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Masques en rade...

Revue de presse 30 avril – 14 mai 2020

par Antoine BOURGE, le 18 mai 2020

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Au cours des deux derniers mois les discours sur la nécessité de porter un masque ou pas n’ont cessé d’être fonction du nombre de masques disponibles. Conséquence des décisions irresponsables d’hier et d’aujourd’hui, les masques font encore défaut aux soignants et attisent toutes formes de prédations. Cela compromet un retour à la vie sans laisser-passer, risque de contraindre à de nouvelles mesures de confinement et de compter encore les morts par milliers...

Des masques nécessaires

Pour le grand public

 Courrier International du 7 au 13 mai 2020 revient sur les rai­sons pour les­quel­les le masque cons­ti­tue un rem­part indis­pen­sa­ble alors qu’aucun vaccin n’est dis­po­ni­ble :

« Il y a des mas­ques conçus pour pro­té­ger ceux qui les arbo­rent : ils sont équipés de fil­tres spé­ci­fi­ques, doi­vent être placés et reti­rés avec pré­cau­tions. Et des mas­ques conçus pour empê­cher les autres d’être infec­tés par ceux qui les por­tent. C’est le cas des mas­ques dits chi­rur­gi­caux, mais aussi des mas­ques grand public, en tissu, que les phar­ma­cies fran­çai­ses sont auto­ri­sées à vendre depuis le 27 avril. Ceux-ci peu­vent limi­ter la pro­pa­ga­tion des gout­te­let­tes qui nous émettons quand nous tous­sons, éternuons ou par­lons, qui se dépo­sent sur les sur­fa­ces qui contri­buent à trans­met­tre le virus. D’autant que par­fois, nous igno­rons que nous sommes infec­tés – et donc conta­gieux. »

 Pas de mas­ques obli­ga­toi­res dans l’espace public ? Huffington Post résume la posi­tion du gou­ver­ne­ment :

« “L’État va dis­tri­buer des mas­ques” gra­tui­te­ment, a mar­telé le chef du gou­ver­ne­ment. “Il va dis­tri­buer des mas­ques aux pro­fes­seurs qui devront les porter dans leurs clas­ses, il va dis­tri­buer des mas­ques aux agents qui tra­vaillent pour l’État et qui doi­vent les porter, il va dis­tri­buer des mas­ques aux plus vul­né­ra­bles”, a-t-il énuméré, en rap­pe­lant que 5 mil­lions de mas­ques seront dis­tri­bués gra­tui­te­ment par les pré­fets chaque semaine aux mala­des et aux “plus vul­né­ra­bles économiquement”. »

Et plus loin :

« “Le masque n’est jamais qu’un com­plé­ment à la dis­tan­cia­tion phy­si­que. Lorsque vous vous pro­me­nez tout seul dans la rue ou à la cam­pa­gne, porter un masque ne pré­sente pas d’inté­rêt”, a jugé Édouard Philippe. Le port du masque sera uni­que­ment obli­ga­toire dans les trans­ports en commun pour les pas­sa­gers à partir de 11 ans et les contre­ve­nants seront pas­si­bles d’une amende de 135 euros, a indi­qué jeudi la minis­tre Élisabeth Borne en pré­sen­tant le plan de déconfi­ne­ment du gou­ver­ne­ment. Des mas­ques “grand public” seront mis à dis­po­si­tion dans les trans­ports en commun “dans les pre­miers jours du déconfi­ne­ment pour les dis­tri­buer en appoint aux per­son­nes qui n’auraient pu s’en pro­cu­rer”, a ajouté Mme Borne. »

Pour le per­son­nel soi­gnant

 La Dépêche rap­porte la colère des soi­gnants sur les pénu­ries de mas­ques :

« Le col­lec­tif [Inter-Blocs, qui regroupe des infir­miers tra­vaillant en bloc opé­ra­toire] appelle ainsi les cen­tres hos­pi­ta­liers à les équiper en mas­ques FFP2, et ’selon les obli­ga­tions dont ils sont débi­teurs selon les dis­po­si­tions du Code du tra­vail’. ’’ Si les direc­tions ne four­nis­sent pas les moyens de pro­tec­tion adé­quats au per­son­nel de bloc opé­ra­toire sous hui­taine’, les infir­miers de bloc feront ’valoir leur droit de retrait et l’acti­vité chi­rur­gi­cale du pays sera blo­quée, tandis qu’ils dépo­se­ront plainte contre chaque direc­tion hos­pi­ta­lière’. Et de conclure : ’ Finis les sacri­fi­ces ! Les pro­fes­sion­nels de santé ont payé un trop lourd tribut pen­dant cette crise sani­taire et cela doit cesser immé­dia­te­ment. » »

 Frustration maga­zine par­tage ce témoi­gnage édifiant :

