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Delevoye, sommet de l’iceberg des relations incestueuses entre politiques, Macronie, sociétés d’assurances et fonds de pension

… Ou comment Macron et ses ministres préparent le casse le siècle depuis qu’ils sont arrivés au pouvoir.

par Jacques COTTA, le 11 décembre 2019

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Pour accom­pa­gner la réforme des retrai­tes que la majo­rité du pays rejette, Président de la répu­bli­que, minis­tres et conseillers uti­li­sent des éléments de lan­ga­ges éculés. Il s’agi­rait de leur part de cou­rage en affron­tant une opi­nion hos­tile au nom du sens des res­pon­sa­bi­li­tés. Ils feraient preuve de morale contrai­re­ment à tous ces égoïstes cen­trés sur leurs pri­vi­lè­ges dont les régi­mes spé­ciaux seraient l’expres­sion du moment. Ils seraient guidés par le sens de l’équité et rien d’autre, évidemment.

Responsabilité, morale, équité… Vraiment ?

Voila que fort judi­cieu­se­ment, les rela­tions entre Macron, ses minis­tres, son gou­ver­ne­ment et le groupe BlackRock refont sur­face grâce à plu­sieurs orga­nes de Presse qu’il sera dif­fi­cile de dis­qua­li­fier au nom d’une ligne éditoriale anti gou­ver­ne­men­tale sys­té­ma­ti­que. « Libération », Paris-Match, le Canard Enchainé… per­met­tent des recou­pe­ments qui éclairent par­fai­te­ment l’achar­ne­ment macro­nien sur la ques­tion des retrai­tes. BlackRock est le plus grand groupe d’inves­tis­se­ment du monde pesant des mil­liers de mil­liards et lor­gnant sur toutes les sour­ces de profit, dont les retrai­tes des fran­çais.

On apprend ainsi, via la presse, que :

  • Dés le le 6 juin 2017, le PDG de BlackRock, Larry Fink, « a été reçu en toute discrétion à l’Elysée, par le Président, et à Matignon ».
  • Trois semaines plus tard, le 28 juin 2017, Bruno Le Maire rencontre Larry Fink lors d’une visite à New York autour d’un « entretien bilatéral » et d’un « dîner d’attractivité ».
  • Le 17 octobre 2017, le gouvernement mandate le Comité action publique 2022 (un groupe d’une trentaine d’experts) pour travailler sur la réforme de l’Etat. Parmi ses membres, on retrouve le président de BlackRock France, Jean-François Cirelli.
  • Une semaine plus tard, le 25 octobre 2017, le PDG américain Larry Fink, accompagné de dirigeants de BlackRock et de 21 gestionnaires de fonds, est de retour à Matignon et l’Elysée, lors d’une journée de réception décrite par le « Canard enchaîné". Lors de cette visite, les financiers vont être chaleureusement reçus dans les ors du salon Murat de l’Elysée, où a lieu le Conseil des ministres, pour y assister à des exposés de plusieurs ministres : Muriel Pénicaud, Elisabeth Borne, Bruno Le Maire et Benjamin Griveaux. Le soir, ils dînent avec des ministres et Emmanuel Macron.
  • Le 10 juillet 2019, Larry Fink répond également présent à l’appel de l’Elysée.
  • Plusieurs rencontres ont lieu en 2018 et 2019, avec des membres du cabinet d’Emmanuel Macron, du Premier ministre, de Pénicaud ou encore à Bercy, sur la loi Pacte précisément, et le plus souvent sur la question des nouveaux dispositifs d’épargne retraite contenus dans ce texte.

Dans une note titrée « Loi pacte : le bon plan retraite » de juin 2019, BlackRock lis­tait même publi­que­ment ses recom­man­da­tions, notam­ment au gou­ver­ne­ment fran­çais, afin de déve­lop­per l’épargne retraite. Il s’agit notam­ment d’ « impo­ser à terme la mise en place des dis­po­si­tifs d’épargne-retraite de type auto-enrol­ment (adhé­sion auto­ma­ti­que) »…

Si on excepte la langue de bois qui refuse de dévoi­ler trop clai­re­ment ses inten­tions, il s’agit pour BlackRock et le gou­ver­ne­ment fran­çais de faire main-basse sur les mil­liards que cons­ti­tuent les pen­sions des fran­çais.

  • En septembre 2019, un article des Echos cite un porte parole du fonds de gestion PIMCO qui indique que « La réforme des retraites, à commencer par la loi Pacte, devrait offrir de nouvelles opportunités pour les gestionnaires d’actifs pour servir le marché français ».

Voeux exaucé : la loi Pacte comme le projet de loi retraite font effec­ti­ve­ment la part belle aux fonds d’inves­tis­se­ment. Entré en vigueur le 1er octo­bre, le nou­veau Plan épargne retraite (PER), qui doit rem­pla­cer, à terme, les dif­fé­rents dis­po­si­tifs exis­tants, est censé ratio­na­li­ser et déve­lop­per la retraite par capi­ta­li­sa­tion en France, avec exo­né­ra­tions fis­ca­les à la clef. Les cadres par exem­ple, selon leur revenu, ne pour­ront plus ouvrir de droits à la retraite… Seule solu­tion : sous­crire un plan d’épargne retraite…

Ainsi, un jour seu­le­ment après que ne soient révé­lées les fras­ques de Delevoye dans les fonds finan­ciers et assu­ran­ces, voila que le sommet de l’état, de Macron à ses conseillers en pas­sant par ses minis­tres, appa­rait aux côtés de la bande de mal­fai­sants qui dési­rent piquer les retrai­tes des fran­çais. L’affaire vient donc de loin. Voila en réa­lité la cohé­rence de la retraite par points que le pre­mier minis­tre, au nom de Macron et du gou­ver­ne­ment, désire main­te­nir coute que coute. Tout le monde sent bien que cela ne pourra se faire sans de nou­vel­les réac­tions des sala­riés, des ouvriers, des retrai­tés comme des jeunes, bref, des oppri­més qui refu­sent tout sim­ple­ment de « crever parce que telle est la volonté des finan­ciers ».

Responsabilité, morale, équité… Alors ?

Pour le peuple mobi­lisé, il ne s’agit pas là que de sim­ples éléments de lan­gage. Les valeurs ont un sens, gui­dent l’action, défi­nis­sent l’objec­tif. Il suffit d’écouter pour com­pren­dre la double exi­gence qui s’exprime dans les mani­fes­ta­tions, les cen­tres et dépôts en grève. Le retrait pur et simple de la réforme Macron-Philippe-BlackRock et le rejet d’un gou­ver­ne­ment et d’un per­son­nel qui jamais sans doute n’aura été aussi dis­qua­li­fié et mino­ri­taire.