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À propos du 150ème anniversaire de la Commune de Paris

par René MERLE, le 13 mars 2021

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L’anni­ver­saire du 150ème anni­ver­saire de la pro­cla­ma­tion de la grande Commune de Paris appro­che, et les arti­cles, les rétros­pec­ti­ves, les numé­ros spé­ciaux, les réé­di­tions se mul­ti­plient.
Chacun y trou­vera de quoi satis­faire sa curio­sité sur les ori­gi­nes du mou­ve­ment, sa diver­sité poli­ti­que et idéo­lo­gi­que, son assise sociale, le rôle des femmes, l’œuvre majeure qu’il eut à peine le temps de tenter dans ses deux brefs mois d’exis­tence, ses hési­ta­tions et ses naï­ve­tés (ah, la Banque de France que l’on res­pecte), et la sau­va­ge­rie inouïe de la répres­sion ver­saillaise [1] .
Chacun y trou­vera aussi la tarte à la crème de « La Commune et nous », essayant de nous per­sua­der que la Commune n’est pas un astre mort, un papillon à épingler dans un album, mais un ardent bra­sier où forger l’épée de nos com­bats pré­sents.
Ce qui ma foi me semble bien vrai, à condi­tion de le déga­ger des récu­pé­ra­tions oppor­tu­nis­tes et sou­vent hypo­cri­tes, et de la nos­tal­gie sté­rile.
Ainsi, en plein hol­lan­disme « socia­liste » anti social, du texte voté par l’Assemblée natio­nale le 29 novem­bre 2016, pro­cla­mant « la réha­bi­li­ta­tion des vic­ti­mes de la répres­sion de la Commune de Paris de 1871 » !
Ainsi du roman­tisme révo­lu­tion­naire qui s’enivre des photos des der­niè­res bar­ri­ca­des dans un Paris désor­mais hauss­man­nien.
Dans un arti­cle écrit en mai 1907 [2], balayant le recours à la vio­lence révo­lu­tion­naire devant la poli­ti­que anti sociale et répres­sive de Clémenceau, Jaurès écrivait en célé­brant le sou­ve­nir de la Commune de Paris :
« Le syn­di­ca­lisme et le suf­frage uni­ver­sel, maniés par les fortes mains des pro­lé­tai­res devien­dront les tout puis­sants leviers de l’émancipation sociale. Jusque dans l’effort pas­sionné et véhé­ment de libé­ra­tion se reflè­tera la séré­nité du monde nou­veau pres­senti par nos cons­cien­ces, et nous nous sou­vien­dront de l’atro­cité des répres­sions bour­geoi­ses, non pas pour haïr les hommes et frap­per les indi­vi­dus, mais pour hâter l’ordre de jus­tice où la haine n’aura plus de sens ».
Loin de moi l’idée de mettre en doute la sin­cé­rité et l’opti­misme de Jaurès dans cette convic­tion d’un pro­chain pas­sage paci­fi­que au socia­lisme dans la léga­lité répu­bli­caine. N’était-ce pas d’ailleurs ce que la com­pa­gnon de Marx, Engels, n’avait cessé de répé­ter dans ses der­niè­res années [3] ?
Beaucoup d’eau a depuis passé sous les ponts, et nous ne pou­vons que nous inter­ro­ger sur l’avè­ne­ment de ce « monde nou­veau » que Jaurès appe­lait « serein ».
Le suf­frage uni­ver­sel a, à main­tes repri­ses, porté au pou­voir les héri­tiers de Jaurès, et l’on sait ce qui en est advenu.
Les conquê­tes socia­les n’ont été de leur fait que lorsqu’elles ont été impo­sées par une vague de fond sociale.
Mais le sou­ve­nir de la ter­ri­ble répres­sion ver­saillaise est là pour nous signi­fier que si cette vague de fond s’atta­que aux fon­de­ments du Pouvoir, elle trou­vera devant elle la force la plus bru­tale et la plus impi­toya­ble.
Sommes-nous prêts à assu­mer cette évidence ?


[1Ajoutons que depuis longtemps le site incontournable des Amies et Amis de la Commune de Paris a accumulé une énorme documentation. https://www.commune1871.org

[2Vous en trouverez l’intégralité et la présentation du contexte dans mon billet : https://renemerle.com/spip.php?article521

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