« Nous avions droit à 2 mas­ques chi­rur­gi­caux pour 8h de tra­vail au début de la crise, pour n’en avoir plus qu’un aujourd’hui. Pourtant, selon les règles de bonnes pra­ti­ques, ils doi­vent être chan­gés au mini­mum entre deux inter­ven­tions, mais la pénu­rie est telle que des pro­cé­du­res dégra­dées sont mises en place régu­liè­re­ment. (…) Nous n’avons pas du tout de stock de mas­ques FFP2, ceux que l’on a ont été donnés par des entre­pri­ses ou des citoyens, ils sont très sou­vent péri­més et ont d’ailleurs une odeur qui me fait penser au gre­nier de mes grands-parents. Nous n’y avons pas droit tous les jours, car il faut jus­ti­fier de sa néces­sité et ce n’est pas non plus pour tout le monde, on a com­pris, on n’en a pas assez. »

Et plus loin :

« Bien sûr, avant le Covid, mon métier était déjà exposé à des ris­ques, mais des ris­ques mesu­rés pour moi car j’ai tou­jours eu les moyens de me pro­té­ger. Aujourd’hui, non seu­le­ment je n’ai pas les moyens de me pro­té­ger mais plus grave encore, je suis poten­tiel­le­ment conta­mi­nante pour mon entou­rage et pour les per­son­nes qui croi­sent mon chemin. J’ai honte !!! »

Masques et gestes bar­riè­res

 Français.rt.com nous fait part de la dif­fi­culté à appli­quer les gestes bar­rière, com­plé­men­tai­res du port du masque, qui sont censés être appli­qués dans les écoles par les élèves et les ensei­gnants. Mais visi­ble­ment même au sommet de l’État ces gestes sem­blent dif­fi­ci­les à appli­quer :

« De fait, le pré­si­dent a notam­ment ôté son masque quel­ques secondes pour affi­cher un large sou­rire aux enfants. Il a par ailleurs semble-t-il porté la main à son masque, ce qui est déconseillé. « L’une des règles essen­tiel­les est de ne plus tou­cher le masque une fois que vous l’avez posi­tionné sur votre visage », écrit par exem­ple France Info. Plusieurs inter­nau­tes ont également jugé que le masque du pré­si­dent et de son minis­tre de l’Education étaient mal ajus­tés au niveau du nez. Selon France Info, il convient de déplier le masque « de façon à ce qu’il recou­vre bien le nez et le menton ». »

Des profits contre la santé

Les stocks de la grande dis­tri­bu­tion

 Lu sur Mediapart :

« Selon un décompte effec­tué par Mediapart sur la base de leurs décla­ra­tions publi­ques, les ensei­gnes Carrefour, Leclerc, Intermarché et Système U ont annoncé avoir com­mandé au total 515 mil­lions de mas­ques chi­rur­gi­caux, dont au moins 65 mil­lions sont arri­vés et seront mis en vente dès lundi. Ces chif­fres concer­nent uni­que­ment les mas­ques médi­caux, pas les mas­ques « grand public » en tissu, que les super­mar­chés vont également pro­po­ser. »

Et plus loin la réac­tion des élus locaux furieux de se voir dou­blés par la grande dis­tri­bu­tion :

« En plus du privé, la stra­té­gie est en réa­lité lar­ge­ment délé­guée aux élus locaux, for­te­ment mobi­li­sés pour trou­ver des mas­ques à l’étranger ou en France depuis qu’ils ont appris, devant leur télé­vi­sion, le 13 avril, au moment de l’allo­cu­tion d’Emmanuel Macron, que la France serait déconfi­née le 11 mai. Plusieurs d’entre eux ont appris par la presse, furieux, que la grande dis­tri­bu­tion dis­po­sait de stocks si impor­tants, alors même qu’ils doi­vent se débrouiller seuls pour équiper leur per­son­nel mais aussi une partie de la popu­la­tion. (…) Sur le ter­rain, le déca­lage est frap­pant entre les quan­ti­tés qui seront ven­dues par le privé, et les dif­fi­cultés des mai­ries et dépar­te­ments à faire des réser­ves en vue du 11 mai. »

 Le Monde relaie la cri­ti­que des élus, dou­blés par la grande dis­tri­bu­tion qui passe des com­man­des en plus gran­des quan­ti­tés que les mai­ries ou les dépar­te­ments :

« Il ne s’agit pas de mettre en cause les gran­des sur­fa­ces », assure le député de l’Ain [Damien Abad] auprès de l’Agence France-Presse, « mais ce qui est incom­pré­hen­si­ble, c’est que Carrefour et Leclerc sont plus puis­sants que l’État » et « ont la capa­cité de faire des com­man­des mas­si­ves ».

