion de classe la plus désho­no­rante.
Comment fonc­tion­nent et pour la défense de quels inté­rêts les ins­tan­ces de FO : pour la défense des inté­rêts des tra­vailleurs avec la Charte d’Amiens ??
Si c’est le cas, le pro­chain CCN devrait être aussi radi­cal que celui d’octo­bre 2018 !
On se sou­vient, peut-être, qu’à la fin des années 1980, un projet d’alliance CFDT- UNSA-FO avait été lancé, visant à faire dis­pa­raî­tre la Charte d’Amiens, au niveau FO, pour accom­pa­gner la « nou­velle gauche » conver­tie au libé­ra­lisme, du genre Rocard.
Fort heu­reu­se­ment l’élection de Marc Blondel avait fait ren­voyer aux oubliet­tes le projet.
Le voilà de retour, contre le vote des mili­tants lors du congrès d’avril de 2018, contre sa Résolution géné­rale et contre ses sta­tuts.

La marge de manœu­vre est faible, car bien des mili­tants sont prêts à rendre leur carte, plutôt que de sup­por­ter une telle tra­hi­son en continu.

Il convient donc qu’au niveau des UD et des Fédés les res­pon­sa­bi­li­tés soient prises.
Après, il sera trop tard, car FO, syn­di­cat d’accom­pa­gne­ment, c’est la mort dans le déshon­neur.

Tout compte fait, ils avaient le sens de l’indé­pen­dance contre la col­la­bo­ra­tion de classe, les Jouhaux, Capocci, Delabit, Bothereau, Mourguès, Bergeron, sans parler de Blondel, bien sûr.

Il faut que, parmi les mili­tants, l’un ou l’une, jeune et déter­miné, se lève pour que leur héri­tage ne soit pas bafoué et que la lutte pour l’émancipation conti­nue.

Messages

  • La Charte d’Amiens, il y a ceux qui en parlent et ne font guère que d’en parler et ceux qui en font une stricte ligne de conduite sans en parler.
    Il ne fait aucun doute que la signature de FO sur le Ségur entre clairement dans la première catégorie. Mais au cours des 15 dernières années, est-ce la seule entorse au respect de la Charte d’Amiens ?
    L’accord sur la rupture conventionnelle du contrat de travail sous l’ère Mailly n’était-t-il pas déjà une entorse avec celle de la commémoration du centième anniversaire de ladite Charte aux côtés de Thibaud et Chérèque ? Une véritable insulte au mouvement ouvrier partisan de la lutte de classes.
    A l’époque, redevenu simple adhérent, je m’étais offusqué de cette comédie, il m’avait été répondu, y compris par ceux se réclamant aujourd’hui des « Fondamentaux » que ce geste n’était pas si grave, il fallait voir cela comme de l’unité syndicale !!!
    Unité, certes, mais pour faire quoi ?
    Qui a décidé, sans le moindre débat interne mais par simple tripatouillage au plus haut niveau, de rayer le sigle « FO la force de l’indépendance » « FO la force de la liberté » pour lui substituer le fade et passe-partout « FO la force syndicale » ?
    Je n’ai pas le souvenir d’une vive réaction, ni même d’une simple réaction des militants. La preuve en est que les rapports d’activité du Bureau confédéral qui ont suivi furent votés à une très large majorité. Un congrès est pourtant le lieu du débat et de l’expression.
    L’explication de ce mutisme est peut-être donnée dans le livre que Marc Blondel a écrit avant de quitter cette terre. On y lit Page 45 de « Rebelle »
    « En effet, je suis convaincu que le militantisme, qui est l’essence même de l’esprit syndical et est garant de son existence, qui est même la condition sine qua non de sa survie, est, aujourd’hui déjà, gangrené par la professionnalisation des « permanents » syndicaux. » On critique, à raison, le cumul dans le temps des hommes et des femmes politiques, on pourrait peut-être s’interroger sur le cumul dans le temps des syndicalistes. Ce n’est peut-être pas un hasard si l’un des trois candidats à la succession de Pavageaud, qui portait dans son programme la mise à plat des finances des organisations FO, a été ratatiné électoralement.
    Par ailleurs, je m’interroge sur le silence, y compris de ceux qui se revendiquent des « Fondamentaux » sur la question de la Confédération Européenne des Syndicats, véritable courroie de transmission du système européiste. J’ai été scandalisé du silence de la CES, donc des Confédérations syndicales françaises, dont FO, au moment où la troïka a fait rendre gorge à la classe ouvrière grecque.
    Il me semble que les soubresauts internes à FO relèvent surtout d’une question de personnes car comment minimiser le fichage des militants jusqu’à noter l’orientation sexuelle ?
    Si le mouvement syndical français veut redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, un authentique mouvement ouvrier.
    Si la gauche française veut redevenir un mouvement social et laïc partisan de la répartition des richesses produites, considérant que toute activité humaine ne doit pas être livrée au marché, l’un et l’autre doivent réouvrir le grand livre de la République sociale et laïque qu’ils ont fermé au soir du 29 mai 2005.
    Chacun et chacune à leur place, l’un chargé de l’intérêt particulier des salariés, actifs, chômeurs et retraités, l’autre de l’intérêt général, doivent se rappeler qu’au référendum du 29 mai 2005, 54,68 % des exprimés avaient rejeté le Traité Constitutionnel Européen qui est à l’origine, dans notre pays, de la désintégration des valeurs humanistes.
    Au cas particulier, FO, qu’il serait préférable d’appeler CGT FO, doit clairement se poser la question de son adhésion à la Confédération Européenne des Syndicats, qui, au cours de son histoire, a perdu son qualificatif de « Libre » à l’entrée en son sein de la CFDT. La présidence de cette courroie de transmission du néolibéralisme européiste tenue par le leadeur de la CFDT n’a pas l’air d’inquiéter l’appareil FO et pas davantage les « Fondamentaux »
    L’heure n’est plus aux hypocrites balbutiements, mais aux débats responsables pour sortir de cette orientation qui, si rien n’est fait, mènera indubitablement vers des régimes autoritaires.
    A celles et à ceux qui verraient quelques raisonnements nationalistes, j’invite à lire ou relire la déclaration de Pierre Mendès-France faite à la Chambre des Députés le 18 janvier 1957, en préalable à son vote négatif sur le Traité de Rome.

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