 Bastamag dénonce également la fai­blesse de l’État, qui devrait équiper les hôpi­taux publics, par rap­port aux grands grou­pes privés :

« Les annon­ces de ventes mas­si­ves de mas­ques chi­rur­gi­caux en super­mar­chés ont indi­gné les soi­gnants, qui ont été conta­mi­nés par mil­liers faute de pro­tec­tion au plus fort de la crise, et qui subis­sent tou­jours une dis­tri­bu­tion de mas­ques par­ci­mo­nieuse (entre 12 et 24 mas­ques chi­rur­gi­caux jeta­bles par semaine en fonc­tion des pro­fes­sions). « L’heure vien­dra, nous l’espé­rons, de rendre des comp­tes », écrivent dans un com­mu­ni­qué, publié le 30 avril, sept ordres de pro­fes­sions de santé (méde­cins, infir­miers, phar­ma­ciens, kinés, den­tis­tes, sages-femmes, podo­lo­gues). Ils dénon­cent la « com­mu­ni­ca­tion tapa­geuse » des dis­tri­bu­teurs, qua­li­fiés de « pro­fi­teurs de guerre ». « 100 mil­lions par ici, 50 mil­lions par là. Qui dit mieux ? C’est la suren­chère de l’indé­cence », déplo­rent-ils. »

Et plus loin :

« Depuis le 4 mai, d’autres ensei­gnes comme les super­mar­chés Match refu­sent pure­ment et sim­ple­ment de vendre des mas­ques aux clients s’ils ne sont pas titu­lai­res d’une carte de fidé­lité. « Nous avions besoin d’un sys­tème pour garan­tir que per­sonne n’en achète plu­sieurs dans la semaine », jus­ti­fie l’ensei­gne. Pour y par­ve­nir, les maga­sins ont appli­qué un fil­trage en s’appuyant sur les don­nées clients. « Évidemment, nous aurions pré­féré pou­voir satis­faire tout le monde, mais nous avons dû mettre en place ce filtre en raison des quotas de ventes qui nous sont impo­sés », détaille le ser­vice com­mu­ni­ca­tion auprès de Capital. Interpellée à ce sujet, la Commission natio­nale de l’infor­ma­ti­que et des liber­tés invite les consom­ma­teurs à réa­li­ser un signa­le­ment auprès de la Répression des frau­des. »

 Frustration maga­zine note ce qui mine la puis­sance de l’État :

« Sophie Boissard, PDG de Korian depuis 2012, est conseillère d’Etat, ce corps très pres­ti­gieux chargé de rendre des rap­ports sur les pro­jets de loi. Elle a fait partie du cabi­net de Christine Lagarde et de François Fillon avant de rejoin­dre la SNCF et le conseil de sur­veillance d’Areva. Elle repré­sente par­fai­te­ment ce savant mélange d’ambi­tion et d’arri­visme qui carac­té­rise les hauts fonc­tion­nai­res fran­çais pan­tou­flards, qui ont donc lancé leur car­rière avec nos impôts afin de diri­ger des grou­pes qui extor­quent nos anciens. Au moment de sa nomi­na­tion, le Monde nous raconte que “ces der­niè­res années, son nom était régu­liè­re­ment cité pour pren­dre la tête d’une grande entre­prise, comme Areva ou Veolia. Elle a pré­féré Korian, un groupe moins pres­ti­gieux mais à la crois­sance plus forte, et dont l’hori­zon paraît par­ti­cu­liè­re­ment dégagé grâce au « papy-boom ».” Une façon polie de dire qu’elle avait anti­cipé tout le fric à se faire sur le dos des vieux. »

Et plus loin :

« Le point commun entre ces deux indi­vi­dus [Sophie Boissard et Jean-Charles Naouri, PDG du groupe Casino] c’est donc d’avoir pré­tendu servi “l’inté­rêt géné­ral”, “l’Etat”, pour ensuite diri­ger des grou­pes direc­te­ment béné­fi­ciai­res de la déré­gu­la­tion finan­cière à laquelle ils ont par­ti­cipé lorsqu’ils étaient hauts fonc­tion­nai­res. Ils béné­fi­cient des réseaux du pou­voir et de ceux du sec­teur privé qui, en France, ne font qu’un. Or, on raconte sou­vent que les gran­des entre­pri­ses ont pris le pas sur l’État, trop faible face à ses grands grou­pes. »

Fournisseurs de maté­riel médi­cal

 Le Canard Enchaîné relève les haus­ses mas­si­ves sur le maté­riel médi­cal :

« Les four­nis­seurs de maté­riel médi­cal qui ont retrouvé un peu de stock pro­po­sent aux den­tis­tes et aux méde­cins libé­raux des mas­ques à des prix... suf­fo­cants. Exemple : 180 euros la boîte de 25 mas­ques FFP2 chez NM Médical. Soit un prix exac­te­ment décu­plé ! DPI a, lui aussi, mul­ti­plié par dix : il pro­pose aux den­tis­tes une boîte de 20 mas­ques FFP2 pour la modi­que somme de 139 euros et des mas­ques chi­rur­gi­caux, à 43,90 la boîte de 50 unités. »

Vautours au sein du gou­ver­ne­ment

 Mediapart nous fait part de cette affaire au sujet d’un col­la­bo­ra­teur de Véran :

« Joint par Mediapart, Tewfik Derbal a d’abord nié, à plu­sieurs repri­ses, toute com­mis­sion. « Énormément de per­son­nes m’ont contacté, ou ont contacté mes col­lè­gues. Les gens ont fait le rap­pro­che­ment entre Olivier Véran, qui a été nommé minis­tre, et ses anciens col­la­bo­ra­teurs. Ils nous ont contac­tés pour faire en sorte qu’on puisse posi­tion­ner ces entre­pri­ses auprès du minis­tère. On a relayé l’infor­ma­tion et point barre. Moi, je n’ai pas vendu de mas­ques par mon inter­mé­diaire. Je n’ai aucune com­mis­sion de quoi que ce soit », assu­rait-il. Face à nos éléments, l’assis­tant a fina­le­ment reconnu nos infor­ma­tions. Il affirme en revan­che que ce n’est pas lui le pre­mier qui a évoqué l’idée d’une com­mis­sion, mais l’inter­mé­diaire de la société. »

Plus loin :

« Sauf que, dans son cas, le mélange des genres est total, loin de la déon­to­lo­gie qu’impose le poste de col­la­bo­ra­teur par­le­men­taire. Tewfik Derbal a usé de sa fonc­tion et de son accès à son député, devenu minis­tre un mois plus tôt, pour tenter de négo­cier une com­mande de mas­ques publi­que, en se ména­geant au pas­sage une com­mis­sion d’inter­mé­diaire. »

Et plus loin :

« Contrairement à ce qu’affirme Olivier Véran, le minis­tère de la santé a reçu de nom­breu­ses offres sérieu­ses d’impor­ta­teurs de mas­ques et les a igno­rées, comme nos enquê­tes l’ont démon­tré (lire ici et là). Auprès de Mediapart, un membre de la cel­lule de crise du minis­tère avait d’ailleurs lui-même reconnu que l’examen de ces offres avait été mal géré : « Ce flux de mails, on n’a pas été capa­bles de le gérer, on a manqué d’orga­ni­sa­tion. Des gens n’ont pas eu de réponse, alors que c’était des offres sérieu­ses. » »

 Frustration maga­zine revient sur l’une des rai­sons de ne pas enca­drer le prix des mas­ques grand-public :

« Pourquoi ne pas blo­quer les prix ? Pour ne pas “frei­ner l’inno­va­tion” nous dit la secré­taire d’État Agnès Pannier-Runacher. (…) Cette femme a le même par­cours que Macron : ENA, ins­pec­tion des finan­ces puis, avec le fric et le réseau accu­mulé, lan­ce­ment d’une entre­prise… pour rejoin­dre ensuite le gou­ver­ne­ment. Petit détail de sa car­rière : elle a été direc­trice de cabi­net du direc­teur géné­ral de l’Assistance publi­que – Hôpitaux de Paris et membre du comité de direc­tion. “Elle est spé­ci­fi­que­ment char­gée de la mise en œuvre de la réforme de la tari­fi­ca­tion à l’acti­vité” nous dit sa bio wiki­pé­dia. Cette même réforme de la tari­fi­ca­tion qui a mis les hôpi­taux dans l’état qu’on connaît. »

 Pour Causeur la « moder­ni­sa­tion » de l’admi­nis­tra­tion par les nou­veaux mana­gers admi­nis­tra­tifs conduit d’une part à la pénu­rie de mas­ques, et d’autre part à repor­ter la res­pon­sa­bi­lité du déconfi­ne­ment sur les pré­fets et les maires :

« Le déconfi­ne­ment ne s’annonce pas sous de meilleurs aus­pi­ces. Le gou­ver­ne­ment a annoncé qu’il se ferait autour de deux pivots : les pré­fets et les maires. Ce qui pour­rait passer pour un retour au bon sens ter­ri­to­rial est aussi une entre­prise de défausse. On vous expli­que : les admi­nis­tra­tions cen­tra­les de la Santé et de L’Éducation pon­dent des cir­cu­lai­res aussi par­fai­tes qu’inap­pli­ca­bles. Si les pré­fets et les maires veu­lent les mettre en œuvre, ils ne déconfi­nent pas. S’ils veu­lent déconfi­ner, ils en pren­nent leur aise avec les cir­cu­lai­res : mais en cas de pour­sui­tes péna­les (pour mise en danger de la vie d’autrui), ce sont eux qui se retrou­vent devant les tri­bu­naux. Philippe, Blanquer, Véran, et les direc­teurs d’admi­nis­tra­tion qui en dépen­dent ne gou­ver­nent pas, ils se bor­nent à se pro­té­ger des suites judi­ciai­res de leur mal gou­ver­nance. »

Pénurie

Des choix poli­ti­ques

 Une série d’arti­cles sur les déci­sions poli­ti­ques depuis 2005 jusqu’à la débâ­cle actuelle a été publiée sur le Monde. Nous avons retenu quel­ques pas­sage du 5e volet :

« [Benoît Vallet] deman­dait de « lancer un pro­gramme de contrôle de la qua­lité et de l’effi­ca­cité des 616 mil­lions de mas­ques acquis en 2005-2006 ». Selon Libération du 27 avril, une entre­prise belge, char­gée de faire passer une bat­te­rie de tests à un échantillon de quel­ques mil­liers de modè­les, aurait conclu à leur non-confor­mité. « Au second semes­tre 2018, raconte au Monde M. Bourdillon, j’écris à la DGS que la grande majo­rité, voire la tota­lité des mas­ques sont péri­més et non fonc­tion­nels. Il devait en rester, d’opé­ra­tion­nels, une cen­taine de mil­lions. A la limite de la péremp­tion, je ne suis même pas sûr que ça devait dépas­ser 2019. » La quasi-tota­lité des 616 mil­lions de mas­ques chi­rur­gi­caux datant de 2005-2006 ont ainsi été mis au pilon. Voilà donc pour­quoi, depuis fin mars, Véran évoque un stock de 117 mal­heu­reux mil­lions : les 98 mil­lions ache­tés entre 2014 et 2016, plus 19 mil­lions ayant échappé à la des­truc­tion… »

En pour­sui­vant la lec­ture, on peut appré­cier la « stra­té­gie » de l’État :

« Selon l’ex-patron de SPF, la pénu­rie serait sur­tout la consé­quence de la doc­trine élaborée en 2011 et enté­ri­née en 2013 confiant à l’État la ges­tion des mas­ques chi­rur­gi­caux, des­ti­nés au citoyen lambda, et aux employeurs celle des FFP2, plus fil­trants, réser­vés aux pro­fes­sion­nels de santé. « Le fait que les mas­ques chi­rur­gi­caux soient des­ti­nés à la popu­la­tion, et que le minis­tère de la santé n’était pas convaincu de leur uti­lité pour le grand public – on l’a vu en 2020 –, je pense que ça a dû jouer dans la prise de déci­sion de ne pas recons­ti­tuer les stocks », se désole François Bourdillon. Autrement dit, entre la doc­trine décré­tée en haut lieu médi­cal et l’absence de cer­ti­tu­des, côté exé­cu­tif, sur leur réelle effi­ca­cité, les mas­ques ne sont plus, désor­mais, un enjeu de santé publi­que. »

Plus loin, on peut lire :

« M. Vallet se sou­vient avoir demandé au Haut Conseil de la santé publi­que (HCSP), en novem­bre 2016, un avis sur les mesu­res à pren­dre en cas de pan­dé­mie grip­pale. Le HCSP rend son rap­port en… mai 2019. A relire ce docu­ment, on mesure le temps perdu : « La cons­ti­tu­tion d’un stock devrait être consi­dé­rée comme le paie­ment d’une assu­rance que l’on sou­haite, malgré la dépense, ne jamais avoir besoin d’uti­li­ser, elle ne sau­rait être assi­mi­lée à une dépense indue. » Conclusion : « En cas de pan­dé­mie, le besoin en mas­ques est d’une boîte de 50 mas­ques par foyer, à raison de 20 mil­lions de boîtes en cas d’atteinte de 30 % de la popu­la­tion. » Vingt mil­lions mul­ti­pliés par 50 égalent le fameux mil­liard cher à Benoît Vallet.

Un peu plus loin, on peut cons­ta­ter l’absence de bon sens au sommet de l’État :

« Bon de des­truc­tion ». La réac­tion des auto­ri­tés sani­tai­res à ces pré­co­ni­sa­tions ? Un « bon de des­truc­tion » de 60 mil­lions de mas­ques, en décem­bre 2019 ! D’autres des­truc­tions avaient eu lieu avant cette date. Et d’autres après, on le sait aujourd’hui. Pour com­pen­ser cette liqui­da­tion mas­sive des stocks publics, on recense en contre­par­tie une simple com­mande de 100 mil­lions de mas­ques, passée cou­rant 2019, dont les deux tiers devaient être livrés en… 2020. Dérisoire. C’est un fait : le sommet de l’État a décou­vert bien trop tard l’étendue des dégâts, sans doute peu et mal informé, que ce soit par SPF, la DGS ou le minis­tère de la santé. Dommage col­la­té­ral de cette débâ­cle sani­taire : une défiance géné­ra­li­sée. »

Enfin :

« Philippe Douste-Blazy, l’un de ses pré­dé­ces­seurs, Avenue de Ségur, ne dit pas autre chose : « La tech­no­struc­ture est telle que plus per­sonne ne veut pren­dre des ris­ques. Or, la santé publi­que, ce sont des choix poli­ti­ques dont dépen­dent des mil­lions de vies. » »

L’hôpi­tal manque tou­jours de mas­ques et de maté­riel

 Le Télégramme par­tage cette prise de posi­tion du pré­si­dent de la région PACA au sujet des mas­ques qui affluent dans les gran­des sur­fa­ces alors que les hôpi­taux en man­quent :

« Ce samedi, le pré­si­dent (LR) de la région PACA, Renaud Muselier, a donné « trois jours à la grande dis­tri­bu­tion pour prou­ver qu’elle n’avait pas de stocks cachés ». En mena­çant de porter plainte pour mise en danger de la vie d’autrui et non-assis­tance à per­sonne en danger. »

Des ersatz de mas­ques

 Mediapart passe en revue les carac­té­ris­ti­ques des mas­ques dits grand-public :

« Les auto­ri­tés pré­ci­sent que ces mas­ques cons­ti­tuent seu­le­ment un « moyen de réduc­tion du risque com­plé­men­taire » aux gestes bar­riè­res, offrant une « pro­tec­tion » dans les situa­tions de la vie quo­ti­dienne, qui n’ont rien à voir avec « ce que ren­contre un soi­gnant dans un ser­vice de réa­ni­ma­tion ». »

Plus loin :

« Conclusion de l’étude de 2013, réa­li­sée par des cher­cheurs de l’uni­ver­sité de Cambridge : les mas­ques en tissu faits maison « doi­vent seu­le­ment être consi­dé­rés en der­nier recours pour pré­ve­nir la trans­mis­sion de gout­te­let­tes par les indi­vi­dus infec­tés, mais ce serait mieux que pas de pro­tec­tion ». »

La dif­fé­rence entre les mas­ques chi­rur­gi­caux et les mas­ques grand-public :

« « Les mas­ques médi­caux sont cer­ti­fiés, contrô­lés sur leur niveau de fil­tra­tion mais aussi avec des pré­lè­ve­ments pour s’assu­rer qu’il n’y a pas de micro­bes, s’agace Éric Bensimhon, PDG du four­nis­seur de maté­riel médi­cal Ylea. Les mas­ques bar­riè­res ont été faits à la va-vite, juste pour répon­dre à une demande urgente. C’est un geste poli­ti­que. Le gou­ver­ne­ment aurait pu doter la popu­la­tion en mas­ques chi­rur­gi­caux mais, pour cela, il fal­lait s’y pren­dre plus tôt, et cela aurait coûté beau­coup plus cher. » »

Enfin, le risque de dif­fu­ser les mas­ques en tissu :

« En revan­che, aucun test n’est effec­tué pour évaluer le com­por­te­ment du masque dans un uni­vers humide. Or, « les mas­ques non tissés (chi­rur­gi­caux, FFP2, FFP3) sont hydro­pho­bes, c’est-à-dire que l’humi­dité va ruis­se­ler à l’inté­rieur du masque », expli­que l’ingé­nieur Jean-Marie Iotti. « Le tissu est, lui, hydro­phile, l’humi­dité reste dans le tissu, et le masque va s’en impré­gner par capil­la­rité. Le masque devient rapi­de­ment mal­sain, un nid à micro­bes. » »

Lenteur des déci­sions

 Le Canard Enchaîné pointe du doigt la len­teur des déci­sions face à la pénu­rie de mas­ques :

« Macron avait pris la déci­sion, au cours de la der­nière semaine de mars, de lever l’obli­ga­tion d’impor­ter des mas­ques aux normes euro­péen­nes (CE) et d’auto­ri­ser l’achat des pré­cieux bou­cliers même s’ils étaient aux normes chi­noi­ses ou amé­ri­cai­nes. (…) Las ! Cet ordre jupi­té­rien aura mis plus de trois semai­nes à se tra­duire dans les faits (…). Il a fallu faire appel à un cabi­net d’experts basé à l’étranger pour garan­tir la norme des mas­ques chi­nois N95 blo­qués depuis trois semai­nes à Roissy ! »

Stocks cachés ou détruits

 Le Canard Enchaîné fait le bilan des stocks que Santé publi­que France n’avait pas signa­lés alors que les hôpi­taux en man­quent cruel­le­ment :

« La semaine der­nière, Matignon a décou­vert que Santé publi­que France gar­dait au chaud 56 mil­lions de mas­ques FFP2 et plus de 80 mil­lions de mas­ques FFP1 (…). La date de péremp­tion de ces mas­ques est passée, mais ils ont été « reclas­sés », c’est-à-dire jugés d’un niveau de pro­tec­tion équivalent à celui des mas­ques grand public (…). »

Et plus loin :

« Comme l’a avoué Véran (…), pas sûr qu’il y ait assez de mas­ques pour tout le monde le 11 mai. En Île-de-France, où il va fal­loir équiper 5 mil­lions d’usa­gers des trans­ports en commun, les 15 sites de fabri­ca­tions ne four­nis­sent que 700 000 mas­ques par semaine. »

 La Dépêche relaie cette infor­ma­tion publiée dans le Monde sur la des­truc­tion de mas­ques alors qu’ils man­quaient :

« L’État a-t-il fait brûler par erreur des mas­ques uti­li­sa­bles pen­dant l’épidémie de coro­na­vi­rus ? Une enquête du Monde assure que seuls 19 mil­lions de mas­ques ont pu être sauvés d’un stock jugé périmé par erreur, sur un total de 616 mil­lions. Selon l’ancien direc­teur géné­ral de la santé, bien plus de mas­ques auraient pu être sauvés. Des chif­fres vive­ment contes­tés par le Premier minis­tre Édouard Philippe. »

 L’insou­mis­sion revient également sur les révé­la­tions du Monde et pro­pose un chan­ge­ment com­plet de la poli­ti­que publi­que de santé :

« La der­nière entre­prise natio­nale de pro­duc­tion de mas­ques a mis la clé sous la porte en 2018. Interrogé par Le Monde, son ancien patron Roland Fangeat parle d’ »un gâchis sani­taire et indus­triel. (…) L’entre­prise a ago­nisé, alors qu’on comp­tait encore 200 employés en 2017 . Ironie du sort, l’État demande désor­mais à M. Fangeat de remet­tre ses ate­liers en fonc­tion­ne­ment ! Autant d’éléments qui invi­tent à repen­ser entiè­re­ment les choses en matière de santé publi­que et à faire primer d’abord les capa­ci­tés de pro­duc­tion sou­ve­rai­nes dans tous les domai­nes. Pour les mas­ques, bien sûr, mais aussi pour les médi­ca­ments avec la créa­tion d’un pôle public et la natio­na­li­sa­tion d’une entre­prise comme Famar. Mais aussi pour les bou­teilles d’oxy­gène à usage médi­cal avec la natio­na­li­sa­tion de Luxfer. »

Bataille inter­na­tio­nale pour les mas­ques

 Le Canard Enchaîné fait état des ten­sions sur le marché inter­na­tio­nal des mas­ques :

« (…) les États-Unis et le Canada met­tent la pagaille sur le marché en fai­sant monter les enchè­res, pro­po­sant jusqu’à quatre fois le prix habi­tuel des mas­ques, qui s’élève à 1,60 euro envi­ron pour le FFP2 et à 30 cen­ti­mes pour le chi­rur­gi­cal. Et des car­gai­sons entiè­res ont été détour­nées au profit des Américains. »

 Français.rt.com note, malgré les dimi­nu­tions de stocks depuis les années 2000, que la pénu­rie de mas­ques et de maté­riel médi­cal en géné­ral aurait pu être moin­dre si le gou­ver­ne­ment avait réagi plus tôt :

« « Quand sont par­ve­nues à Paris, en décem­bre 2019, les infor­ma­tions rela­ti­ves à l’appa­ri­tion d’un nou­veau virus, il était encore pos­si­ble, pour un pré­si­dent cons­cient de ses res­pon­sa­bi­li­tés, de cons­ti­tuer un bon stock de mas­ques, de tests et de res­pi­ra­teurs. Mais Macron n’a pas trouvé le temps d’y penser. » Pensant voler au secours de la majo­rité en dénon­çant une fake news, la séna­trice des Français à l’étranger, Joëlle Garriaud-Maylam s’est faite le témoin de l’audi­tion de l’ambas­sa­deur de France en Chine par la com­mis­sion des Affaires étrangères du Sénat le matin du 6 mai. Le repré­sen­tant de la France aurait admis avoir été lui-même informé le 31 décem­bre. La séna­trice conforte donc la théo­rie d’un pré­si­dent au fait de la dan­ge­ro­sité du virus très tôt (fin décem­bre, voire début jan­vier au plus tard), comme l’affirme Le Canard Enchaîné. »

Amendes, coût et gra­tuité

 Français.rt.com nous informe du tarif de l’amende en cas de non port du masque dans les trans­ports en commun alors que les mas­ques ne sont pas tou­jours acces­si­bles aux usa­gers :

« Le gou­ver­ne­ment, par la voix de la minis­tre des Transports Elisabeth Borne, a par ailleurs annoncé le port du masque obli­ga­toire dans les trans­ports en commun à partir de l’âge de 11 ans, sous peine d’une amende de 135 euros. »

 Bastamag rap­porte ce calcul fait par l’UFC-Que choi­sir sur le coût des mas­ques à la charge des par­ti­cu­liers :

« Pour le pré­si­dent de l’UFC-Que choi­sir, Alain Bazot, ache­ter suf­fi­sam­ment de mas­ques est « inte­na­ble » pour cer­tains foyers. Pour une famille de quatre per­son­nes, cal­cule-t-il, cela abou­ti­rait à un budget men­suel de plus de 200 euros - à raison de 3 mas­ques jour­na­liers par per­sonne (soit 7,20 euros par per­sonne et par jour). « Dès lors que les pou­voirs publics exi­gent des mas­ques dans les ser­vi­ces publics (trans­ports, écoles, etc.), le prin­cipe de l’égalité d’accès com­mande de leur impo­ser d’en four­nir aux usa­gers gra­tui­te­ment ou à vil prix. » Alain Bazot com­pare la situa­tion à celle de la vac­ci­na­tion obli­ga­toire, rem­bour­sée par la Sécurité sociale. »

 La gra­tuité des mas­ques récla­mée par EELV, comme l’écrit le Huffington Post :

« “Cette somme est insup­por­ta­ble pour cer­tai­nes per­son­nes”, regrette-[David Belliard, can­di­dat EELV à la mairie de Paris] en par­ta­geant une péti­tion en ligne deman­dant la gra­tuité des mas­ques. “Si le prix d’un masque chi­rur­gi­cal est pla­fonné à 95 cen­ti­mes, il ne peut être uti­lisé que pen­dant 3 heures, ce qui revient à une dépense moyenne de 57 euros par mois pour une per­sonne !”, est-il notam­ment écrit dans sa des­crip­tion. »

 Voilà ce qu’affir­mait Agnès Buzyn, citée par Mediapart :

« « Si un jour nous devions pro­po­ser à telle ou telle popu­la­tion ou per­sonne à risque de porter des mas­ques, les auto­ri­tés sani­tai­res dis­tri­bue­raient ces mas­ques aux per­son­nes qui en auront besoin », avait promis, le 29 jan­vier, Agnès Buzyn, alors minis­tre de la santé, pour dis­sua­der les Français d’en ache­ter. »

Assumer les déci­sions ?

 Causeur cons­tate à regrets que les res­pon­sa­bles poli­ti­ques ne sont plus que des irres­pon­sa­bles qui cou­vrent leurs déci­sions sous les conseils des sacro-saints experts :

« La mise en bou­clier des experts est de bonne guerre : telle est pré­ci­sé­ment la fonc­tion du conseil scien­ti­fi­que, pro­té­ger le gou­ver­ne­ment. Mardi 28 avril, Édouard Philippe, dans son allo­cu­tion devant l’Assemblée natio­nale, s’est lui-même défaussé sur les experts les plus loin­tains. Concernant la dou­lou­reuse ques­tion des caren­ces en mas­ques, le pre­mier minis­tre a dit : « Il n’y a aucun revi­re­ment, mais une évolution scien­ti­fi­que très forte. Nous avons tou­jours voulu insis­ter sur le fait que les mas­ques ne cons­ti­tuaient pas l’alpha et l’oméga de la pro­tec­tion. Surtout jusqu’au 1er avril, toutes les recom­man­da­tions ne prô­naient pas le port du masque en géné­ral. Je pense à l’Académie de méde­cine, au conseil scien­ti­fi­que, au Haut Conseil de santé publi­que, à l’OMS. Mais à partir du 1er avril, des avis ont changé. Pourquoi ? Parce que la doc­trine a évolué en fonc­tion de l’expé­rience. Dès que nous avons eu un avis recom­man­dant le port du masque, nous avons donc aussi évolué. » »

 Masque et gel nous pro­té­ge­ront-ils du fas­cis­me  ? S’inter­roge Charlie Hebdo :

« Contrairement à une idée reçue, Hitler – encore lui – inci­tait ses subor­don­nés à se débrouiller pour appli­quer ses direc­ti­ves. Il main­te­nait dans l’incer­ti­tude ses lar­bins, qui riva­li­saient alors de zèle pour exé­cu­ter la poli­ti­que qu’ils pen­saient être celle dési­rée par leur maître. L’absence d’ins­truc­tion expli­cite peut entraî­ner une suren­chère auto­ri­ta­riste. »

Antoine Bourge
Le 17 mai 2020